RESSOURCES

Vous trouverez dans cette rubrique des liens vers : des listes de professionnel.le.s de santé, des organismes d'aide,des ressources académiques, etc. Je transmets ces ressources à titre d'information et ne suis pas responsable des services/personnes auxquel.le.s vous ferez appel.

SUPPORT PSYCHOLOGIQUE/GYNÉCOLOGIQUE/SANTÉ

FRANCE

Liste : COCA (consultations d’orientation et de conseil en adoption)

Liste: « Adoption Transraciale/Transracial Adoption«   par Manuelle Allix-Surprenant et Amandine Gay

Liste : Psy* Safe et Inclusifs

Liste : Gyn&Co (Gynéco, sage-femmes et soignant.e.s féministes)

Annuaire : Sages-Femmes Libérales

Le site « Flash Info Fouffes » pour la santé sexuelle des femmes (cis ou trans), en particulier queer.

APIPD: Association pour l’Information et la Prévention de la Drépanocytose

Le site du gouvernement concernant les violences faites aux femmes qui vous permet de trouver les associations dans vos régions et en fonction du type de violences

L’enfant bleu : association de lutte contre les violences faites aux enfants

L’ONPE : Observatoire Nationale de la Protection de l’Enfance (en particulier la section « ressources »)

L’Escale : Centre d’accueil et d’hébergement pour les femmes victimes de violences, en particulier conjugales.

Le Refuge : Accueil et hébergement pour les jeunes LGBT

La Maison des Femmes de Montreuil

Le Planning Familial

QUÉBEC

Liste : Gynéco Positive

RQASF : Réseau Québecois d’Action pour la Santé des Femmes (le lien vous emmène sur le document « Approche globale et féministe de la santé: 8 idées-clés »)

OSFQ: Ordre des Sages-Femmes du Québec

Regroupement Naissance Renaissance: pour l’humanisation de la période périnatale

Fédération du Québec pour le planning des naissances

 Fibromelles: le blog d’Aïssatou Sidibé pour tout savoir sur les fibromes utérins qui concernent particulièrement les femmes noires

ACCÈS AUX MONDES UNIVERSITAIRES ET ARTISTIQUES/ACCESS TO ACADEMIC AND ARTISTIC WORLDS

Annuaire :

« Sortir de la Recherche Blanche et Validiste« 

Bourses et Programmes Queer/Queer Scholarships & Programs

Bourses et Programmes à destination des étudiant.e.s noir.e.s /Black Students’ Scholarship

CANADA

UK

Programmes de Mentorat Artistique

CANADA

FRANCE

  • La Nuit Te Soupire : Label Jeunes Textes en Liberté pour la promotion et la diffusion d’écritures permettant une meilleure représentation de la diversité sur les scènes théâtrales françaises

RESSOURCES ACADÉMIQUES/READING LISTS

 (FR/ENG) : « Femmes Racisées, Enseignement Supérieur et Militantisme/WOC in Academia and Activism » par Amandine Gay

(ENG) « Resources on Black Diasporas and Racial issues outside the US » by Amandine Gay

(ENG) « Black Disabled Woman Syllabus » by Vilissa Thompson

(ENG) « Black Film Critic Syllabus » by Fanta Sylla

(ENG) « Black Lives CDN Syllabus » by Anthony Morgan

(ENG) « Resources for non-Black Asians on Anti-Blackness » auteur.e.s inconnu.e.s

(ENG) « Lemonade Syllabus«  by Candice Marie Benbow

(ENG) « Black Lives (Don’t) Matter » by M. Shadee Malaklou

Twitter: ci-dessous, vous trouverez une liste de # qui proposent des lectures

#LecturesIQP

Capture d’écran 2016-07-14 à 2.52.06 PM

VIDÉOS

  • Leïla Benhadjoudja, Amandine Gay et Stéphane Martelly:  » La traduction du Black Feminism américain en contextes francophones » (février 2016)

  • Carmen Diop, Samira Drissi, Fatima Khemilat et Amandine Gay: « L’expérience des racisées en milieu universitaire: entre résistance, agency et lutte pour la légitimité » (CIRFF août 2015)

  • Nadira Albertin, Noémie Aulombard, Charlotte Puiseux et Amandine Gay : « LOST IN TRANSLATION: Les enjeux politiques de la traduction et de l’utilisation dans l’espace francophone des concepts développés dans le monde anglo-saxon ». (avril 2015)

  • Fatima Khemilat : « La position des racisés dans le milieu académique: un néo-orientalisme? »(février 2015)

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Mise aux points sur les I et aux barres sur les T

Ceci est ma troisième et dernière mise au point. Découvrant depuis peu les joies de la visibilité publique et des sollicitations en tous genres, j’ai décidé de me fendre d’une présentation de mon parcours et de mes opinions qui accompagnera un courrier-type nous permettant à toutes et à tous de ne pas perdre notre temps. Cet essai s’adresse donc à toute personne souhaitant m’instrumentaliser, m’éduquer, me po-lisser, me manipuler… JE VOUS VOIS. N’ESSAYEZ MÊME PAS.

QUI JE SUIS

Amandine GAY, Afro-descendante, Noire, née sous X, cis, Afroféministe, pansexuelle, anticapitaliste, antiraciste, anti-hétéronormativité, agnostique, Afropunk, pro-choix (avortement, voile, travail du sexe), body-positive. J’ai d’ailleurs posé nue pendant des années dans les écoles de dessin et pour des installations photos, j’ai aussi été performeuse burlesque:

Croquis Didi Portrait copie Croquis Didi Debout Feutre copie

Peinture_Craig Hanna_ Le Peintre et Son Modèle copie Shooting_ Wang Qing Song_Safe Milk copie

Amandine GAY_Burlesque Amandine GAY_Nuits de la Palombe_4

Il y a donc belle lurette que je ne me soucie plus d’être une personne respectable, ce qui devrait déjà décourager, tous les Ankh et les Hotep. Je ne suis pas la gardienne ancestrale de la race noire et je n’ai aucune intention de servir de marche-pied afin que les hommes noirs retrouvent leur virilité. Je suis la seule en mesure de définir qui je suis et ça, ça vaut pour tout le monde!

Je crois dur comme fer à la nécessité pour les femmes noires de ne pas se laisser enfermer dans un carcan, quel qu’il soit. Quand j’écris Niafou is the new punk, c’est aussi en l’honneur de mon parcours d’émancipation rythmé par le style musical et le mouvement punk en général :

Mes devises : Go hard, Don’t lie/ No. Shut Up. Get Out /Juste Ferme La

Mes parents, blancs, sont des enfants d’ouvriers, aujourd’hui à la retraite. Ma mère était institutrice et mon père, cantonnier (balayeur pour les non-initié.e.s). J’appartiens à la classe des non-possédants, comprenez: je ne suis pas propriétaire, ni de mon lieu de vie, ni de mes moyens de production -même l’ordi duquel je vous écris ce texte n’est pas à moi 😉 je n’ai pas d’épargne et pas d’héritage en vue. J’ai même un capital négatif puisque je n’ai pas encore remboursé mon prêt étudiant. MAIS je mène une vie bourgeoise puisque mon partenaire est un homme blanc cis riche et plus âgé que moi. Je sais donc très bien où je me situe dans les rapports de classe et je prends soin de situer ma position, principalement parce que tous les personnes qui viennent questionner mon appartenance de classe et la légitimité de ma parole, sont nettement moins loquaces quand il s’agit de révéler où illes se trouvent dans la hiérarchie socio-économique de notre pays. Ci dessous un très bel échange sur le mur FB de mon amie Po avec Tata et Vincent sur la question de l' »exotisation de la pauvreté » :

OLV_Blackgeoisie

OLV_Vincent Ansdesolitude_Blackgeoisie

Mon travail porte sur la déconstruction de la réappropriation culturelle et historique, dont les Noir.e.s, en particulier, les femmes, les queers et les handicapées ont été systématiquement victimes. Qu’il s’agisse d’être purement et simplement effacées de l’histoire, comme dans le cas de l’histoire du féminisme français ; de se voir déposséder de concepts créés par et pour elles-mêmes, comme dans le cas de l’intersectionnalité; ou encore de s’entendre dire que leur tour viendra mais qu’elles doivent s’effacer devant des luttes plus pressantes, qu’il s’agisse de l’antiracisme ou de la lutte des classes.

