RESSOURCES

Vous trouverez dans cette rubrique des liens vers : des listes de professionnel.le.s de santé, des organismes d'aide,des ressources académiques, etc. Je transmets ces ressources à titre d'information et ne suis pas responsable des services/personnes auxquel.le.s vous ferez appel.

 

SUPPORT PSYCHOLOGIQUE/GYNÉCOLOGIQUE/SANTÉ

 

FRANCE

Liste : COCA (consultations d’orientation et de conseil en adoption)

Liste: « Adoption Transraciale/Transracial Adoption«   par Manuelle Allix-Surprenant et Amandine Gay

Liste : Psy* Safe et Inclusifs

Liste : Gyn&Co (Gynéco, sage-femmes et soignant.e.s féministes)

Annuaire : Sages-Femmes Libérales

Le site « Flash Info Fouffes » pour la santé sexuelle des femmes (cis ou trans), en particulier queer.

APIPD: Association pour l’Information et la Prévention de la Drépanocytose

Le site du gouvernement concernant les violences faites aux femmes qui vous permet de trouver les associations dans vos régions et en fonction du type de violences

L’enfant bleu : association de lutte contre les violences faites aux enfants

L’ONPE : Observatoire Nationale de la Protection de l’Enfance (en particulier la section « ressources »)

L’Escale : Centre d’accueil et d’hébergement pour les femmes victimes de violences, en particulier conjugales.

Le Refuge : Accueil et hébergement pour les jeunes LGBT

La Maison des Femmes de Montreuil

Le Planning Familial

 

QUÉBEC

 

RQASF : Réseau Québecois d’Action pour la Santé des Femmes (le lien vous emmène sur le document « Approche globale et féministe de la santé: 8 idées-clés »)

OSFQ: Ordre des Sages-Femmes du Québec

Regroupement Naissance Renaissance: pour l’humanisation de la période périnatale

Fédération du Québec pour le planning des naissances

 Fibromelles: le blog d’Aïssatou Sidibé pour tout savoir sur les fibromes utérins qui concernent particulièrement les femmes noires

 

ACCÈS AUX MONDES UNIVERSITAIRES ET ARTISTIQUES/ACCESS TO ACADEMIC AND ARTISTIC WORLDS

Annuaire :

« Sortir de la Recherche Blanche et Validiste« 

 

Bourses et Programmes Queer/Queer Scholarships & Programs

 

Bourses et Programmes à destination des étudiant.e.s noir.e.s /Black Students’ Scholarship

CANADA

UK

 

Programmes de Mentorat Artistique

CANADA

 

FRANCE

  • La Nuit Te Soupire : Label Jeunes Textes en Liberté pour la promotion et la diffusion d’écritures permettant une meilleure représentation de la diversité sur les scènes théâtrales françaises

 

RESSOURCES ACADÉMIQUES/READING LISTS

 

 

 (FR/ENG) : « Femmes Racisées, Enseignement Supérieur et Militantisme/WOC in Academia and Activism » par Amandine Gay

(ENG) « Resources on Black Diasporas and Racial issues outside the US » by Amandine Gay

(ENG) « Black Disabled Woman Syllabus » by Vilissa Thompson

(ENG) « Black Film Critic Syllabus » by Fanta Sylla

(ENG) « Black Lives CDN Syllabus » by Anthony Morgan

(ENG) « Resources for non-Black Asians on Anti-Blackness » auteur.e.s inconnu.e.s

(ENG) « Lemonade Syllabus«  by Candice Marie Benbow

(ENG) « Black Lives (Don’t) Matter » by M. Shadee Malaklou

Twitter: ci-dessous, vous trouverez une liste de # qui proposent des lectures

#LecturesIQP

Capture d’écran 2016-07-14 à 2.52.06 PM

 

VIDÉOS

 

  • Leïla Benhadjoudja, Amandine Gay et Stéphane Martelly:  » La traduction du Black Feminism américain en contextes francophones » (février 2016)

  • Carmen Diop, Samira Drissi, Fatima Khemilat et Amandine Gay: « L’expérience des racisées en milieu universitaire: entre résistance, agency et lutte pour la légitimité » (CIRFF août 2015)

  • Nadira Albertin, Noémie Aulombard, Charlotte Puiseux et Amandine Gay : « LOST IN TRANSLATION: Les enjeux politiques de la traduction et de l’utilisation dans l’espace francophone des concepts développés dans le monde anglo-saxon ». (avril 2015)

 

  • Fatima Khemilat : « La position des racisés dans le milieu académique: un néo-orientalisme? »(février 2015)

 

 

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Mise aux points sur les I et aux barres sur les T

Amandine GAY_Nuits de la Palombe_3

Ceci est ma troisième et dernière mise au point. Découvrant depuis peu les joies de la visibilité publique et des sollicitations en tous genres, j’ai décidé de me fendre d’une présentation de mon parcours et de mes opinions qui accompagnera un courrier-type nous permettant à toutes et à tous de ne pas perdre notre temps. Cet essai s’adresse donc à toute personne souhaitant m’instrumentaliser, m’éduquer, me po-lisser, me manipuler… JE VOUS VOIS. N’ESSAYEZ MÊME PAS.

QUI JE SUIS

Amandine GAY, Afro-descendante, Noire, née sous X, cis, Afroféministe, pansexuelle, anticapitaliste, antiraciste, anti-hétéronormativité, agnostique, Afropunk, pro-choix (avortement, voile, travail du sexe), body-positive. J’ai d’ailleurs posé nue pendant des années dans les écoles de dessin et pour des installations photos, j’ai aussi été performeuse burlesque:

Croquis Didi Portrait copie Croquis Didi Debout Feutre copie

Peinture_Craig Hanna_ Le Peintre et Son Modèle copie Shooting_ Wang Qing Song_Safe Milk copie

Amandine GAY_Burlesque Amandine GAY_Nuits de la Palombe_4

Il y a donc belle lurette que je ne me soucie plus d’être une personne respectable, ce qui devrait déjà décourager, tous les Ankh et les Hotep. Je ne suis pas la gardienne ancestrale de la race noire et je n’ai aucune intention de servir de marche-pied afin que les hommes noirs retrouvent leur virilité. Je suis la seule en mesure de définir qui je suis et ça, ça vaut pour tout le monde!

Je crois dur comme fer à la nécessité pour les femmes noires de ne pas se laisser enfermer dans un carcan, quel qu’il soit. Quand j’écris Niafou is the new punk, c’est aussi en l’honneur de mon parcours d’émancipation rythmé par le style musical et le mouvement punk en général :

Mes devises : Go hard, Don’t lie/ No. Shut Up. Get Out /Juste Ferme La

Mes parents, blancs, sont des enfants d’ouvriers, aujourd’hui à la retraite. Ma mère était institutrice et mon père, cantonnier (balayeur pour les non-initié.e.s). J’appartiens à la classe des non-possédants, comprenez: je ne suis pas propriétaire, ni de mon lieu de vie, ni de mes moyens de production -même l’ordi duquel je vous écris ce texte n’est pas à moi😉 je n’ai pas d’épargne et pas d’héritage en vue. J’ai même un capital négatif puisque je n’ai pas encore remboursé mon prêt étudiant. MAIS je mène une vie bourgeoise puisque mon partenaire est un homme blanc cis riche et plus âgé que moi. Je sais donc très bien où je me situe dans les rapports de classe et je prends soin de situer ma position, principalement parce que tous les personnes qui viennent questionner mon appartenance de classe et la légitimité de ma parole, sont nettement moins loquaces quand il s’agit de révéler où illes se trouvent dans la hiérarchie socio-économique de notre pays. Ci dessous un très bel échange sur le mur FB de mon amie Po avec Tata et Vincent sur la question de l' »exotisation de la pauvreté » :

OLV_Blackgeoisie

OLV_Vincent Ansdesolitude_Blackgeoisie

Mon travail porte sur la déconstruction de la réappropriation culturelle et historique, dont les Noir.e.s, en particulier, les femmes, les queers et les handicapées ont été systématiquement victimes. Qu’il s’agisse d’être purement et simplement effacées de l’histoire, comme dans le cas de l’histoire du féminisme français ; de se voir déposséder de concepts créés par et pour elles-mêmes, comme dans le cas de l’intersectionnalité; ou encore de s’entendre dire que leur tour viendra mais qu’elles doivent s’effacer devant des luttes plus pressantes, qu’il s’agisse de l’antiracisme ou de la lutte des classes.

Je ne souhaite donc pas participer à des événements ayant un rapport avec des organisations politiques (partis, associations institutionnelles). D’autre part, en dehors de conditions extraordinaires, je ne travaille pas gratuitement. Je fais aussi toujours en sorte de préparer paisiblement et en amont mes interventions car je souhaite que mes apparitions publiques ne soient pas dommageables à mon image et que les personnes qui m’invitent soient satisfaites. D’ailleurs, quand j’organise des événements, j’offre les mêmes conditions à mes intervenant.e.s. Merci donc de me respecter et de respecter mon travail quand vous m’invitez, en me donnant les moyens de faire une bonne intervention.

Mon activité c’est auteure politique, je considère que l’écriture peut être chorégraphique, scénaristique, journalistique, bref auteure concerne toutes les formes d’expression. Et politique, doit s’entendre au sens de « polis », vie de la cité. Je le dis et le répète: ce que je chéris par dessus tout, c’est mon indépendance.

JE SORS DE NULLE PART. ET ALORS?