Je ne souhaite donc pas participer à des événements ayant un rapport avec des organisations politiques (partis, associations institutionnelles). D’autre part, en dehors de conditions extraordinaires, je ne travaille pas gratuitement. Je fais aussi toujours en sorte de préparer paisiblement et en amont mes interventions car je souhaite que mes apparitions publiques ne soient pas dommageables à mon image et que les personnes qui m’invitent soient satisfaites. D’ailleurs, quand j’organise des événements, j’offre les mêmes conditions à mes intervenant.e.s. Merci donc de me respecter et de respecter mon travail quand vous m’invitez, en me donnant les moyens de faire une bonne intervention.

Mon activité c’est auteure politique, je considère que l’écriture peut être chorégraphique, scénaristique, journalistique, bref auteure concerne toutes les formes d’expression. Et politique, doit s’entendre au sens de « polis », vie de la cité. Je le dis et le répète: ce que je chéris par dessus tout, c’est mon indépendance.

JE SORS DE NULLE PART. ET ALORS?

Je rappelle que j’ai été abandonnée à la naissance, donc je sors DÉFINITIVEMENT de nulle part! (Mwaahhaahhhaaa -rire diabolique-) Et ça me va très bien! Vous ne comprenez ni mon « ascension » sur le net ; ni qui je suis, ni d’où je sors. Vous interrogez des personnes de mon entourage car vous ignorez qu’illes sont mes ami.e.s. Vous ne comprenez pas mon parcours, « ce que je veux » et c’est normal, nous ne sommes pas de la même espèce. Petit topo de ce qui nous différencie:

Option A/ Vous souhaitez faire carrière (en politique, dans le journalisme, le milieu associatif)

Toi, oui toi, gauchiste et/ou féministe et/ou universitaire blanc.he qui cherche à t’établir dans l’institution et qui voit dans l’investissement du champ de nos luttes le moyen d’être reconnu.e comme la personne permettant de faire le lien avec la « diversité ».  Tu te fais mousser sur les questions intersectionnelles, mais tu prends bien soin de monopoliser la parole, de te réapproprier les réflexions des non-Blanc.he.s et de les effacer de l’espace public pour mieux servir ta promotion politique personnelle. Toi, le/la carriériste, option récupération à des fins politiques, qui te présente comme notre allié.e mais qui ne supporte pas de nous voir nous organiser et parler pour nous-mêmes. JE TE VOIS.

Toi, le/la non-Blanc.he qui cherche aussi à t’établir comme « garant.e du dialogue entre la blanchisserie et les ex-colonisé.e.s ». Toi, qui agis comme les « évolués » du Kamerun à l’époque coloniale, à savoir celleux qui adoubé.e.s par les Blanc.he.s étaient considéré.e.s comme les moteurs de l’élévation -pas trop rapide quand même- de leur communauté. Toi qui nous traite avec cette attitude propre à l’élite éclairée de gôôôche blanche: mépris et tentatives de divisions pour mieux pouvoir se réapproprier nos réflexions -quand le moment opportun sera venu. Toi qui te cherche une « street cred », prétends représenter des personnes que tu ne côtoies plus, voire n’a jamais cotoyé.e.s mais depuis que tu as rajouté le nom à connotation racisée d’un de tes parents, tu penses que t’es trop « ghetto ». Quand tes plus grands faits d’armes sont de faire une carrière universitaire et d’écrire des textes fleuves incompréhensibles que personne ne lit.  Toi qui au fond, t’en bats la race du plancher collant, ton seul objectif étant de faire péter le plafond de verre et pénétrer l’institution. JE TE VOIS

Vous tous qui à aucun moment, ne questionnez la pratique du pouvoir, la reprise de stratégies et de discours oppressifs, qu’il s’agisse des « leaders charismatiques », de la disqualification des nouve.aux.lles venu.e.s ou de l’engagement dans des luttes de terrain que lorsque les médias s’y intéressent. Exhibit B fut d’ailleurs un magnifique moment de réveil tardif de certaines orgas et personnalités qui ont fait leur apparition aux manifs longtemps après que Mrs Roots et Po,  Le Collectif Contre Exhibit B, des citoyens lambda et moi-même, produisent des textes, des vidéos et campent devant les théâtres concernés tout en se faisant traiter d' »extrémistes racialistes », de « concierges de la pensée », de « racistes anti-Blancs », j’en passe et des meilleures. A vous tous, qui prétendez vous intéresser au sort des Noir.e.s, uniquement quand ça peut vous servir. JE VOUS VOIS ET JE NE VOUS AIDERAI PAS.

Je suis pleine de contradictions, certes, mais je ne fais pas semblant d’être qui je ne suis pas ou de représenter le peuple. Je parle en mon nom, je prends le soin d’expliquer qu’il s’agit de mon avis, mes expériences et quand j’ai accès à des médias mainstream, au lieu de faire passer les idées de mes ami.e.s activistes du net pour les miennes, JE LES CITE. Quand je suis invitée à parler, j’essaie de faire inviter d’autres non-Blanc.he.s et/ou des trans et/ou des handicapées. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas pour faire swag, c’est un choix politique. C’est une volonté active de ne pas devenir le « visage de l’Afroféminisme » ou de contribuer à l’effacement des éternel.le.s oublié.e.s des réflexions sur l’intersectionnalité. L’honnêteté intellectuelle ne coûte rien et si vous ne me comprenez pas, c’est peut-être aussi de ce côté que vous devez creuser.

Option B/ Vous êtes ignorant.e et pensez que je suis là pour faire votre éducation (gratos, en plus)

J’ai depuis peu régulièrement l’impression que nombre de militant.e.s et de journalistes partent du principe que lorsqu’illes découvrent une personne/mouvement/pratique culturelle, leur découverte marque le début de l’existence de cette personne/mouvement/pratique culturelle. Un peu comme les enfants qui se bouchent les yeux pour jouer à cache-cache, ne réalisant pas que vous pouvez toujours les voir, même si eux ne vous voient pas. Nous avons donc eu la découverte en février 2015 par un journaliste du Monde du phénomène Nappy:

Le phénomène s’amplifie depuis cinq ans en Europe, en Afrique et dans les Caraïbes. En France, les blogs, les tumblr, les pages Facebook nappies se comptent par dizaines : Nappy Girl, Nappy is Beautiful, Nappy Crepue Hair, Boucles d’ébène, Brownskin, So & So, etc.

Qu’importe si les premiers blogs remontant à 2005 et qu’un des plus connus, Black Beauty Bag, date de 2007. Quand Le Monde découvre le mouvement Nappy, c’est un peu comme quand Christophe Colomb découvre « l’Amérique ». Petite vidéo sur le « Columbusing », l’appropriation culturelle par les Blanc.he.s qui en découvrant nos mondes, pensent aussitôt en être à l’origine:

Un autre exemple du sans-gêne (oups je voulais dire mépris décomplexé) c’est qu’à peine découverte une de nos activités, les médias se sentent en position de décerner des cookies ou des réprimandes. Ainsi, selon le journal Libération, je me suis « auto-proclamée » : Afroféministe. J’attends désormais que les journalistes me dirigent vers l’instance officielle de proclamation de l’Afroféminisme, car je ne souhaiterai pas avoir froissé qui que ce soit…

Capture d’écran Article Libé

En résumé, je ne suis pas là pour faire votre éducation et encore moins vous rendre des comptes SURTOUT quand vous ne maîtrisez pas votre sujet. Pour connaitre mon avis sur la pédagogie plus en détails, je vous renvoie à la mise au point n°2.

Option C/ Vous ne comprenez pas ma colère

Tant mieux pour vous! Cela veut dire que vous vivez soit dans le monde des Bisounours, soit que vous êtes un maître yogi, soit que vous êtes né.e.s du bon côté de la barrière et ne souffrez ni du racisme, ni du sexisme, ni du validisme, ni des LGBTQIAphobies. Auquel cas, vraiment, tant mieux pour vous. Maintenant, excusez-moi de déranger votre tranquilitude et votre paix sociale, mais il se trouve que moi, cette société ne me convient pas. Ma colère est donc légitime, tant pis si ça trouble le « vivre-ensemble » comme l’a récemment expliqué Mrs Roots. Ma colère m’a gardé en vie jusqu’ici, elle m’a permis de produire une réflexion qui m’est propre et des outils pour pouvoir me défendre et me préserver. C’est une colère froide et saine, elle fait partie de moi et de mon histoire. Je la respecte et j’essaie de lui être fidèle. Je cite toujours Audre Lorde, mais c’est parce qu’elle a déjà tout dit et mieux et plus le temps passe, plus son discours est à propos (malheureusement):

Tourner le dos à la colère des femmes Noires, avec l’excuse ou le prétexte d’être intimidée, ne donne aucune force à quiconque – c’est uniquement une autre façon de préserver les œillères raciales, le pouvoir des privilèges établis, intouchables, intacts. La culpabilité n’est qu’une autre façon de nous traiter en objet. On demande toujours aux peuples opprimés de tendre un peu plus la joue, de construire un pont entre aveuglement et humanité. On attend des femmes Noires qu’elles mettent leur colère au service exclusif du salut des autres, ou de leur information. Mais cette époque est révolue. Ma colère m’a été douloureuse, mais elle m’a aussi permis de survivre ; et avant de m’en défaire, je vais m’assurer que sur le chemin de la clarté, il existe au moins quelque chose d’aussi puissant pour la remplacer.

CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS AFRO-DESCENDANTE, NOIRE

Afro-descendante c’est parce que je m’inscris dans l’Histoire de la diaspora Afro. Je suis avec beaucoup d’intérêt les luttes et le travail des militant.e.s Afro-Brésiliennes ou Allemand.e.s, ou encore, de nos voisin.e.s du Royaume-Uni, avec qui nous partageons des références et des expériences communes vis-à-vis de l’histoire esclavagiste puis coloniale de l’Europe. Je considère aussi que le Maghreb appartient au continent africain et donc, en dépit de la violente négrophobie qui sévit sur ce territoire depuis quelques années, je n’oublie pas qu’il y a à peine 50 ans, Fanon, puis plus tard les Black Panthers pratiquaient la solidarité entre Afro-descendants. Cette histoire commune des luttes s’est perdue, mais je suis optimiste et fière de me battre aux côtés des Afro-descendant.e.s qui se revendiquent comme tel.le.s, peu importe leurs origines.

Noire parce que je porte les  stigmates de l’histoire esclavagiste et coloniale sur ma peau. Lorsque l’on me parle de ma peau d’ébène, de mon corps de gazelle, qu’on me touche les cheveux ou qu’on veut voir l’intérieur de mes paumes « blanches » de main, qu’on présuppose que je suis une bête de sexe et d’une intelligence limitée.

Négrophilie Sexuelle_Valérie Oka

Je n’y vois rien d’anodin. J’y vois le marché aux esclaves, les zoos humains, les viols dans les plantations, le racisme scientifique et sa fumeuse théorie selon laquelle les Noir.e.s étaient le chaînon manquant entre l’homme blanc et le singe. Donc NOIRE, avec tout ce que ça comporte d’expériences spécifiques de discriminations héritées de l’histoire esclavagiste et coloniale de la France. NOIRE avec tout ce que ça comporte de stratégies d’auto-défense mises en place par les femmes et les hommes Noir.e.s au fil des siècles : marronnage,  panafricanisme, afro-féminisme et toutes les politiques de résilience dont nous sommes les auteur.e.s. NOIRE donc. Pas Black, NOIRE. NOIRE

CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS PANSEXUELLE

A titre d’information, l’orientation sexuelle ne fonctionne pas comme les cartes fidélité qu’on te donne au supermarché. On ne te mets pas un tampon à chaque fois que tu bouffes une chatte ou que tu roules une pelle à un.e trans. Déjà parce que c’est réifier les personnes concernées qui ne sont plus alors des individus mais une case à cocher. Et aussi parce que si la présomption d’hétérosexualité est la règle pour tout le monde, y compris avant tout passage à l’acte sexuel, il n’y a pas de raison d’exiger des personnes qu’elles sortent leur diplôme és « sexualité tous terrains ».

Je ne DOIS aucune explication concernant mon orientation sexuelle -quel.le.s que soient mes partenaires- et je ne me dois certainement pas d’outer d’autres personnes. Pourquoi cette introduction me direz-vous? Parce que l’histoire de l’affiche d’OLF revient régulièrement sur le tapis (dans des conversations auxquelles je n’assiste pas mais qu’on me rapporte -l’oeil de Moscou, c’est moi-)

Affiche OLF_Lesbophobie

(En ce qui concerne ce passage honteux de ma vie qu’est le militantisme au sein d’Osez Le Féminisme, je vous renvoie à la Mise Au Point n°1)

Car ce qui est intéressant dans la réaction des militant.e.s de tous bords à cette affiche c’est le paternalisme, l’hétéronormativité intériorisée et toujours le racisme. La présomption d’hétérosexualité, en ce qui me concerne, parce que je suis une femme noire. Et/ou la présomption de non-réflexion sur l’invisibilisation de la parole des personnes concerné.e.s. J’en profite pour rappeler qu’en tant que femme noire, j’appartiens aux populations parlées, regardées, jugées, donc j’essaie d’éviter de reproduire ce qui m’irrite. Bref, tous ces commentaires me confortent dans l’idée que la gauche et le féminisme traditionnels français sont encore loin de mes réalités. Mais surtout, l’injonction à se outer et par là-même outer l’autre personne sur l’affiche qui doit elle aussi prouver qu’elle a bien bouffé des chattes me débecte. Mêlez-vous de ce qui se passe dans VOS lits.

Quand à celles et ceux qui considèrent que l’homosexualité et le patriarcat sont des inventions de l’Occident et que par conséquent les Afroféministes et ou les meufs noires queer sont aliénées par Babylone: retournez faire un tour dans les livres! Vous verrez que ce que l’Occident a amené avec la colonisation c’est : l’hétéronormativité. Les lois anti-sodomie, les lois raciales et sexuelles, pour éviter le métissage ET normer la sexualité des indigènes, qui n’avaient certainement pas attendu l’arrivée des Blanc.he.s pour s’adonner gaiement à la sodomie et au sapphisme!

 CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS AFROFÉMINISTE

Pour moi, l’Afroféminisme est un refus de compartimenter les luttes et une affirmation de la singularité de la situation dans laquelle se trouvent les femmes noires. Femmes et Noires, au cœur de trois discriminations : la race, la classe et le genre. Trois enjeux d’émancipation concurrents que nous n’avons de cesse d’essayer de réunir depuis près de 130 ans. L’Afroféminisme et l’Intersectionnalité sont des outils et des luttes d’émancipation développées par des Afro-descendantes, de part et d’autres de l’Atlantique depuis près d’un siècle et demi. Retour rapide:

  • 1851 : Sojourner Truth « Ain’t I A Woman » speech
  • 1920’s :  Paulette Nardal anime un salon littéraire qui sera le lieu où va émerger la Négritude et publie, « La Revue du Monde Noir » , bilingue français/anglais qui cessera de paraître en 1932 :

Créer entre les Noirs du monde entier, sans distinction de nationalité, un lien intellectuel et moral qui leur permette de se mieux connaître, de s’aimer fraternellement, de défendre plus efficacement leurs intérêts collectifs et d’illustrer leur Race, tel est le triple but que poursuivra « La Revue du Monde Noir

SLIDESHOW 1 copie

  • 1949 : An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman de Claudia Jones (cadre du Parti Communiste Américain, déportée en 1955, du fait du MacCarthysme et qui résidera jusqu’à sa mort au Royaume-Uni). Elle est donc l’auteure d’un des textes fondateusr de l’Afroféminisme où elle dénonce la « surexploitation des femmes noires » et est enterrée à la gauche de Karl Marx.
  • 1977 : le Combahee River Collective (Black Lesbian Feminists) publie son « statement » considéré comme un des points de théorisation officielle du Black Feminism :

Notre orientation politique la plus générale à l’heure actuelle est que nous nous engageons à lutter activement contre l’oppression raciale, de genre, hétérosexuelle et de classe. Et nous considérons comme notre tâche spécifique de développer une analyse et une pratique centrées autour du fait que les principaux systèmes d’oppression sont interdépendantes (…) En tant que féministes noires et lesbiennes, nous savons que nous avons une tâche révolutionnaire très précise à effectuer et nous sommes prêtes pour la vie de lutte et de travail qui s’annonce devant nous.

  • 1978 : La Coordination des Femmes Noires à Paris, milite et publie aussi :

À partir de la confrontation de notre vécu entant que femmes et en tant que noires, nous avons pris conscience que l’histoire des luttes, dans nos pays et dans l’immigration, est une histoire dans laquelle nous sommes niées, falsifiées. (…) C’est pourquoi notre lutte en tant que femmes est avant tout autonome car de la même façon que nous entendons combattre le système capitaliste qui nous opprime, nous refusons de subir les contradictions des militants qui, tout en prétendant lutter pour un socialisme sans guillemets, n’en perpétuent pas moins dans leur pratique, à l’égard des femmes, un rapport de domination qu’ils dénoncent dans d’autres domaines.

SLIDESHOW 2 copie

  • 1981: Aint’I A Woman de Bell Hooks
  • 1981: Women, Race & Class de Angela Davis
  • 1984: Sister Outsider: Essays and Speeches d’Audre Lorde

Après cette rapide inscription de mon parcours dans l’histoire de la pensée Afroféministe, j’en profite pour rappeler que la moitié des Noir.e.s de France sont musulman.e.s. Donc, à tous les petit.e.s malin.e.s de gauche qui pensent pouvoir se délester de leur islamophobie en embrassant la cause afroféministe, sachez que c’est un très mauvais calcul et qu’une fois de plus, je ne vous aiderai pas. Nous ne serons pas vos pions afin que vous puissiez prétendre que vous n’êtes pas racistes. Personnellement, je ne suis pas dupe et je considère que l’islamophobie est une question éminemment raciale et contrairement à certain.e.s, j’ai bonne mémoire en ce qui concerne le racisme de gauche:

Je me suis d’ailleurs aussi largement exprimée dans d’autres médias quand à mes réserves sur le monde de l’anti-racisme blanc français.

CE QUE JE DIS QUAND JE PARLE DE CLASSES

Toutes ces questions politiques et sociales nous amènent à ma critique (ou devrai-je dire, tentative de silenciation) préférée: celle qui consiste à reprocher aux Afro-féministes leur peu d’intérêt pour les questions de classe.

Voici donc un exemple typique d’intervention de gauchiste blanc dans une conversation.

Capture d’écran_Discussion KroKro Potpot_1

Capture d’écran_Discussion KroKro Potpot_2

Capture d’écran_Discussion KroKro Potpot_4

Tout y est, le courageux KroKro Potpot (car ces personnes utilisent des pseudos quand nous militons sous nos véritables identités) me reproche d’abord de trop me focaliser sur la race et dans un élan paternaliste, m’invite à lire Angela Davis!

Malheureusement pour lui et ses amis, ce discours était déjà périmé en 1956, comme vous pourrez le lire dans cet extrait de la  Lettre à Maurice Thorez  rédigée par Aimé Césaire afin d’expliquer sa démission du PCF (Parti Communiste Français):

Ce n’est pas volonté de se battre seul et dédain de toute alliance. C’est volonté de ne pas confondre alliance et subordination. Solidarité et démission. Or c’est là très exactement de quoi nous menacent quelques uns des défauts très apparents que nous constatons chez les membres du Parti Communiste Français : leur assimilationisme invétéré ; leur chauvinisme inconscient ; leur conviction passablement primaire – qu’ils partagent avec les bourgeois européens – de la supériorité omnilatérale de l’Occident ; leur croyance que l’évolution telle qu’elle s’est opérée en Europe est la seule possible ; la seule désirable ; qu’elle est celle par laquelle le monde entier devra passer ; pour tout dire, leur croyance rarement avouée, mais réelle, à la civilisation avec un grand C ; au progrès avec un grand P (témoin leur hostilité à ce qu’ils appellent avec dédain le « relativisme culturel », tous défauts qui bien entendu culminent dans la gent littéraire qui à propos de tout et de rien dogmatise au nom du parti).

Mon avis sur cette idée selon laquelle « la classe » est le véritable combat se résume ainsi: le racisme scientifique et l’esclavage préfigurent le capitalisme donc la fin du capitalisme ne sera pas la fin automatique du racisme. Rappelons aussi ici que dans certaines plantations, un des revenus des femmes blanches était celui du travail du sexe de leurs esclaves noires ou de la « location » de leur travail domestique. Donc encore une fois, l’exploitation spécifique des femmes noires, y compris par les femmes blanches, préfigure le capitalisme donc soit on lutte à tout déconstruire, soit nous savons d’ores et déjà qui sera spollié dans le nouveau système.