Je rappelle que j’ai été abandonnée à la naissance, donc je sors DÉFINITIVEMENT de nulle part! (Mwaahhaahhhaaa -rire diabolique-) Et ça me va très bien! Vous ne comprenez ni mon « ascension » sur le net ; ni qui je suis, ni d’où je sors. Vous interrogez des personnes de mon entourage car vous ignorez qu’illes sont mes ami.e.s. Vous ne comprenez pas mon parcours, « ce que je veux » et c’est normal, nous ne sommes pas de la même espèce. Petit topo de ce qui nous différencie:

Option A/ Vous souhaitez faire carrière (en politique, dans le journalisme, le milieu associatif)

Toi, oui toi, gauchiste et/ou féministe et/ou universitaire blanc.he qui cherche à t’établir dans l’institution et qui voit dans l’investissement du champ de nos luttes le moyen d’être reconnu.e comme la personne permettant de faire le lien avec la « diversité ».  Tu te fais mousser sur les questions intersectionnelles, mais tu prends bien soin de monopoliser la parole, de te réapproprier les réflexions des non-Blanc.he.s et de les effacer de l’espace public pour mieux servir ta promotion politique personnelle. Toi, le/la carriériste, option récupération à des fins politiques, qui te présente comme notre allié.e mais qui ne supporte pas de nous voir nous organiser et parler pour nous-mêmes. JE TE VOIS.

Toi, le/la non-Blanc.he qui cherche aussi à t’établir comme « garant.e du dialogue entre la blanchisserie et les ex-colonisé.e.s ». Toi, qui agis comme les « évolués » du Kamerun à l’époque coloniale, à savoir celleux qui adoubé.e.s par les Blanc.he.s étaient considéré.e.s comme les moteurs de l’élévation -pas trop rapide quand même- de leur communauté. Toi qui nous traite avec cette attitude propre à l’élite éclairée de gôôôche blanche: mépris et tentatives de divisions pour mieux pouvoir se réapproprier nos réflexions -quand le moment opportun sera venu. Toi qui te cherche une « street cred », prétends représenter des personnes que tu ne côtoies plus, voire n’a jamais cotoyé.e.s mais depuis que tu as rajouté le nom à connotation racisée d’un de tes parents, tu penses que t’es trop « ghetto ». Quand tes plus grands faits d’armes sont de faire une carrière universitaire et d’écrire des textes fleuves incompréhensibles que personne ne lit.  Toi qui au fond, t’en bats la race du plancher collant, ton seul objectif étant de faire péter le plafond de verre et pénétrer l’institution. JE TE VOIS

Vous tous qui à aucun moment, ne questionnez la pratique du pouvoir, la reprise de stratégies et de discours oppressifs, qu’il s’agisse des « leaders charismatiques », de la disqualification des nouve.aux.lles venu.e.s ou de l’engagement dans des luttes de terrain que lorsque les médias s’y intéressent. Exhibit B fut d’ailleurs un magnifique moment de réveil tardif de certaines orgas et personnalités qui ont fait leur apparition aux manifs longtemps après que Mrs Roots et Po,  Le Collectif Contre Exhibit B, des citoyens lambda et moi-même, produisent des textes, des vidéos et campent devant les théâtres concernés tout en se faisant traiter d' »extrémistes racialistes », de « concierges de la pensée », de « racistes anti-Blancs », j’en passe et des meilleures. A vous tous, qui prétendez vous intéresser au sort des Noir.e.s, uniquement quand ça peut vous servir. JE VOUS VOIS ET JE NE VOUS AIDERAI PAS.

Je suis pleine de contradictions, certes, mais je ne fais pas semblant d’être qui je ne suis pas ou de représenter le peuple. Je parle en mon nom, je prends le soin d’expliquer qu’il s’agit de mon avis, mes expériences et quand j’ai accès à des médias mainstream, au lieu de faire passer les idées de mes ami.e.s activistes du net pour les miennes, JE LES CITE. Quand je suis invitée à parler, j’essaie de faire inviter d’autres non-Blanc.he.s et/ou des trans et/ou des handicapées. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas pour faire swag, c’est un choix politique. C’est une volonté active de ne pas devenir le « visage de l’Afroféminisme » ou de contribuer à l’effacement des éternel.le.s oublié.e.s des réflexions sur l’intersectionnalité. L’honnêteté intellectuelle ne coûte rien et si vous ne me comprenez pas, c’est peut-être aussi de ce côté que vous devez creuser.

Option B/ Vous êtes ignorant.e et pensez que je suis là pour faire votre éducation (gratos, en plus)

J’ai depuis peu régulièrement l’impression que nombre de militant.e.s et de journalistes partent du principe que lorsqu’illes découvrent une personne/mouvement/pratique culturelle, leur découverte marque le début de l’existence de cette personne/mouvement/pratique culturelle. Un peu comme les enfants qui se bouchent les yeux pour jouer à cache-cache, ne réalisant pas que vous pouvez toujours les voir, même si eux ne vous voient pas. Nous avons donc eu la découverte en février 2015 par un journaliste du Monde du phénomène Nappy:

Le phénomène s’amplifie depuis cinq ans en Europe, en Afrique et dans les Caraïbes. En France, les blogs, les tumblr, les pages Facebook nappies se comptent par dizaines : Nappy Girl, Nappy is Beautiful, Nappy Crepue Hair, Boucles d’ébène, Brownskin, So & So, etc.

Qu’importe si les premiers blogs remontant à 2005 et qu’un des plus connus, Black Beauty Bag, date de 2007. Quand Le Monde découvre le mouvement Nappy, c’est un peu comme quand Christophe Colomb découvre « l’Amérique ». Petite vidéo sur le « Columbusing », l’appropriation culturelle par les Blanc.he.s qui en découvrant nos mondes, pensent aussitôt en être à l’origine:

Un autre exemple du sans-gêne (oups je voulais dire mépris décomplexé) c’est qu’à peine découverte une de nos activités, les médias se sentent en position de décerner des cookies ou des réprimandes. Ainsi, selon le journal Libération, je me suis « auto-proclamée » : Afroféministe. J’attends désormais que les journalistes me dirigent vers l’instance officielle de proclamation de l’Afroféminisme, car je ne souhaiterai pas avoir froissé qui que ce soit…

Capture d’écran Article Libé

En résumé, je ne suis pas là pour faire votre éducation et encore moins vous rendre des comptes SURTOUT quand vous ne maîtrisez pas votre sujet. Pour connaitre mon avis sur la pédagogie plus en détails, je vous renvoie à la mise au point n°2.

Option C/ Vous ne comprenez pas ma colère

Tant mieux pour vous! Cela veut dire que vous vivez soit dans le monde des Bisounours, soit que vous êtes un maître yogi, soit que vous êtes né.e.s du bon côté de la barrière et ne souffrez ni du racisme, ni du sexisme, ni du validisme, ni des LGBTQIAphobies. Auquel cas, vraiment, tant mieux pour vous. Maintenant, excusez-moi de déranger votre tranquilitude et votre paix sociale, mais il se trouve que moi, cette société ne me convient pas. Ma colère est donc légitime, tant pis si ça trouble le « vivre-ensemble » comme l’a récemment expliqué Mrs Roots. Ma colère m’a gardé en vie jusqu’ici, elle m’a permis de produire une réflexion qui m’est propre et des outils pour pouvoir me défendre et me préserver. C’est une colère froide et saine, elle fait partie de moi et de mon histoire. Je la respecte et j’essaie de lui être fidèle. Je cite toujours Audre Lorde, mais c’est parce qu’elle a déjà tout dit et mieux et plus le temps passe, plus son discours est à propos (malheureusement):

Tourner le dos à la colère des femmes Noires, avec l’excuse ou le prétexte d’être intimidée, ne donne aucune force à quiconque – c’est uniquement une autre façon de préserver les œillères raciales, le pouvoir des privilèges établis, intouchables, intacts. La culpabilité n’est qu’une autre façon de nous traiter en objet. On demande toujours aux peuples opprimés de tendre un peu plus la joue, de construire un pont entre aveuglement et humanité. On attend des femmes Noires qu’elles mettent leur colère au service exclusif du salut des autres, ou de leur information. Mais cette époque est révolue. Ma colère m’a été douloureuse, mais elle m’a aussi permis de survivre ; et avant de m’en défaire, je vais m’assurer que sur le chemin de la clarté, il existe au moins quelque chose d’aussi puissant pour la remplacer.

CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS AFRO-DESCENDANTE, NOIRE

Afro-descendante c’est parce que je m’inscris dans l’Histoire de la diaspora Afro. Je suis avec beaucoup d’intérêt les luttes et le travail des militant.e.s Afro-Brésiliennes ou Allemand.e.s, ou encore, de nos voisin.e.s du Royaume-Uni, avec qui nous partageons des références et des expériences communes vis-à-vis de l’histoire esclavagiste puis coloniale de l’Europe. Je considère aussi que le Maghreb appartient au continent africain et donc, en dépit de la violente négrophobie qui sévit sur ce territoire depuis quelques années, je n’oublie pas qu’il y a à peine 50 ans, Fanon, puis plus tard les Black Panthers pratiquaient la solidarité entre Afro-descendants. Cette histoire commune des luttes s’est perdue, mais je suis optimiste et fière de me battre aux côtés des Afro-descendant.e.s qui se revendiquent comme tel.le.s, peu importe leurs origines.

Noire parce que je porte les  stigmates de l’histoire esclavagiste et coloniale sur ma peau. Lorsque l’on me parle de ma peau d’ébène, de mon corps de gazelle, qu’on me touche les cheveux ou qu’on veut voir l’intérieur de mes paumes « blanches » de main, qu’on présuppose que je suis une bête de sexe et d’une intelligence limitée.

Négrophilie Sexuelle_Valérie Oka

Je n’y vois rien d’anodin. J’y vois le marché aux esclaves, les zoos humains, les viols dans les plantations, le racisme scientifique et sa fumeuse théorie selon laquelle les Noir.e.s étaient le chaînon manquant entre l’homme blanc et le singe. Donc NOIRE, avec tout ce que ça comporte d’expériences spécifiques de discriminations héritées de l’histoire esclavagiste et coloniale de la France. NOIRE avec tout ce que ça comporte de stratégies d’auto-défense mises en place par les femmes et les hommes Noir.e.s au fil des siècles : marronnage,  panafricanisme, afro-féminisme et toutes les politiques de résilience dont nous sommes les auteur.e.s. NOIRE donc. Pas Black, NOIRE. NOIRE

CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS PANSEXUELLE

A titre d’information, l’orientation sexuelle ne fonctionne pas comme les cartes fidélité qu’on te donne au supermarché. On ne te mets pas un tampon à chaque fois que tu bouffes une chatte ou que tu roules une pelle à un.e trans. Déjà parce que c’est réifier les personnes concernées qui ne sont plus alors des individus mais une case à cocher. Et aussi parce que si la présomption d’hétérosexualité est la règle pour tout le monde, y compris avant tout passage à l’acte sexuel, il n’y a pas de raison d’exiger des personnes qu’elles sortent leur diplôme és « sexualité tous terrains ».