Enfin cet argument d’une mauvaise foi éhontée selon lequel nous aurions tous « le même patron » me fait carrément gerber. Même si je devrai être habituée, après tout, nous n’avons pas la même histoire. Sans aller jusqu’à la question des congés payés et de tous les avantages sociaux que la France métropolitaine n’aurait vraisemblablement pas pu s’offrir sans la main d’oeuvre quasi gratuite et l’exploitation des matières premières des colonies. Nous pouvons nous pencher sur l’histoire du syndicalisme français et de pourquoi les Blanc.he.s et les autres n’ont  JAMAIS eu le même patron. Commençons par les usines Citroën et leur hiérarchie raciale:

Je m’étonne. Il n’est que manoeuvre? Ce n’est quand même pas si facile, la soudure à l’étain. Et moi qui ne sais rien faire, on m’a embauché comme « ouvrier spécialisé » (O.S.2, dit le contrat) : O.S., dans la hiérarchie des pas-grand-chose, c’est pourtant au-dessus de manoeuvre… Mouloud, visiblement, n’ pas envie de s’étendre. Je n’insiste pas. A la première occasion, je me renseignerai sur les principes de classification de Citroën. Quelques jours plus tard, un autre ouvrier me les donnera. Il y a six catégories d’ouvriers non qualifiés. De bas en haut: trois catégories de manoeuvre (M. 1., M. 2, M.3); trois catégories d’ouvriers spécialisés (O.S. 1, O.S. 2, O.S. 3). Quand à la répartition, elle se fait d’une façon tout à fait simple: elle est raciste. Les Noirs sont M. 1, tout en bas de l’échelle. Les Arabes sont M. 2 ou M. 3. Les Espagnols, les Portugais et les autres immigrés européens sont en général O.S. 2. Les Français sont, d’office, O.S. 2. Et on devient O.S. 3 à la tête du client, selon le bon vouloir des chefs. Voilà pourquoi je suis ouvrier spécialisé et Mouloud manoeuvre, voilà pourquoi je gagne quelques centimes de plus par heure, quoique je sois incapable de faire son travail. Et après, on ira faire des statistiques subtiles sur la « grille des classifications », comme disent les spécialistes.

 l’Etabli, Robert Linhart, 1978

Continuons avec les usines Talbot, où les syndicalistes blancs tabassent allégrement les syndicalistes Arabes qui veulent faire grève:

Et pour finir, un peu de lecture sur les effets contemporains de cette beau continuum colonial qu’est la segmentation ethnique du travail : « Loyautés incertaines. Les travailleurs du bâtiment entre discrimination et précarité » (N.Jounin) :

http://pdf.lu/ULgZ

Et puis comme je suis ici pour me faire plaisir, je vais aussi employer un mot qui chiffonne certain.e.s gauchistes blanc.he.s -surtout quand illes n’aiment pas se situer dans la hiérarchie raciale et sociale- : PRIVILÈGES!

Les privilèges vont bien au-delà des beaux quartiers et des classes prépas. La stagnation du pouvoir d’achat est une moyenne artificielle qui masque la progression des revenus de catégories qui se disent assommées par le « matraquage fiscal ». Entre 2008 et 2011, le revenu annuel moyen des cadres supérieurs [3] a augmenté de 1 000 euros, alors que celui des employés a baissé de 500 euros et celui des ouvriers de 230 euros. Au cours de la même période, le seuil de revenu des 10 % les plus pauvres a diminué de 4,3 % (après impôts et prestations sociales), quand celui des 10 % les plus riches a progressé de 3,2 %. Une perte de 360 euros annuels d’un côté et un gain minimum de 1 800 euros de l’autre. Or, on entre dans le club des 10 % les plus aisés, à l’abri de la crise, à partir de 3 000 euros nets [4] pour un célibataire ou 5 600 euros en moyenne pour un couple avec enfants. Bien loin des revenus des patrons superstars du CAC 40 ou de nos 0,1 %.

Ce que je trouve absolument confondant c’est de voir que même des médias comme BFM sont capables de pondre des articles sur la plus grande discrimination à l’embauche subie par les descendants d’immigré.e.s

Parmi les jeunes actifs de moins de 25 ans, le taux de chômage des descendants d’immigrés africains atteignait 42% en 2012, contre 22% pour les descendants d’immigrés européens ou les « natifs » (les Français sans ascendance migratoire), selon cette note.

Quand les militant.e.s d’une certaine extrême-gauche continuent à nous bassiner avec leurs histoires de « la classe avant tout ».

CE QUE JE DIS QUAND JE PARLE D’INTERSECTIONNALITÉ

Je viens donc d’expliquer longuement pourquoi, dans mon expérience et à ma connaissance, il est nécessaire d’articuler les luttes d’émancipation. Voici deux exemples en images: la première est une BD où une femme blanche explique à un homme qui l’accuse de diviser l’humanité (car elle se présente comme féministe) qu’elle ne fait que se défendre dans une situation de discrimination. La femme noire derrière elle acquiesce. Puis, la femme blanche se retourne et dis à la femme noire: pourquoi divises-tu le combat féministe en te disant Afro-féministe?

L’image suivante pourrait aussi bien être une réponse à la BD, en effet, une membre des Femen espagnoles pose torse nu avec l’inscription: « les femmes sont les nègres du monde » (titre ô combien malheureux d’une chanson de John Lennon à la base). Car ce type d’affirmation contribue à effacer l’expérience et même l’existence des femmes noires et contribue à déligitimer leurs combats.

Black Feminism CartoonFEMEN_WomanIsTheNiggerOfTheWorld

En 1989, Kimberlé Crenshaw créa donc le terme Intersectionnalité. Dans l’optique de résoudre une limite du droit américain qui reconnaissait, soit les discriminations liées au genre, soit les discriminations liées à la race, elle a développé un concept qui permettait d’illustrer la situation des femmes noires qui se trouvent à l’intersection des discriminations raciales et de genre. Cette idée a très vite été étendue à toutes les formes de dominations et de discriminations comme le racisme, le sexisme, les LGBTphobies, le validisme, etc, afin de montrer comment toutes ces composantes de l’identités des individus pouvaient s’articuler et interagir dans un système capitaliste.

L’émergence de l’Intersectionnalité dans l’espace francophone universitaire et militant blanc a contribué à sa dépolitisation:

Si l’intersectionnalité est née de la lutte des opprimées aux Etats-Unis, il me semble que l’arrivée de l’intersectionnalité en France s’est faite par l’université.  Quand un concept voyage et arrive par l’université, ou alors est rendu visible par l’université (ce qui n’est pas pareil), ou encore par du semblant de militantisme avec des pratiques relevant du même élitisme universitaire, et mobilisant des réseaux universitaires,  il y a nécessairement un biais de race et de classe sur qui va ensuite se l’approprier, même si certaines des choses proposées par le fac sur le sujet sont plutôt intéressantes.

Saving Intersectionality from Feminist Intersectionality Studies /Sauver l’intersectionnalité des études féministes intersectionnelles (S.Bilge) :

http://pdf.lu/VwDM

Peut-on faire de l’intersectionnalité sans les ex colonisé.e.s ? (Fatima Aït Ben Lmadani et Nasima Moujoud)

http://pdf.lu/mk3T

CE QUE JE DIS QUAND JE PARLE DE SE RÉAPPROPRIER LA NARRATION

Il ne suffit pas de produire des outils d’émancipation, encore faut-il être en mesure d’en assurer la diffusion si l’on souhaite qu’ils arrivent intacts aux oreilles des concerné.e.s. Raison pour laquelle je ne cesse de marteler que nous devons nous réapproprier la narration. Qu’il s’agisse d’investir les universités, le monde du cinéma, du journalisme et tout ce qui a trait de près ou de loin aux questions de représentations et de créations de conditions propices à notre émancipation.

Filming is the weapon

L’histoire des Noir.e.s est rarement présentée comme une histoire de l’action, nous sommes les victimes passives de l’Histoire, ou les bénéficiaires de la clémence du roi ou de la République qui décident de nous accorder notre liberté ou notre indépendance. L’histoire de nos luttes et de nos résistances ne sera portée que par nous. Et nous sommes aussi les seul.e.s qui avons intérêt à déconstruire de nombreux mythes, comme celui selon lequel le fait que des Noir.e.s aient vendu des Noir.e.s justifie l’esclavage.

Ma découverte du texte « J’ai séparé nos routes » de Cases Rebelles m’a conforté dans cette voie:

Chaque fois que nous avons été dans la lutte à ses côtés on l’a vu écrire une histoire à son image ; comme à Stonewall par exemple. Et à chaque fois qu’il nous est arrivé de dire nous sommes queers, féministes, marxistes, anarchistes, écologistes, indépendantistes ou autres vous avez entendu « nous vous aimons tant que nous voulons être comme vous, nous voulons nous battre comme vous qui nous avez tout appris. » Et puis vous avez constamment jaugé, jugé, soupesé nos révoltes. Ah nous ne faisions pas comme il fallait faire.
Il n’a jamais été question pour vous de comprendre en quoi nous faisions nos propres lectures à la lumière d’autres vécus et d’autres analyses qui vous échappaient fondamentalement.

Et je poursuis mes recherches en lisant celles et ceux qui comme moi, cherchent la façon d’articuler nos expériences et de mener des luttes conjointes tout en sachant où on se situe dans les rapports sociaux et quand on doit la fermer :

ENFIN CE QUE JE DIS QUAND JE ME DIS AFROPUNK

AFRO GOTH

A/LE ROCK (et tous ses dérivés) Est une musique noire

Va falloir vous y faire.

Et comme je suis en verve, je vous donne même des liens pour vous cultiver sur le sujet:

B/l’éthique punk me permet d’avancer

Le Do It Yourself, ça marche pour tout, y compris les films, demandez à Melvin et à son Guerilla Filmmaking Manifesto. C’est grâce à lui et à cette idée que tout le monde peut jouer, écrire, tout faire, le tout étant de s’y mettre et de s’y mettre à fond, que je me suis lancée dans la réalisation de mon film.

A Guerilla Filmmaking Manifesto

C/ j’en ai marre je vais me coucher mais maintenant vous savez qui je suis et le cas échéant pourquoi vous ne m’aimez pas et surtout pourquoi je ne vous aime pas non plus

What Ever Happened to all the Old Racist Whites from those Civil Rights Photos?

This is so true, including outside of the US!

AfroSapiophile

What ever happened to those white folks from those old photos?

A few months ago from this day of publishing, I had an interesting discussion with a white guy at work.  The subject of riots came up.  Pretty much, he attempted to place a mass association of « riots » to Black Lives Matter protesters.  Fascinated with his thoughts (which severely lacked critical thinking), I threw him a critical thinking question:

« Do you think that Black Live Matter protesters, command riots? »

I had to repeat the question because he was in total shock, as if he had walked from a train wreck, because he didn’t expect to engage in critical thinking.

detroit_race_riots Do you think MLK changed this white man’s bigoted social ideology?  Any of them?

He answered no, which was smart; they do not command riots to occur.  It’s a bit stupid to suggest such.  While he did concede the point that…

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CÉSARS, CRÉATION, INDÉPENDANCE ET RADICALITÉ

Depuis quelques jours, les débats font rage concernant les Césars : faut-il ou non se réjouir lorsqu’une institution dont le racisme et le sexisme systémiques ne sont plus à prouver (dois-je rappeler qu’il s’en est fallu de peu pour que Polanski soit maître de cérémonie ?) choisit de nominer et récompenser des films réalisés par des femmes racisées ?

Et je réalise que cette question efface bon nombre de débats/enjeux essentiels et complexes qui la compose :

1) Quelles sont les narrations qui ont le droit de cité (comprenez qui peut recevoir des financements institutionnels et pour quels types de récits) ?

En France, peu importe la qualité et la probité du travail final, comme je l’explique depuis maintenant de nombreuses années (voir mes articles : Les minorités doivent exiger plus que la représentation sur scène et  Le nerf de la guerre ou la guerre des nerfs, la politique de financement du CNC ), pour les racisé.e.s, hors de la banlieue, de la migration, de la bi/polygamie, du mariage forcé, de la prison et de l’excision, point de salut. Ce qui continue de donner un statut d’exception à Rue Cases-Nègres , le film d’Euzhan Palcy, c’est son caractère de fresque historique, qui sort de la dichotomie banlieue/immigration, même s’il s’agit quand même des « questions noires ». Il est donc vrai que nous ne pourrons parler de révolution et de transformation structurelle que lorsque :

a/ nous aurons accès aux vraies tunes. Perso, je ne veux pas les aides pour la « diversité », je ne fais pas de « films de la diversité », je fais des films et je veux le vrai argent. Mais au-delà des conditions matérielles de production se cache un autre enjeu : celui de notre accès à l’universalité.

b/ QUAND POURRONS-NOUS RECEVOIR DES FINANCEMENTS POUR DES FILMS QUI NE SOIENT NI DES COMÉDIES, NI DES ÉNIÈMES EXPLORATION DE NOTRE ALTÉRITÉ? QUAND POURRONS-NOUS SIMPLEMENT RACONTER DES HISTOIRES SIMILAIRES À « PARIAH » ; « MOONLIGHT » ; « MO BETTER BLUES » SANS SE RUINER?  À savoir, combien de temps faudra-t-il attendre pour que les institutions des pays dans lesquels nous payons des impôts nous donnent les moyens de réaliser des drames, des films sur la vie, qui se trouvent juste être des vies de personnes racisées. En effet, je suis certaine que ces scénarios sont déjà arrivés jusqu’au CNC et depuis belle lurette, mais un drame familial concernant une famille noire, s’il n’est pas réalisé par Claire Denis, finira à la poubelle car pas assez universel. Par contre, un film sur des filles de banlieue, qui si possible se termine mal, passera au moins la première phase de sélection. Ce tropisme de la représentation tolérable des racisé.e.s doit être adressé et combattu. Mais ce ne sont pas les artistes racisé.e.s qui en sont à l’origine, c’est le pouvoir, les institutions et la marge de manœuvre et la conformation à ces standards par celles et ceux qui n’ont pas les moyens de faire des films « Guerilla » -je développe ce point dans la partie 3)- doivent être pris en compte lorsqu’on les critique. Je remarque en effet que les attaques partent plus vite en direction des racisé.e.s que du CNC et des boites de production, hors c’est là que se prennent les décisions.

2) Ceci nous amène à l’enjeu de la critique des œuvres des racisé.e.s.

En effet, doit-on au nom de l’unité communautaire, ne pas critiquer les films réalisés par les personnes qui nous ressemblent ; ou doit-on rester fidèles à sa ligne politique et défourailler à tout-va ? Une fois de plus, je prendrai mon exemple pour ne pointer personne du doigt et rappeler que rien n’est simple lorsque l’on essaye de concilier idéaux politiques et actions. C’est aussi en tant que réalisatrice de films, ayant une relative visibilité médiatique que je m’exprime. À l’époque où j’étais uniquement militante inconnue, mon positionnement était différent, car il n’avait pas les mêmes conséquences. Critiquer publiquement, même de façon constructive le travail les unes des autres, me semble par rapport à ma situation actuelle et à ce stade de notre présence dans le monde audiovisuel, contre-productif. Je l’expliquai déjà en 2015, je suis pour l’émulation pas la compétition. Lorsque nous serons plus de dix réalisatrices noires en France et que nous aurons l’équivalent des « Cahiers du Cinéma », je serai ravie de produire des critiques de nos films, sans complaisance. Mais pour appartenir, de loin, à ce milieu qui ne fait pas de cadeau aux racisé.e.s, en particulier lorsque ce sont des femmes, je ne souhaite pas me retrouver dans une logique de compétition car nous sommes trop peu nombreuses.