Je ne DOIS aucune explication concernant mon orientation sexuelle -quel.le.s que soient mes partenaires- et je ne me dois certainement pas d’outer d’autres personnes. Pourquoi cette introduction me direz-vous? Parce que l’histoire de l’affiche d’OLF revient régulièrement sur le tapis (dans des conversations auxquelles je n’assiste pas mais qu’on me rapporte -l’oeil de Moscou, c’est moi-)

Affiche OLF_Lesbophobie

(En ce qui concerne ce passage honteux de ma vie qu’est le militantisme au sein d’Osez Le Féminisme, je vous renvoie à la Mise Au Point n°1)

Car ce qui est intéressant dans la réaction des militant.e.s de tous bords à cette affiche c’est le paternalisme, l’hétéronormativité intériorisée et toujours le racisme. La présomption d’hétérosexualité, en ce qui me concerne, parce que je suis une femme noire. Et/ou la présomption de non-réflexion sur l’invisibilisation de la parole des personnes concerné.e.s. J’en profite pour rappeler qu’en tant que femme noire, j’appartiens aux populations parlées, regardées, jugées, donc j’essaie d’éviter de reproduire ce qui m’irrite. Bref, tous ces commentaires me confortent dans l’idée que la gauche et le féminisme traditionnels français sont encore loin de mes réalités. Mais surtout, l’injonction à se outer et par là-même outer l’autre personne sur l’affiche qui doit elle aussi prouver qu’elle a bien bouffé des chattes me débecte. Mêlez-vous de ce qui se passe dans VOS lits.

Quand à celles et ceux qui considèrent que l’homosexualité et le patriarcat sont des inventions de l’Occident et que par conséquent les Afroféministes et ou les meufs noires queer sont aliénées par Babylone: retournez faire un tour dans les livres! Vous verrez que ce que l’Occident a amené avec la colonisation c’est : l’hétéronormativité. Les lois anti-sodomie, les lois raciales et sexuelles, pour éviter le métissage ET normer la sexualité des indigènes, qui n’avaient certainement pas attendu l’arrivée des Blanc.he.s pour s’adonner gaiement à la sodomie et au sapphisme!

 CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS AFROFÉMINISTE

Pour moi, l’Afroféminisme est un refus de compartimenter les luttes et une affirmation de la singularité de la situation dans laquelle se trouvent les femmes noires. Femmes et Noires, au cœur de trois discriminations : la race, la classe et le genre. Trois enjeux d’émancipation concurrents que nous n’avons de cesse d’essayer de réunir depuis près de 130 ans. L’Afroféminisme et l’Intersectionnalité sont des outils et des luttes d’émancipation développées par des Afro-descendantes, de part et d’autres de l’Atlantique depuis près d’un siècle et demi. Retour rapide:

  • 1851 : Sojourner Truth « Ain’t I A Woman » speech
  • 1920’s :  Paulette Nardal anime un salon littéraire qui sera le lieu où va émerger la Négritude et publie, « La Revue du Monde Noir » , bilingue français/anglais qui cessera de paraître en 1932 :

Créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de se mieux connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur Race, tel est le triple but que poursuivra « La Revue du Monde Noir

SLIDESHOW 1 copie

  • 1949 : An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman de Claudia Jones (cadre du Parti Communiste Américain, déportée en 1955, du fait du MacCarthysme et qui résidera jusqu’à sa mort au Royaume-Uni). Elle est donc l’auteure d’un des textes fondateusr de l’Afroféminisme où elle dénonce la « surexploitation des femmes noires » et est enterrée à la gauche de Karl Marx.
  • 1977 : le Combahee River Collective (Black Lesbian Feminists) publie son « statement » considéré comme un des points de théorisation officielle du Black Feminism :

Notre orientation politique la plus générale à l’heure actuelle est que nous nous engageons à lutter activement contre l’oppression raciale, de genre, hétérosexuelle et de classe. Et nous considérons comme notre tâche spécifique de développer une analyse et une pratique centrées autour du fait que les principaux systèmes d’oppression sont interdépendantes (…) En tant que féministes noires et lesbiennes, nous savons que nous avons une tâche révolutionnaire très précise à effectuer et nous sommes prêtes pour la vie de lutte et de travail qui s’annonce devant nous.

  • 1978 : La Coordination des Femmes Noires à Paris, milite et publie aussi :

À partir de la confrontation de notre vécu entant que femmes et en tant que noires, nous avons pris conscience que l’histoire des luttes, dans nos pays et dans l’immigration, est une histoire dans laquelle nous sommes niées, falsifiées. (…) C’est pourquoi notre lutte en tant que femmes est avant tout autonome car de la même façon que nous entendons combattre le système capitaliste qui nous opprime, nous refusons de subir les contradictions des militants qui, tout en prétendant lutter pour un socialisme sans guillemets, n’en perpétuent pas moins dans leur pratique, à l’égard des femmes, un rapport de domination qu’ils dénoncent dans d’autres domaines.

SLIDESHOW 2 copie

  • 1981: Aint’I A Woman de Bell Hooks
  • 1981: Women, Race & Class de Angela Davis
  • 1984: Sister Outsider: Essays and Speeches d’Audre Lorde

Après cette rapide inscription de mon parcours dans l’histoire de la pensée Afroféministe, j’en profite pour rappeler que la moitié des Noir.e.s de France sont musulman.e.s. Donc, à tous les petit.e.s malin.e.s de gauche qui pensent pouvoir se délester de leur islamophobie en embrassant la cause afroféministe, sachez que c’est un très mauvais calcul et qu’une fois de plus, je ne vous aiderai pas. Nous ne serons pas vos pions afin que vous puissiez prétendre que vous n’êtes pas racistes. Personnellement, je ne suis pas dupe et je considère que l’islamophobie est une question éminemment raciale et contrairement à certain.e.s, j’ai bonne mémoire en ce qui concerne le racisme de gauche:

Je me suis d’ailleurs aussi largement exprimée dans d’autres médias quand à mes réserves sur le monde de l’anti-racisme blanc français.

CE QUE JE DIS QUAND JE PARLE DE CLASSES

Toutes ces questions politiques et sociales nous amènent à ma critique (ou devrai-je dire, tentative de silenciation) préférée: celle qui consiste à reprocher aux Afro-féministes leur peu d’intérêt pour les questions de classe.

Voici donc un exemple typique d’intervention de gauchiste blanc dans une conversation.

Capture d’écran_Discussion KroKro Potpot_1

Capture d’écran_Discussion KroKro Potpot_2

Capture d’écran_Discussion KroKro Potpot_4

Tout y est, le courageux KroKro Potpot (car ces personnes utilisent des pseudos quand nous militons sous nos véritables identités) me reproche d’abord de trop me focaliser sur la race et dans un élan paternaliste, m’invite à lire Angela Davis!

Malheureusement pour lui et ses amis, ce discours était déjà périmé en 1956, comme vous pourrez le lire dans cet extrait de la  Lettre à Maurice Thorez  rédigée par Aimé Césaire afin d’expliquer sa démission du PCF (Parti Communiste Français):

Ce n’est pas volonté de se battre seul et dédain de toute alliance. C’est volonté de ne pas confondre alliance et subordination. Solidarité et démission. Or c’est là très exactement de quoi nous menacent quelques uns des défauts très apparents que nous constatons chez les membres du Parti Communiste Français : leur assimilationisme invétéré ; leur chauvinisme inconscient ; leur conviction passablement primaire – qu’ils partagent avec les bourgeois européens – de la supériorité omnilatérale de l’Occident ; leur croyance que l’évolution telle qu’elle s’est opérée en Europe est la seule possible ; la seule désirable ; qu’elle est celle par laquelle le monde entier devra passer ; pour tout dire, leur croyance rarement avouée, mais réelle, à la civilisation avec un grand C ; au progrès avec un grand P (témoin leur hostilité à ce qu’ils appellent avec dédain le « relativisme culturel », tous défauts qui bien entendu culminent dans la gent littéraire qui à propos de tout et de rien dogmatise au nom du parti).

Mon avis sur cette idée selon laquelle « la classe » est le véritable combat se résume ainsi: le racisme scientifique et l’esclavage préfigurent le capitalisme donc la fin du capitalisme ne sera pas la fin automatique du racisme. Rappelons aussi ici que dans certaines plantations, un des revenus des femmes blanches était celui du travail du sexe de leurs esclaves noires ou de la « location » de leur travail domestique. Donc encore une fois, l’exploitation spécifique des femmes noires, y compris par les femmes blanches, préfigure le capitalisme donc soit on lutte à tout déconstruire, soit nous savons d’ores et déjà qui sera spollié dans le nouveau système.

Enfin cet argument d’une mauvaise foi éhontée selon lequel nous aurions tous « le même patron » me fait carrément gerber. Même si je devrai être habituée, après tout, nous n’avons pas la même histoire. Sans aller jusqu’à la question des congés payés et de tous les avantages sociaux que la France métropolitaine n’aurait vraisemblablement pas pu s’offrir sans la main d’oeuvre quasi gratuite et l’exploitation des matières premières des colonies. Nous pouvons nous pencher sur l’histoire du syndicalisme français et de pourquoi les Blanc.he.s et les autres n’ont  JAMAIS eu le même patron. Commençons par les usines Citroën et leur hiérarchie raciale:

Je m’étonne. Il n’est que manoeuvre? Ce n’est quand même pas si facile, la soudure à l’étain. Et moi qui ne sais rien faire, on m’a embauché comme « ouvrier spécialisé » (O.S.2, dit le contrat) : O.S., dans la hiérarchie des pas-grand-chose, c’est pourtant au-dessus de manoeuvre… Mouloud, visiblement, n’ pas envie de s’étendre. Je n’insiste pas. A la première occasion, je me renseignerai sur les principes de classification de Citroën. Quelques jours plus tard, un autre ouvrier me les donnera. Il y a six catégories d’ouvriers non qualifiés. De bas en haut: trois catégories de manoeuvre (M. 1., M. 2, M.3); trois catégories d’ouvriers spécialisés (O.S. 1, O.S. 2, O.S. 3). Quand à la répartition, elle se fait d’une façon tout à fait simple: elle est raciste. Les Noirs sont M. 1, tout en bas de l’échelle. Les Arabes sont M. 2 ou M. 3. Les Espagnols, les Portugais et les autres immigrés européens sont en général O.S. 2. Les Français sont, d’office, O.S. 2. Et on devient O.S. 3 à la tête du client, selon le bon vouloir des chefs. Voilà pourquoi je suis ouvrier spécialisé et Mouloud manoeuvre, voilà pourquoi je gagne quelques centimes de plus par heure, quoique je sois incapable de faire son travail. Et après, on ira faire des statistiques subtiles sur la « grille des classifications », comme disent les spécialistes.

 l’Etabli, Robert Linhart, 1978

Continuons avec les usines Talbot, où les syndicalistes blancs tabassent allégrement les syndicalistes Arabes qui veulent faire grève:

Et pour finir, un peu de lecture sur les effets contemporains de cette beau continuum colonial qu’est la segmentation ethnique du travail : « Loyautés incertaines. Les travailleurs du bâtiment entre discrimination et précarité » (N.Jounin) :

http://pdf.lu/ULgZ

Et puis comme je suis ici pour me faire plaisir, je vais aussi employer un mot qui chiffonne certain.e.s gauchistes blanc.he.s -surtout quand illes n’aiment pas se situer dans la hiérarchie raciale et sociale- : PRIVILÈGES!

Les privilèges vont bien au-delà des beaux quartiers et des classes prépas. La stagnation du pouvoir d’achat est une moyenne artificielle qui masque la progression des revenus de catégories qui se disent assommées par le « matraquage fiscal ». Entre 2008 et 2011, le revenu annuel moyen des cadres supérieurs [3] a augmenté de 1 000 euros, alors que celui des employés a baissé de 500 euros et celui des ouvriers de 230 euros. Au cours de la même période, le seuil de revenu des 10 % les plus pauvres a diminué de 4,3 % (après impôts et prestations sociales), quand celui des 10 % les plus riches a progressé de 3,2 %. Une perte de 360 euros annuels d’un côté et un gain minimum de 1 800 euros de l’autre. Or, on entre dans le club des 10 % les plus aisés, à l’abri de la crise, à partir de 3 000 euros nets [4] pour un célibataire ou 5 600 euros en moyenne pour un couple avec enfants. Bien loin des revenus des patrons superstars du CAC 40 ou de nos 0,1 %.

Ce que je trouve absolument confondant c’est de voir que même des médias comme BFM sont capables de pondre des articles sur la plus grande discrimination à l’embauche subie par les descendants d’immigré.e.s

Parmi les jeunes actifs de moins de 25 ans, le taux de chômage des descendants d’immigrés africains atteignait 42% en 2012, contre 22% pour les descendants d’immigrés européens ou les « natifs » (les Français sans ascendance migratoire), selon cette note.

Quand les militant.e.s d’une certaine extrême-gauche continuent à nous bassiner avec leurs histoires de « la classe avant tout ».

CE QUE JE DIS QUAND JE PARLE D’INTERSECTIONNALITÉ

Je viens donc d’expliquer longuement pourquoi, dans mon expérience et à ma connaissance, il est nécessaire d’articuler les luttes d’émancipation. Voici deux exemples en images: la première est une BD où une femme blanche explique à un homme qui l’accuse de diviser l’humanité (car elle se présente comme féministe) qu’elle ne fait que se défendre dans une situation de discrimination. La femme noire derrière elle acquiesce. Puis, la femme blanche se retourne et dis à la femme noire: pourquoi divises-tu le combat féministe en te disant Afro-féministe?

L’image suivante pourrait aussi bien être une réponse à la BD, en effet, une membre des Femen espagnoles pose torse nu avec l’inscription: « les femmes sont les nègres du monde » (titre ô combien malheureux d’une chanson de John Lennon à la base). Car ce type d’affirmation contribue à effacer l’expérience et même l’existence des femmes noires et contribue à déligitimer leurs combats.

Black Feminism CartoonFEMEN_WomanIsTheNiggerOfTheWorld

En 1989, Kimberlé Crenshaw créa donc le terme Intersectionnalité. Dans l’optique de résoudre une limite du droit américain qui reconnaissait, soit les discriminations liées au genre, soit les discriminations liées à la race, elle a développé un concept qui permettait d’illustrer la situation des femmes noires qui se trouvent à l’intersection des discriminations raciales et de genre. Cette idée a très vite été étendue à toutes les formes de dominations et de discriminations comme le racisme, le sexisme, les LGBTphobies, le validisme, etc, afin de montrer comment toutes ces composantes de l’identités des individus pouvaient s’articuler et interagir dans un système capitaliste.

L’émergence de l’Intersectionnalité dans l’espace francophone universitaire et militant blanc a contribué à sa dépolitisation:

Si l’intersectionnalité est née de la lutte des opprimées aux Etats-Unis, il me semble que l’arrivée de l’intersectionnalité en France s’est faite par l’université.  Quand un concept voyage et arrive par l’université, ou alors est rendu visible par l’université (ce qui n’est pas pareil), ou encore par du semblant de militantisme avec des pratiques relevant du même élitisme universitaire, et mobilisant des réseaux universitaires,  il y a nécessairement un biais de race et de classe sur qui va ensuite se l’approprier, même si certaines des choses proposées par le fac sur le sujet sont plutôt intéressantes.

Saving Intersectionality from Feminist Intersectionality Studies /Sauver l’intersectionnalité des études féministes intersectionnelles (S.Bilge) :

http://pdf.lu/VwDM

Peut-on faire de l’intersectionnalité sans les ex colonisé.e.s ? (Fatima Aït Ben Lmadani et Nasima Moujoud)

http://pdf.lu/mk3T

CE QUE JE DIS QUAND JE PARLE DE SE RÉAPPROPRIER LA NARRATION

Il ne suffit pas de produire des outils d’émancipation, encore faut-il être en mesure d’en assurer la diffusion si l’on souhaite qu’ils arrivent intacts aux oreilles des concerné.e.s. Raison pour laquelle je ne cesse de marteler que nous devons nous réapproprier la narration. Qu’il s’agisse d’investir les universités, le monde du cinéma, du journalisme et tout ce qui a trait de près ou de loin aux questions de représentations et de créations de conditions propices à notre émancipation.

Filming is the weapon

L’histoire des Noir.e.s est rarement présentée comme une histoire de l’action, nous sommes les victimes passives de l’Histoire, ou les bénéficiaires de la clémence du roi ou de la République qui décident de nous accorder notre liberté ou notre indépendance. L’histoire de nos luttes et de nos résistances ne sera portée que par nous. Et nous sommes aussi les seul.e.s qui avons intérêt à déconstruire de nombreux mythes, comme celui selon lequel le fait que des Noir.e.s aient vendu des Noir.e.s justifie l’esclavage.

Ma découverte du texte « J’ai séparé nos routes » de Cases Rebelles m’a conforté dans cette voie:

Chaque fois que nous avons été dans la lutte à ses côtés on l’a vu écrire une histoire à son image ; comme à Stonewall par exemple. Et à chaque fois qu’il nous est arrivé de dire nous sommes queers, féministes, marxistes, anarchistes, écologistes, indépendantistes ou autres vous avez entendu « nous vous aimons tant que nous voulons être comme vous, nous voulons nous battre comme vous qui nous avez tout appris. » Et puis vous avez constamment jaugé, jugé, soupesé nos révoltes. Ah nous ne faisions pas comme il fallait faire.
Il n’a jamais été question pour vous de comprendre en quoi nous faisions nos propres lectures à la lumière d’autres vécus et d’autres analyses qui vous échappaient fondamentalement.

Et je poursuis mes recherches en lisant celles et ceux qui comme moi, cherchent la façon d’articuler nos expériences et de mener des luttes conjointes tout en sachant où on se situe dans les rapports sociaux et quand on doit la fermer :

ENFIN CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS AFROPUNK

AFRO GOTH

A/LE ROCK (et tous ses dérivés) Est une musique noire

Va falloir vous y faire.

Et comme je suis en verve, je vous donne même des liens pour vous cultiver sur le sujet:

B/l’éthique punk me permet d’avancer

Le Do It Yourself, ça marche pour tout, y compris les films, demandez à Melvin et à son Guerilla Filmmaking Manifesto. C’est grâce à lui et à cette idée que tout le monde peut jouer, écrire, tout faire, le tout étant de s’y mettre et de s’y mettre à fond, que je me suis lancée dans la réalisation de mon film.

A Guerilla Filmmaking Manifesto

C/ j’en ai marre je vais me coucher mais maintenant vous savez qui je suis et le cas échéant pourquoi vous ne m’aimez pas et surtout pourquoi je ne vous aime pas non plus

9 janvier : hommages et resistance !

Unité des opprimé.e.s!

Juives et Juifs révolutionnaires

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Le 9 janvier 2015, 4 Juifs, Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada, sont assassinés au cours de la prise d’otages de l’HyperCasher de la porte de Vincennes par Amedy Coulibaly, militant takfiri se réclamant de Daesh. 4 autres personnes seront blessées pendant cette prise d’otage.
Nous rendons hommage aux victimes de ce massacre antisémite et à leur famille.

Nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas !

Nous tenons aussi à saluer une fois encore l’héroïsme de Lassana Bathily, qui sauvait la vie à quatre personnes en risquant la sienne.

Ce massacre a succédé à celui de l’école Ozar Hatorah de Toulouse et à celui du musée juif de Bruxelles. Malheureusement, ni l’un ni l’autre ni le troisième n’ont suscité de grand mouvement populaire de protestation, contrairement aux attentats de Charlie Hebdo. Cette situation met en lumière la banalisation de la violence antisémite en France. Elle met aussi…

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An open letter to No One is Illegal (NOII) and their supporters

Decolonization

To NOII-Vancouver/NOII-Toronto and their supporters:

On November 30th, a letter was issued by members of the Rwandan genocide survivor community in Vancouver that asked No One Is Illegal-Vancouver to be accountable for inviting Jean Hakizamana to their « Refugees Welcome” event on October 11th, during which he physically assaulted a 75-year-old Rwandan woman and genocide survivor.

We are a group of Black women and allies who continue to be concerned because despite No One is Illegal-Vancouver’s public apology and admission of systemic anti-blackness, a new round of harassment and intimidation has been unleashed on Black women who have spoken out in support of the Nov 30th letter.

Indeed, individual Black women who have publicly supported the Rwandan survivor community in Vancouver and Toronto have been targeted for public harassment and intimidation by supporters of No One is Illegal- Toronto and Vancouver. Moreover, even though No One is Illegal-Vancouver admits to persistent anti-blackness…

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Le pays que je connais

BEAUTY

Natasha Kanapé Fontaine

Le pays dont je rêve n’existe pas dans la tête
des chefs de chacun des partis politiques de ce pays.
Le pays dont je rêve n’existera tant et aussi
longtemps que cette société restera assise
confortablement sur la tête de mon peuple.
Je ne m’appellerai Uapukun (Fleur), Shikuan (Printemps),
Shatshitun (Amour), Maikan (Louve) tant et aussi
longtemps que cette société ne saura apprendre
l’enseignement de ce territoire fragile.
Le pays dont je rêve n’existe pas encore que déjà
on le salit en frottant ses chaussures sales sur sa tête.
Le (faux) pays que j’observe ne reconnaît pas son peuple
d’origine, sa matière d’origine, sa propre terre d’origine.
Le sang indigène coulé dans le béton des villes
ne cesse de crier et de grincer des dents
– c’est ce qu’ils voulaient dire par les enfers –
au fond de sa détresse sa mémoire organique
Le (faux) pays que j’observe ne sait…

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Funkin’ After Fifty; A Conversation With The Creator of Sofistafunk Skirt Co.

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WHEN I GROW UP I WANNA BE JUST LIKE ‘EM

The Matriarch

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It is appropriate that I write this in the crisp of the autumn breeze, surrounded by natures beauty. You see, dear reader, the person I am about to tell you about is as creative as the autumn colors, as easy breezy as the light wind across my face and as whimsical as the leaves dancing to the ground.

Arlinda is the mother of one of my husbands friends. The gentlemen, her son and my husband were meeting to discuss a project they were working on and I tagged along with my husband. « You’ll love my mother » this co-worker said. Great I thought. I’ll just hang out with your dear old mom and listen to her give me unsolicited marital advice. We’ll watch a game show until she falls asleep on the couch and that will be my hint to gather my husband and head home. That is NOT the dear…

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I lost my true self

Holt Adoption Product:

I’m Quebecoise. She’s Korean.
I’m a Scorpio. She’s an Aries.
I was conceived when she was made a paper orphan.
I was bought, she was sold.
I was being born while she was dying.
I grew stronger while she became weaker.
I began to talk when she began to lose her talk.
I was given a name, she lost her name.
I was born when she was buried.

I’m not me. I’m her.
I live in her body with her memories and her ghost.
I lost my true self when I lost her.

I’m Quebecoise.
You snatched away everything but my memories.
You penetrated me forcefully with your mother tongue, your thought and your culture
while emptying me of my mother tongue, my thought and my culture.
I speak like you.
I do things like you.
I think like you.
I have a French Canadian name.
But you reject me…

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NÉNÉ LE BOURRU

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Ce texte est une version un peu plus longue et accompagnée de photos du texte que j'ai lu lors des funérailles de mon père, ce lundi 28 septembre 2015. Ses instructions à ma mère étaient claires et à son image: "Quand je serai mort, tu me fais brûler et tu jettes mes cendres dans le jardin". On a beau ne pas être conventionnel.le.s dans ma famille ; ça  nous semblait indélicat de ne prévenir personne et de ne pas offrir aux gens qui l'ont connu une occasion de lui dire au revoir. Nous avons donc fait une cérémonie minimaliste, et qui je pense aurait été à son gout -d'autant plus qu'on a choisi de faire rentrer son cercueil au son de Johnny B. Goode de Chuck Berry! J'ai contourné son refus de "grand discours larmoyant ou de résumé de sa vie", en parlant de notre relation. J'ai un peu pleuré mais presque pas, conformément aux instructions.

Un jour dans un documentaire, un des intervenants disait : « Comprendre, c’est pardonner ».

J’en ai longtemps voulu à mon père car je n’arrivais pas à accepter que notre relation ne serait jamais ce que j’aimerai qu’elle soit et qu’il ne deviendrait jamais ce que je considérais comme étant le père idéal. Ce dont je suis le plus fière aujourd’hui c’est d’avoir grandit à temps pour l’accepter et l’aimer tel qu’il était et pour que nous nous séparions en bons termes. Je vais donc vous parler de comment j’ai appris à comprendre mon père et cette histoire se déroule en trois parties.

PART 1 : MON PÈRE, CE HÉROS

Bien avant Brangelina, Madonna et toutes les stars hollywoodiennes qui ont cédé à la mode des familles « arc-en-ciel » ; Néné le Bourru, de son petit nom au boulot ; Capitaine Haddock pour mes copains du lycée, a adopté deux enfants noirs. À la campagne lyonnaise, dans la fin des années 70, début des années 80, c’était comment vous dire… pas commun ! Surtout pour quelqu’un qui aimait entretenir son image d’homme bougon, un peu rustre. Si vous avez connu mon père, vous savez qu’il était le roi de la mauvaise prononciation des mots. Plus jeune, je pensais qu’il ne retenait rien et ça m’énervait. En vieillissant, j’ai compris qu’il le faisait exprès et que c’était sa façon de montrer qu’il se foutait des conventions. D’ailleurs, qui que vous soyez, le traitement que le René vous réserverait serait le même. Et si ce n’était pas un bon jour, je peux vous assurer que vous alliez être bien reçus !

Mais pour en revenir à la phase idyllique de notre relation, je dirai que comme Maman vous l’a raconté, dans ma petite enfance, quasiment jusqu’au collège, mon père était mon meilleur pote.

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Déjà parce que bien avant que les « nouveaux papa » soient à la mode. Comprenez, les pères qui s’occupent de leurs enfants. René s’occupait de nous.

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Il ne travaillait pas l’après-midi donc il venait me chercher chez la nourrice ou à la garderie pour que je fasse ma sieste à la maison. Et comme ma maman était très occupée par son travail d’institutrice, mon frère et moi passions beaucoup de temps avec mon père.

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Il participa à tous mes anniversaires où selon la règle imposée par maman : « Tu invites tout le monde ou tu n’invites personne ». Toute ma classe envahissait la maison et des nuées d’enfants se précipitaient tous les ans sur lui pour jouer. Vous pouvez voir qu’il se pliait avec joie à l’exercice.

Même si ma mère a assuré la majorité des trajets aux entrainements de basket, papa s’occupait souvent des trajets du soir et à eux deux, ils n’ont quasiment jamais manqué un de mes matchs, en douze ans de pratique. Idem pour le solfège, la trompette et tout ce qui pouvait me faire plaisir. Ils étaient là, pour les entrainements, les répétitions, les concerts, les matchs, papa en tête de mon fan club. Et aussi grand responsable de mon amour pour le rock’n’roll et le disco, car dans son Express pourrit qui sentait la Gauloise brune froide, on écoutait radio Nostalgie à fond. Bien entendu, à l’époque, je n’aurai jamais admis que ça me plaisait, mais aujourd’hui je peux reconnaitre que ces trajets en voiture font partie des rares bons souvenirs de mon adolescence.

Papa était tellement en avance sur son temps que je croyais, une fois arrivée à l’université, que tous les hommes participaient aux tâches ménagères… Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que j’avais grandit dans une famille à part, où garçon et fille, mari et femme faisaient tout. (Ou presque, papa a été bannit du repassage car il était vraiment trop mauvais.)

Bref, mon père aimait tellement jouer les rustres que même moi à un moment de ma vie, j’avais oublié à quel point il était plus complexe et subtil que son image de mec bougon.

PART 2 :  LA GUERRE EST DÉCLARÉE

Cette première phase pleine de joie et d’amour a été suivie d’une phase à l’extrême opposé du spectre émotionnel qui a été d’autant plus problématique que si l’on se souvient peu de la période entre ses 0 et ses 5/6 ans ; on se souvient très bien de son adolescence. Je m’appesantirai le moins possible sur cette période car elle était moche. Elle a coïncidé avec la maladie de ma grand-mère et un changement brutal de la personnalité de mon père. Il était devenu si taciturne et parfois carrément méchant que j’en étais même venue à douter de son amour pour nous, ses enfants. Car c’est une autre des singularités de mon père : s’il pouvait être insupportable, y compris avec maman, c’était quand même avec elle qu’il ne dépassait jamais les limites. Papa a toujours été, sans aucune équivoque possible, absolument amoureux de maman.