Je l’ai déjà expliqué par le passé : dans la mesure du possible, à moins qu’il ne s’agisse d’actions qui doivent être condamnées (ex : les agressions sexuelles par Bill Cosby) ou de films vraiment abusés (ex : Intouchables), je ne critique pas publiquement les artistes racisé.e.s et leurs œuvres/choix d’apparition (surtout parce que dès lors qu’on est pas Omar Sy, il faut bien manger -quand j’étais comédienne, j’ai fais des trucs dont je suis vraiment pas fière). C’est mon choix actuel, me connaissant, je changerai surement d’avis. J’émets néanmoins parfois des réserves, comme lorsque j’ai expliqué que je ne me retrouvais pas dans la dimension nationaliste de films comme « Trop Noire pour être française » ou quand j’ai relevé la énième transposition d’une histoire vraie concernant un homme arabe bienveillant/résilient dont le rôle est donné à un homme noir comme pour « l’Ascension ». Vous noterez que ces critiques concernent moins les personnes que la nécessité de révéler les mécanismes de ce qui est considéré comme acceptable par les autorités/institutions qui attribuent les financements.

En ce qui concerne les artistes racisées, mon positionnement se résume ainsi : je ne parle pas des films que je ne cautionne pas et/ou je me centre sur les personnes plutôt que leur œuvre afin de souligner par exemple que je soutiens les réalisatrices racisées, même si je ne suis pas d’accord avec toutes, qu’il s’agisse de leurs choix esthétiques et/ou politiques. J’opère également un traitement différencié, moins critique vis-à-vis des cinéastes indépendant.e.s (qui ne sont pas financé.e.s par le CNC) que des autres, ce qui m’amène au 3ème point.

3) L’INDÉPENDANCE ET LA NON-CONFORMATION AUX NARRATIONS ACCEPTÉES PAR L’ÉTAT ET SES INSTITUTIONS ONT UN COÛT.

J’expliquai récemment lors d’un débat autour de mon film à la Maison d’Haïti de Montréal que j’étais épuisée, au bord de la faillite et que faire un « film guerilla » avait un coût moral et financier dont je n’avais pas conscience au début du projet. Je suis incapable aujourd’hui, en toute honnêteté, d’affirmer que j’aurai quand même fait ce film si on m’avait expliqué dans quel état je serai 3 ans plus tard. Stéphane Martelly, auteure et poète haïtienne qui animait le débat m’a alors demandé malicieusement : « Est-ce que tu es en train de nous dire que tu payes ta dette de l’indépendance ? ». Nous avons beaucoup ri, pas parce que c’est drôle « haha ! », mais parce que c’est tellement triste et vrai de voir comment l’histoire se répète qu’il vaut mieux en rire.

En effet, si ce texte mentionne constamment l’argent, c’est qu’il s’agit bel et bien du cœur du problème : aujourd’hui en France, si vous êtes racisé.e et que vous voulez recevoir de l’argent des institutions pour faire un film, VOUS DEVEZ VOUS CONFORMER À CE QUI EST ACCEPTÉ. Donc : la banlieue et l’immigration. Faites une liste des films primés et/ou financés, le cœur de la narration est systématiquement l’un de ces deux pôles. Et je le répète, même si la qualité est au rendez-vous, cinématographiquement, il n’empêche que la similitude des toiles de fonds de films représentant les racisé.e.s est consternante. Je ne suis pas naïve et je sais bien que certain.e.s racisé.e.s n’ont aucun scrupules à renforcer les stéréotypes sur les Noir.e.s et les Arabes, tant que cela leur permet d’intégrer le sérail. Mais je sais aussi que pour la plupart de ces personnes, il s’agit moins de vouloir « plaire au Blanc.he.s » que d’arriver à faire et diffuser des films, dussent-elles faire des concessions et réécrire leur film jusqu’à ce qu’ils deviennent stéréotypés/acceptables/finançables.

C’est parce que je refuse de me faire charcuter mes histoires que je n’ai pu porter aucun des projets précédant Ouvrir La Voix à l’écran. Et c’est parce que je suis une privilégiée par association (c’est-à-dire en couple avec une personne qui finance mon indépendance, une oxymore comme on en fait pas, si je suis « soutenue » par mon conjoint, peut-on vraiment parler d’indépendance ?) que j’ai pu faire un « film guerilla ». Entendons-nous bien, l’indépendance, surtout si elle a pour ambition la sortie en salles, coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros : quel.le racisé.e français.e peut se le permettre aujourd’hui ? Réponse : 4 ou 5. Rachid Djaïdani a mis 9 ans pour faire Rengaine  ; Djinn Carrénard et Salomé Blechmans ont fait Donoma avec « 150 euros » -si on ne compte pas la masse salariale de toutes les personnes, des technicien.ne.s aux actrices.teurs qui ont bossé gratuitement sur ce film, cela pose donc une autre question, celle de la dé-professionnalisation du cinéma fait par les racisées, ce que je considère comme un autre outil institutionnel de notre marginalisation (nous sommes forcé.e.s de faire des films avec nos tunes et en faisant appel à des bénévoles, de fait, quand nous demandons l’agrément de production du CNC, nos films n’ont pas été réalisés dans les règles de l’art et ne peuvent être soutenus, même après réalisation)  ; « Ils l’ont fait » de Said Bahij, Khalid Balfoul, Rachid Akiyahou et Majid Eddaikhane a coûté 30 000 euros dont la majeure partie est sortie de leurs poches :

« Sur le site de financement participatif Ulule, ils ont récolté 5 414 euros pour acheter et louer du matériel. Des caméras, des objectifs, des micros – entre autres. Dans leur présentation, ils écrivent : « Un braquage de plusieurs centaines de milliers d’euros sans armes, ni otages. ». Le reste, ils l’ont sorti de leur poche, promo y compris, en créant une boîte de production. L’avant-première à Marseille a ainsi coûté 1 000 euros. »

Je n’ai pas encore fait les calculs exacts pour Ouvrir La Voix, mais on en est au moins à 20 000 euros de notre poche (« on », c’est moi et mon conjoint qui venons de monter une boite de production et distribution afin de pouvoir distribuer le film). Ça c’est avant la sortie en salles qui va nous coûter au moins 10 000 euros (attaché.e de presse ; affiches, copies de DCP, envois de DCP, locations de salles pour projection presse, etc.). La « dette de l’indépendance » donc et sans aucune assurance d’avoir un retour sur investissement. Le militantisme/la radicalité ne payent pas, il ruinent.

4) C’est pourquoi je fais preuve d’empathie vis-à-vis des racisé.e.s de l’industrie.

Tout le monde n’a pas les moyens de faire des films avec ses fonds propres et la « radicalité » surtout en art est le monopole des privilégié.e.s et/ou kamikazes qui ont la patience et l’endurance pour créer dans la marge, en privilégiant leur indépendance à leur subsistance. Je vous le dis tout de suite, je l’ai fais une fois et je ne le referai pas : j’ai 32 ans, pas une tune d’avance et tout ce qui rentre est engouffré dans le film. J’en ai assez d’être précaire, j’en ai assez de me sacrifier pour la communauté, j’en ai assez de payer deux fois car la TVA et les entrées en salles de tou.te.s les français.es financent le CNC et je dois quand même financer mon film avec mes tunes.