L'an 0 L'an 1 L'an 10 L'an 20 L'an 25 L'an 40

Il a d’ailleurs eu tellement peur de manquer l’anniversaire de leurs 30 ans de mariage qu’il lui a offert un bijou, l’année des 29 ans ! Et même si lui et moi avons été en guerre ouverte pendant une bonne dizaine d’année, c’est à lui que je dois mon coté fleur bleue. J’ai toujours considéré que ça ne valait la peine d’être en couple un jour, que si je rencontrai quelqu’un qui pouvait me témoigner autant d’affection, pendant autant d’années que mon père a aimé ma mère. Un autre de leurs sketchs de vieux couple que j’affectionnais était le « cette année, pour Noël ou les anniversaires, on ne se fait pas de cadeau ». C’est toujours papa qui faisait cette proposition, et quasiment à chaque fois, maman tombait dans le panneau. Deux semaines avant l’anniversaire de maman ou Noël, papa venait me voir, me donnait de l’argent ou me demandait ce qu’il pourrait acheter à maman pour lui faire une surprise. 39 ans de mariage et toujours l’envie de surprendre l’autre et si ça n’avait pas été pour ce maudit cancer, 40 ans en janvier. Ça laisse rêveuse.

Mais pour en revenir à papa et moi, à partir de mes 14 ans, je ne souhaitais qu’une chose, me tirer le plus loin possible et dès que j’ai pu, je suis partie en Australie. J’avais 21 ans. Et c’est ce choix qui ouvrira une nouvelle ère dans les rapports que mon père et moi entretenions.

PART 3 : LE GRAND PARDON

Quelques indices avant l’Australie m’avaient amenée à commencer à réaliser que mon père m’aimait, mais ne savait juste pas comment me le dire et me le montrer. Une première fois, chez nos voisins, les Goux, car j’allais souvent me plaindre chez eux quand la coupe était pleine et ce jour-là, j’avais dû dire que papa ne m’aimait pas car Michel m’a dit quelque chose comme : « Ah ça non, le René, sa fille, c’est quelque chose ». Et de me raconter qu’un jour, quand papa et maman construisaient la maison et qu’ils avaient appris que j’allais arriver, papa avait été voir Michel dans son garage pour lui annoncer la bonne nouvelle, en pleurant ! L’information importante ici est « en pleurant ». Car je n’ai jamais vu mon père pleurer, pas même pour la mort de mamie Simone quand bien même je savais que ça l’avait dévasté. Et il avait pleuré pour mon arrivée ?!!! J’étais tellement fière et heureuse.

Le deuxième indice est une dame qui m’a prise en stop entre Neuville et Montanay et comme je n’avais pas été à l’école ni ne fréquentait beaucoup le village, elle m’avait demandé si je venais de m’installer là-bas. Comme je savais que mon père était connu de tous car entre son activité de cantonnier et celle de président du club de la « Boule Joyeuse », un club de boules, pas la pétanque, la lyonnaise. Et dieu sait que ce nom m’a fait rire et mes copains du lycée avec ! Bref, quand je dis à cette dame : « Non, non, j’ai toujours vécu ici, je suis la fille de René, le cantonnier ». Elle me répond : « Oh mais c’est vous qui êtes basketteuse de haut niveau et qui faites Polytechnique ?!!! ». Je réponds que je suis à Sciences-Po, mais connaissant papa, y’avait Po dans Polytechnique et c’était aussi une grande école donc c’était pareil. Et elle continue : « Votre papa parle de vous tout le temps, qu’est-ce qu’il est fier de sa fille ». J’étais restée bouche bée, car à cette époque, nous nous parlions à peine et j’étais encore relativement persuadée qu’il ne me supportait pas, quand apparemment, il claironnait dans tous le village que j’étais la 8ème merveille du monde.

Et puis mon séjour d’échange universitaire en Australie est accepté, papa jure ses grands dieux qu’ils ne viendront pas me rendre visite car c’est trop loin et trop cher. Moi je pense secrètement, tant mieux. Puis quand papa et maman m’accompagnent au train (car des amies m’avaient judicieusement conseillé d’éviter la présence des parents à l’aéroport car c’est le moment où ils craquent et se mettent à pleurer). Je vois maman, toujours enthousiaste qui me fait des grands coucous souriants –à l’escale de Dubaï, j’avais déjà reçu un mail paniqué car elle avait fini par réaliser qu’un an à l’autre bout du monde ça allait être long-. MAIS je vois papa qui a les larmes aux yeux et je suis désormais convaincue : je peux le faire pleurer, donc il m’aime. Trois mois plus tard, c’est le même René qui changera d’avis et me dira : « Bon, on prend les billets d’avions, mais tu t’occupes de nous organiser le voyage une fois sur place ». (En bougonnant, mais n’empêche, c’est lui qui voulait venir!)

Je vais la faire courte, car il a encore fallu quelques années pour qu’on se parle au téléphone, même quand maman n’était pas là. Quelques psys pour que j’accepte que je ne le sauverai pas. Et surtout pour que je prenne conscience qu’il avait fait de son mieux. Il n’était pas l’enfant chéri de ses parents. Sa vie n’a vraiment pas été un long fleuve tranquille. C’est donc très dur de donner ce que l’on n’a pas reçu. J’ai enfin compris que celui qui souffrait le plus de ne pas savoir nous aimer, c’était lui.

Le Grand Pardon

Et c’est ça la leçon de mon histoire avec papa, c’est d’avoir compris que les parents aussi doivent faire le deuil de l’enfant idéal. Et papa, même lorsqu’il n’approuvait pas mes choix de vie, ne m’a jamais fermé la porte de sa maison, m’a toujours soutenue et ne m’a jamais jugée. Je sais même aujourd’hui que les raisons pour lesquelles je l’énervais étaient aussi celles pour lesquelles il était le plus fier de moi. Mon goût pour les mots « compliqués » ; mes lubies d’artiste ; ma grande gueule ; mon coté anti-conformiste ou mon amour de la fête et de la flambe. J’étais un rappel de sa jeunesse (car le René et ses copains jetaient des mobylettes dans le canal de Sète, il adorait le rock, n’était vraisemblablement pas le dernier à lever le coude et racontait parfois sa version de mai 68 « on était montés à Lyon pour caillasser des gendarmes »). J’étais aussi un rappel de ses lacunes car il n’avait que le certificat d’études en poche et sa fierté pour mon parcours académique, n’avait d’égal que dans son mépris des « intellos qui restent le cul vissé sur leur chaise ».

Au final, l’accalmie de nos rapports se résume très bien dans mon choix de monter à Paris pour devenir comédienne. Maman a dit : « le cours Florent font des auditions à Lyon, je t’ai découpé l’article dans le journal ». Papa n’a rien dit. Quelques semaines plus tard, alors que je m’apprêtais à partir pour Paris pour le dernier tour des auditions, je disais à Papa : « T’as rien dis pour Paris et le théâtre ». Il m’a répondu : « Si je te dis que je suis contre et de ne pas y aller, tu vas rester ? ». J’ai dis : « Non ». Il m’a dit : « Ben voilà, tu sais ce que je pense ». Quelques mois plus tard, il viendra me voir en concert, enregistrera mes rares passages à la télévision, me donnera de l’argent pour l’achat de ma batterie, etc. etc. J’ai travaillé comme modèle vivant, j’ai été effeuilleuse burlesque, j’ai vécu à Londres, Melbourne, Paris, je me suis endettée, je suis militante Afro-féministe, pansexuelle, et surtout je n’ai jamais pris la peine de cacher quoi que ce soit à mes parents. Mon frère et Kévin aussi ont tout fait, TOUT, tout ce qui peut rendre des parents dingues et ils ont toujours été à nos cotés.

Tout bourru et supposément obtus qu’il soit, mon père a été bien plus tolérant qu’une bonne partie des personnes que je connais et qui se pensent instruites et cultivées ou qui se disent croyantes quand tout ce dont elles sont capables est le rejet de l’Autre. Notre maison a toujours été ouverte, aux enfants perdus, comme Daniel, Kévin, Aurélie et moi ; aux inconnus en détresse, aux étranges et aux étrangers. Un jour à Paris, papa et maman m’avaient rendu visite pendant la Gay Pride et nous nous étions retrouvé sur le parcours de la marche. Papa avait dit : « C’est quand même beau tous ces gens qui viennent rendre hommage à notre famille ». On a rigolé, j’ai considéré que c’était sa façon de me dire qu’il n’avait pas problème avec qui j’étais. Et je m’étais dit à ce moment-là qu’on était pas nombreux/ nombreuses parmi mes ami.e.s à avoir des parents comme les miens.

Mes parents m’ont montré chacun à leur façon ce que c’est qu’être parent : maman dans son expression constante et consciente d’un amour inconditionnel, papa dans ses démonstrations involontaires de sa capacité à accepter ses enfants et leurs parcours, tout en faisant en sorte qu’ils comprennent que même si on se fout sur la gueule, on s’aime.

J’aurai voulu arriver avant sa mort pour qu’il voie que j’étais moi aussi capable de grands gestes d’amour pour lui. Mon avion a atterri à Roissy à 9h35 et il est mort à 10h05. J’ai pleuré pendant tout le trajet en me disant que je n’arriverai vraisemblablement pas à temps et comme j’avais pris le vol du soir de Montréal, j’ai vu le soleil se lever. Une des expressions favorites de papa était : « Demain, il fera jour » ; une espèce de slogan fataliste pour résumer l’absurdité de la vie.

En fait il l’utilisait aussi souvent pour ne pas répondre à une demande, c’était une forme de « cause toujours » avec un peu d’espoir dedans : genre « j’aurai peut-être changé d’avis demain ». Dans l’avion, je regardais les nuages et je pensais à la série télé « Les Routes du Paradis » qu’on regardait tous les deux les après-midi quand j’étais petite. Le personnage principal était un mec barbu et bourru aidé d’un ange, qu’on voyait assis au-dessus des nuages pendant le générique. Et je me disais que c’était finalement très ironique de me retrouver au-dessus des nuages pour essayer de donner une dernière joie à mon papa bourru et barbu –bien que je n’aie jamais été un ange. Je me disais aussi que je venais de comprendre le sens profond de cette expression :

Quoiqu’on fasse, peu importe nos joies et nos peines, la seule chose dont on soit sure, c’est que demain, il fera jour.

Forged in Struggle: How Migration, Resistance and Decolonization Shape Black Identities and Liberation Movements in North America

Decolonization

by Benjamin Ndugga-Kabuye & Tia Oso (Black Alliance for Just Immigration)

There is a graveyard at the center of American democracy. At this late moment we are still coming to terms with how Black migration inspires anxiety for anyone concerned with the maintenance of empire, nationhood, and even the process of decolonization. “A really broad notion of who is Black America” opens a transnational dialogue that can excavate the global scale and varied manifestations of antiblackness. In the U.S. the displacement and surveilling of Black bodies has been and still is central to democracy, especially since Black-led movements in the U.S. have made progress and grown with independence movements on the African continent and throughout the African Diaspora. In examining the nature of migration throughout the colonies, we find exploitative economic forces combined with punitive racialized policies, alongside resistance struggles to gain concessions such as conditional citizenship, but have…

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LA RÉAPPROPRIATION DE LA NARRATION, DERNIER RECOURS DES AFRODESCENDANT.E.S LGBTQIA+

Source: Interview Magazine

Le samedi 28 juin 1969, Silvia Riveira, Miss Major Griffin-Gracy et plusieurs jeunes appartenant à la communauté LGBT de New-York (parmi lesquel.le.s une majorité d’autres personnes trans non-Blanches, dont nombreu.x.ses étaient aussi travailleu.r.ses du sexe) décident de résister au harcèlement policier dont ils/elles sont victimes dans un club new-yorkais nommé : le Stonewall Inn. Les échanges musclés avec la Police se poursuivent toute la nuit et le lendemain, Marsha P. Johnson, « street queen » -comme elle se définit à l’époque- :

 « monte sur un lampadaire et lâche un sac lesté sur le capot d’une voiture de police, brisant ainsi le parebrise »

Source: https://en.wikipedia.org/wiki/Stonewall_riots

Ce geste la fera rentrer dans l’histoire comme étant la première personne à avoir directement visé les policiers lors des émeutes de Stonewall. Elle fondera par la suite le collectif Street Transvestite Action Revolutionaries (STAR) en compagnie d’autres initiatrices drag queen/travesties/trans* des émeutes de Stonewall, en particulier Silvia Riveira. Ces activistes étaient des personnes trans non-Blanches, principalement des femmes Trans* Noires et/ou Latinas et/ou Amérindiennes, la population qui est aujourd’hui encore la plus grande cible d’assassinats.

Ce dimanche 9 août 2015, la militante et artiste interprète Kama La Mackerel l’a encore rappelé, en citant toutes celles qui ont été assassinées ou se sont suicidées depuis le début de l’année 2015 en Amérique du Nord lors de la Marche Trans* de Montréal.

C’est d’ailleurs suite à son intervention que les personnes trans racisé.e.s et leurs allié.e.s ont été invitées à prendre la tête du cortège :

Cette deuxième édition d’une marche visant à donner de la visibilité aux revendication politiques des personnes trans* au Canada a eu lieu en marge des manifestations de la Fierté à Montréal.  Cet évènement avait pour but de rappeler comme le disait les slogans que « La Fierté est politique » et qu’il s’agissait d’une « Manif, pas d’une parade ». En effet, l’accession des gays, des bi et des lesbiennes dans la plupart des pays occidentaux au mariage a eu pour conséquence d’invisibiliser un peu plus les Trans* qui avaient déjà bien du mal à trouver leur place dans un acronyme toujours plus décrié par les minorités. Les reproches qui sont désormais adressés aux mouvements LGBT grands publics relèvent de plusieurs domaines : cissexisme ; racisme ; classisme, etc. Car si les mouvements historiques d’émancipation liés au genre et à l’orientation sexuelle ont vu le jour dans une critique du système capitaliste et du patriarcat. Pour la France on peut citer les Gouines Rouges ou encore le FHAR -Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Leur forme actuelle la plus visible est blanche, cis (personne dont le genre social est en adéquation avec son genre de naissance), masculine et souvent bourgeoise :

Traduction : N’utilisez pas LGBT si vous ne le pensez pas. Dites « les hommes blanc gays » pour que nous autres sachions à quoi nous en tenir.

Prenons pour exemple l’incident qui a le plus récemment révélé les problèmes de racisme au sein des organisations LGBT françaises, à savoir l’affiche proposée par l’inter-LGBT pour illustrer la Marche des Fiertés parisienne, en Avril 2015 dernier :

Le souci principal posé par l’intitulé « Lesbiennes, Gaies, Bies et Trans. Nos luttes vous émancipent » apposé à une image représentant un non-Blanc coiffé d’un bonnet phrygien fut bien résumé par la militante Gwen Fauchois :

« La liste des problèmes suscités par cette affiche est longue. Mais à mon sens, il suffit de dire qu’elle est tout simplement raciste et colonialiste. »

Et donna lieu à de nombreux commentaires ironiques, comme ceux de Myrto, contributrice du magazine l’Echo des Sorcières et qui se définit comme « meuf trans non-binaire racisée »:

« Ma proposition est donc la suivante : ne changez rien à cette affiche, mais changez de nom, histoire d’aller au bout de la dynamique excluante qui fait rire certaines personnes lorsqu’on ose dire « LGBTQI+ » et non pas « LGBT ». Je vous propose le suivant : l’Inter BCBG, l’Inter Blanc Cis, Blanc Gay. »

(LEXIQUE : LGBTQI + Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersex et plus)

Sur les modes de revendication aussi, les ruptures sont nombreuses dans toute la francophonie :

 « Depuis 2007, Pervers/Cité a organisé un mélange de partys de danse, d’interventions politiques et de pratiques artistiques alternatives pour tisser des liens entre les mouvements pour la justice sociale et les communautés queers. Dans un climat où prévalent l’agenda corporatif gai et l’aseptisation homogénéisée des queers, Pervers/Cité tâche de fournir des activités destinées à réanimer les fondements radicaux du mouvement de la Fierté LGBT. »

Et tout comme l’alternative proposée par Pervers/Cité lors des festivités de la Fierté Montréal depuis 8 ans, la Pride de Nuit de Paris a vu le jour cette année avec cette même idée de renouer avec la dimension politique des luttes LGBTQI+ :

« Cette année une Assemblée Générale, composée d’individuEs et organisations (associations, collectifs), a décidé de prendre la rue, le soir, à Paris ce 26 juin 2015, la veille de la « Marche des Fiertés » institutionnelle pilotée par l’inter LGBT et d’affirmer qu’à Paris aussi, il est possible de renouer avec la dimension revendicative de la Pride.

La seule visibilité ne vous suffit pas/plus où vous ne vous y reconnaissez pas?

Vous avez envie d’une autre dimension politique? Eh bien venez l’organiser. »

La bande-annonce de la version hollywoodienne des émeutes de Stonewall a donc été divulguée le 4 août 2015 dans ce contexte de concurrence entre des formes de militance bien distinctes : celles, institutionnelles, qui visent à se rapprocher de la norme blanche et patriarcale. Contre celles, issues du terrain et des minorités, dont les revendications vont du droit au changement d’état civil, à la décriminalisation du travail du sexe, en passant par l’accès à la PMA, le respect de l’intégrité physique des personnes intersexes ou encore l’obtention de titres de séjour. C’est pourquoi le choix de remplacer Marsha P Johnson, une femmes noire trans, par un personnage d’homme blanc cis et gay a pris une dimension hautement politique et symbolique puisque les non-Blanc.he.s de la communauté LGBT se sont vu.e.s, une fois de plus, effacées de l’histoire qui n’aurait pas été écrite sans elles/eux.

Le whitewashing est une pratique courante à Hollywood comme l’avait aussi expliqué Thomas Messias dans Slate :

« Revenons à la définition du whitewashing: il s’agit effectivement d’employer des acteurs blancs là où on aurait dû faire appel à d’autres. Sauf que le réel problème ne réside pas dans le fait de changer la couleur d’un personnage mais dans le fait que cela se produit dans le même sens dans 99% des cas. Cela concourt à renforcer l’invisibilisation des acteurs non blancs, souvent cantonnés à des seconds rôles parfois ingrats. Autrement dit: non seulement on confie peu de rôles d’envergure à des acteurs noirs ou asiatiques, mais on leur vole sciemment les rôles qui auraient dû naturellement leur revenir. »

Dans le cas des émeutes de Stonewall, il s’agit non-seulement de l’invisibilisation des non-Blanc.he.s, mais aussi de celle des personnes trans quand des actrices telles que Laverne Cox semblait toute indiquée pour jouer le rôle principal. La violence de l’effacement des protagonistes historiques de cet évènement est d’autant plus violente que certaines d’entre elles sont encore en vie. C’est d’ailleurs ce qui a incité la bloggeuse Latina trans et lesbienne, Mey, à partir à la rencontre de l’une d’entre elles :

 « La version d’Emmerich de Stonewall, avec son personnage principal masculin, aseptisé, blanc, aseptisé est une insulte à la fois aux légendes qui sont toujours là et à celles et ceux qui sont morts dans la lutte pour non seulement les droits des trans, mais pour les droits de l’ensemble de la communauté LGBTQ. J’ai tendu la main à l’une de ces légendes, Miss Major, pour lui parler de ce à quoi ressemblait vraiment Stonewall et pourquoi ce nouveau film la déshonore ainsi que toutes les femmes de couleur, trans et cis, qui ont travaillé si dur pour nous tirer de là où nous sommes aujourd’hui. Parce que si vous faites un film sur un vrai moment et des personnes réelles portant sur l’histoire, vous pourriez parler à quelqu’un qui était vraiment là. »

Et Miss Major Griffin-Gracy, qui rappelons-le est elle aussi une femme noire trans, du haut de ses 73 ans, n’a rien perdu de sa verve :

« Le fait qu’ils fassent encore cela. C’est tellement douloureux. Qu’en est-il de la vie de tous ces hommes, femmes et trans (…) Qui ne sont pas ici pour censurer cela ? Tu sais? Pour moi, puisque je suis toujours là, je râle et je me plains à ce sujet à chaque occasion que je reçois. Je vais rappeler d’un battement de cils à ces ************ qu’en ce qui me concerne, le T aurait dû venir en premier. »

Il s’agit donc bien plus que d’une question de représentation : c’est la récurrence du recours au principe du « sauveur blanc » qui pose problème. Cette relecture des émeutes de Stonewall entérine cette idée selon laquelle les non-Blanc.he.s en général et les Afro-descendant.e.s en particulier ne seraient jamais les agent.e.s de leur émancipation. Prenons un autre cas où le rôle joué par les Afro-descendant.e.s dans leur libération est systématiquement minoré, voir ignoré : si tout le monde ou presque en France a entendu parler de Victor Schoelcher, qui connaît l’histoire de Toussaint Louverture, de la mûlatresse Solitude et de tou.te.s les résistant.e.s à l’esclavage qui ont conduit à son abolition ? C’est donc bien la question des enjeux politiques de la narration historique que soulève le film de Roland Emmerich, car il s’agit pour les personnes racisées, en particulier trans, de rappeler qu’elles sont les sujets agissant de l’histoire des mouvements LGBT. Qu’elles sont même à l’origine de bon nombre de batailles victorieuses, si ce n’est pour elles, mais au moins pour le reste la communauté et qu’à l’heure d’internet et des caméras HD, elles ne se laisseront pas déposséder de leur histoire.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les contre-attaque face à cette réécriture de l’histoire ont été bien au-delà des offensives sur Twitter (#BoycottStonewallMovie ou #NotMyStonewall) et sont focalisées sur la promotion de narrations alternatives, centrées autour du point de vue de personnes trans non-Blanches. Dans ce cas précis, la promotion de la campagne de financement participatif pour la réalisation d’un film intitulé: Happy Birthday, Marsha!

 « D’autres adoptent une approche plus positive et soutiennent Happy Birthday, Marsha!, un nouveau film en grande partie écrit, produit et joué par des femmes queer et trans de couleur. Leur but est de raconter une version plus précise de ce qui s’est réellement passé au Stonewall Inn. »

Nous assistons donc à un moment inédit dans l’Histoire où les tentatives de « whitewashing » sont immédiatement questionnées et ce, à l’échelle mondiale. Et c’est ici que cette polémique offre une véritable opportunité de repenser les questions de genre et d’orientations sexuelles dans la communauté LGBTQI+ Afro-descendante mondiale.

Internet et la démocratisation de l’accès aux outils audiovisuels nous permettent désormais d’être en charge de la narration. Aux États-Unis où le communautarisme est non seulement moins stigmatisé par l’État, mais aussi tout à fait assumé par les minorités, une industrie cinématographique afro-américaine a vu le jour dès les années 70 sous l’impulsion de Melvin Van Peebles. Il fut le premier avec son long métrage auto-produit, Sweet Sweetback Badass Song, à centrer la narration autour d’un héros noir qui s’en sort à la fin. Et il fut aussi un pionnier dans la mise en place des quotas, en les appliquant de fait sur ses plateaux de tournage (dans ses équipes, les non-Blanc.he.s devaient représenter au moins 50% du groupe). Spike Lee reprit à son tour ce mode de production et de narration. Et ce n’est donc pas surprenant qu’aujourd’hui, Dee Rees, réalisatrice lesbienne et noire de 34 ans, ancienne élève de Spike Lee à NYU, signe son deuxième long métrage dont les protagonistes sont des femmes noires et queer ! Pariah qui est sorti en 2011, relate la sortie de l’adolescence d’une jeune femme noire de Brooklyn et les difficultés qu’elles rencontre avec sa famille qui découvre son homosexualité. Ce premier film a remporté une pléthore de prix dont celui de la cinématographie au festival Sundance:

Bessie, le biopic sur la vie des chanteuses de blues bisexuelles Bessie Smith et Ma Rainey fut quant à lui diffusé sur HBO le 16 mai 2015 :

L’exemple de Dee Rees montre qu’en dehors d’Hollywood, les narrations alternatives peuvent désormais exister sans être confinées à la confidentialité. Gageons donc que cette nouvelle mise en exergue de la nécessité de prendre nous-mêmes en charge les modes de nos représentations, aura pour conséquence d’attirer toujours plus nombreu.x.ses les queers Afro-descendant.e.s vers les métiers d’auteur.e.s, de journalistes, de scénaristes, de production, de mise en scène et de réalisation. Et grâce aux nouvelles technologies, nous sommes dans une époque où nous pouvons même nous distancier de la focalisation permanente sur les Etats-Unis, afin d’aborder les questions propres à la communauté Afro-descendante, en Afrique et dans toute la Diaspora.

Commençons justement avec deux projets audiovisuels qui sont l’œuvre de groupements d’associations (ce qui explique que leurs titres mentionnent l’Afrique, en général et pas des pays en particuliers) :

1) Idées reçues sur l’homosexualité en Afrique

2) Webseries LGBT in Africa : « Growing up LGBT in Africa » (La Websérie LGBT en Afrique: « Grandir en étant LGBT en Afrique »)

La multiplication des vidéos, articles et même des médias spécifiquement dédies à la communauté LGBTQI+ Afro montrent que la nécessite de maitriser le récit afin d’établir nous-mêmes les conditions de notre émancipation, est en train de se diffuser dans toute la diaspora. Je citerai par exemple le magazine bilingue français/anglais, QZine basé au Burkina Faso :

« Q-zine, est un magazine électronique, par, pour et sur les minorités sexuelles africaines. Nous visons à promouvoir l’inspiration et la création au sein des groupes de minorités sexuelles afin de célébrer, de débattre et d’explorer la créativité et la richesse culturelle de la vie queer en Afrique. »

En France ce sont deux jeunes femmes Thara et Sandra qui ont lancé le magazine électronique Dollystud afin donner de la visibilité et offrir une plateforme aux lesbiennes Afro-descendantes :

« Être une femme, être noire, être lesbienne, Dolly (féminine) ou Stud (masculine), ce n’est pas toujours facile de trouver sa place dans une société qui ne nous représente pas : pas de plateformes dédiées. Tout comme vous nous avons longtemps cherché un magazine, un site, un blog, une page où l’on pourrait retrouver des informations relatives à notre communauté : afro-caribéenne, mais également latine et maghrébine. (…) C’est face à ce constat que nous, deux femmes noires lesbiennes, afro-caribéennes, avons décidé de créer le magazine en ligne dont nous avions toujours rêvé. »

Elles se lancent désormais elles aussi dans le monde audiovisuel avec un projet visant à donner de la visibilité aux lesbiennes Afro-descendantes:

Toujours en France, on peut citer des bloggers qui représentent des médias à seuls, Chronik de Nègre(s) Inverti(s) en fait partie et si les thématiques abordées sont multiples :

« Black Power/ Konsyens Karayib/ Panafricanisme/ Afroféminisme/ Sexualités et genres dissidents »,

il est important de noter que c’est un des sites les plus exhaustif et pédagogique sur les questions trans d’un point de vue d’Afro-descendant francophone :

« Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce qu’est le changement de sexe, une première chose à savoir : abandonnez la question du « pourquoi les gens changent de sexe ». Partez du principe que cela existe, cela ne change rien à votre vie personnelle (personne ne vous force à faire du même), et voici une petite ébauche d’informations pour en savoir plus.

  1. Définition

Tout d’abord, on retiendra qu’ici, je considère que « changer de sexe » se joue sur trois niveaux :

le social : c’est le fait de se présenter à son entourage comme « devenant » homme ou femme (le terme devenir est souvent impropre car beaucoup de trans considèrent qu’ils/elles ont toujours été la femme ou l’homme que la société ne voyait pas).

le physique : c’est le fait de faire des opérations et/ou de prendre des hormones pour transformer son corps

le juridique : le fait que la loi reconnaisse ce changement en modifiant l’Etat civil.

On verra que ces trois niveaux de définitions ne sont pas automatiquement liés, et que les embûches sont nombreuses pour passer de l’un à l’autre. »

On voit donc qu’en l’espace de quelques années, les ressources francophones concernant la communauté LGBTQI+ Afro-descendante se sont multipliées, permettant ainsi d’aborder ces sujets dans nos contextes. Et l’espace médiatique n’est pas le seul à avoir été modifié, il suffit pour s’en convaincre de noter la multiplication des festivals de films dédiés aux LGBTQI+ Afro :

Au Canada depuis 2009 et en Belgique depuis 2013 et c’est le festival international des films LGBT Afro-Caribéens, Massimadi, qui permet de faire vivre à l’écran la diversité des narrations et des représentations documentaires et fictionnelles de la communauté LGBTQI+ Afro.

En Autriche, c’est le collectif Black_Women*_Space qui lance :

« Fin septembre 2015 (…) à Vienne The Black Her*Stories Project – le premier festival de cinéma féministe noir-queer.

Le festival de cinéma sera réalisé à travers le projet The Black Her*Stories Project (financé par la WIENWOCHE 2015, un festival culturel à Vienne). Il s’agit d’un projet dans lequel les réalités révolutionnaires noires-queers seront rendues visibles pour raconter et transmettre Black Her*Stories.
(…) À plus long terme, nous voulons créer une archive durable, qui sera complétée en outre sur notre site de web http://blackwomenspace.com/. Ainsi nous voulons créer l´accès à toutes sortes des films féministes noirs-queers. »

Considérons donc la polémique mondiale suscitée par la version de Roland Emmerich des émeutes de Stonewall pour ce qu’elle est : un rappel de la nécessité politique pour les LGBTQI+ Afro-descendant.e.s de se réapproprier la narration. D’abord dans le but de pouvoir transmettre nos expériences, ensuite pour affirmer nos existences et enfin, pour ne plus jamais être effacé.e.s de l’Histoire.