Si nous pouvons apprendre une chose des Afro-Américain.e.s, c’est que l’existence actuelle d’un véritable cinéma d’auteur.e.s noir.e.s vient d’une histoire de conformation/intégration lente des institutions hollywoodiennes. Beaucoup oublient qu’avant d’inventer le « guerilla filmmaking » , Melvin Van Peebles était un vilain militaire US, pilote pour la Air Force et qu’il a d’abord travaillé « for The Man » à Hollywood comme réalisateur de l’hyper problématique « Watermelon Man » , ancêtre du maudit « Agathe Cléry » et toutes les autres comédies moisies d’inversion des rôles. C’est l’année suivant Watermelon Man qu’il réalise Sweet Sweetback Badass Song. C’est parce qu’il a de l’argent de coté grâce à son passage à l’armée et à Hollywood (où il a aussi acquis un réseau) qu’il peut faire un film-pirate. LES CONDITIONS MATÉRIELLES DE PRODUCTION SONT AU CŒUR DES POSSIBILITÉS DE RÉVOLUTION (AU SENS DE TRANSFORMATION RADICALE DE LA SOCIÉTÉ).

C’est bien joli de kiffer le « Che » et de se rêver révolutionnaire, mais faut pas oublier qu’avant la révolution cubaine, le Che était un bourgeois… La liberté n’a pas de prix mais elle a un coût  que tout le monde ne peut pas assumer. Sans la carrière de « gentil noir du cinéma hollywoodien » de Danny Glover (plus grand mécène d’artistes Afro-américain.e.s) ; sans l’argent de celui dont on sait désormais qu’il fut un violeur en série (aka Bill Cosby) pas de Sweet Sweetback Badass Song auquel il a largement contribué financièrement ; sans Oprah Winfrey et tant d’autres, pas de cinéastes comme Ava Duvernay ou Dee Rees, car leur indépendance actuelle est le fruit du travail amorcé il y a près de 4 décennies par celles et ceux qui ont préparé le terrain (souvent dans la consensualité et l’apologie du capitalisme) pour qu’un jour, des cinéastes noir.e.s puissent juste raconter de bonnes histoires. Et même faire des films politiques distribués par Netflix.

5) Je dis souvent que c’est aussi un constat d’échec quand à mon parcours militant qui m’a donné envie de réaliser un film.

Depuis la mise en ligne des Extras d’Ouvrir La Voix, j’ai reçu plusieurs messages de professeur.e.s, d’éducatrices.teurs spécialisé.e.s, d’animatrices d’aumôneries, etc. qui utilisent mes vidéos en classe ou en foyer ou en aumôneries donc. Et je me dis que j’ai enfin trouvé le moyen de ne plus parler qu’aux seul.e.s convaincu.e.s, mais aussi d’arriver à toucher les jeunes qui étaient mon auditoire cible pour le film. Je continue de penser que les radicaux et le militantisme sont essentiels pour tirer le grand public vers une compréhension toujours plus accrue des ravages causés par le blantriarcat, l’hétérosexisme, la transphobie, le validisme etc. Mais pour avoir fait des interventions en collèges, je sais aussi que ces mots n’ont aucun sens pour des gamins de 5e, tout comme ils ne faisaient aucun sens pour mon père. On a besoin de trouver des ponts avec le grand public, d’autant qu’il ne faut pas se leurrer, tou.te.s les racisé.e.s/minoritaires/précaires ne sont pas hyper critiques du gouvernement et/ou du monde cinématographique. Pour les personnes qui ont besoin de « l’excellence noire » et qui croient dur comme fer à la « politique de respectabilité », voir des femmes noires reconnues par l’institution et qui font des discours politiques ouvre une possibilité de sortir de la dichotomie « mauvaise Noire militante » VS « bonne Noire intégrée ».

« On ne fait pas la Révolution en ayant raison tout.e seul.e » est une citation dont je ne connais pas la provenance, mais à laquelle j’adhère complètement. J’ai trop souffert d’appartenir à des milieux militants où tu es méprisée dès que tu ne coches pas toutes les cases de la radicalité : « Vegan. Check. Bois jamais de Coca. Check. Connais la différence entre genderqueer et gender fluid. Check. En fonction des appartenance politiques, adore ou conchie Beyoncé. Check. Chienne de la casse parce que si tu sors de la précarité tu deviens un suppôt de Satan, oups du capitalisme. Check. Etc. Etc. ». Pour infos : j’aime la viande surtout rouge et bien saignante ; je bois du Coca quand j’ai la gueule de bois ; je suis complètement paumée dans toutes les sous-catégories queer ; avant Lemonade, je ne trouvais aucun intérêt musical à Beyoncé mais l’évolution de son personnage public m’intéresse énormément ; enfin, j’ambitionne non seulement de gagner ma vie d’ici à mes 40 ans, mais si possible de vivre confortablement. Je suis donc une vendue et pas du tout « radicool ».

Plus sérieusement, je ne souhaite pas/plus reproduire cette violence liée à un capital culturel partagé par une minorité, qui bien souvent, au lieu d’expliquer dans la bienveillance ce qui est problématique dans tel ou tel propos/comportement, se contente juste de créer de nouvelles normes (celles des « vrai.e.s radicool » donc) et de te juger parce que tu t’épiles les jambes, donc t’es pas assez déconstruite/radicale. En faisant le choix de la création et de l’indépendance pour compléter mon parcours qui pour l’instant n’avait été qu’analyse et déconstruction, je me retrouve donc à aggraver mon cas d’exclue de la « radicoolitude » : je suis désormais PATRONNE !

Et oui, tu ne peux pas distribuer un film commercialement si tu n’as pas de boite de production/distribution, donc qui vient de monter une SAS de production dont elle est la Présidente et dont son conjoint est le Directeur Général ? BIBI !!! Je veux que mon film soit vu et là, deuxième concession, je dois obtenir un visa d’exploitation délivré, je vous le donne en mille… par le CNC ! L’institution qui a refusé de financer mon film donc. Comble de l’ironie, si ce dernier fonctionne en salle, le CNC recevra une bonne partie des bénéfices, mais je ne vais pas boycotter le CNC car sans visa d’exploitation, pas de sortie nationale. Je vais donc faire ma demande de visa d’exploitation et me conformer aux règles, car le rapport de pouvoir n’est actuellement pas en ma faveur. DANS CE CAS PRÉCIS, MA CRITIQUE DE L’INSTITUTION PASSE APRÈS MON DÉSIR DE MONTRER MON FILM AU PLUS GRAND NOMBRE. J’ai pas taffé gratos et à perte pendant 3 ans pour rien !

Où s’arrêtent donc les compromis ? Où commence la compromission ? Comment articuler une posture anticapitaliste à une carrière d’artiste qui ne fais pas de concessions sur le fond ni la forme de son travail au sein d’un système raciste qui me force à créer ma propre économie et donc à me lancer dans l’entrepreneuriat ? Quelle légitimité ai-je à attaquer celles et ceux qui composent avec l’institution quand je sais très bien que je n’aurai pas pu mener à bien mon projet de « guerilla filmmaking » si mon conjoint n’avait pas été un photographe qui non content de pouvoir me soutenir moralement, pouvait me soutenir techniquement et économiquement dans la réalisation de mon film ?

En conclusion, je dirai ceci :

Est-ce que la cérémonie des Césars hier soir a mis fin aux multiples problèmes systémiques (racisme, classisme, sexisme, validisme, transphobie, etc.) dans le cinéma français ? Évidemment que non.

Est-ce que des artistes qui se bouffent des portes et triment minimum trois fois plus que tout le monde depuis des années ont enfin récolté le fruit de leur travail ? Un peu –même si le chemin reste long et que je sabrerai le champagne quand on financera nos long-métrages de fictions non-stéréotypées.

Est-ce que des petites filles noires et arabes qui regardaient la télé hier soir se sont senties super fières et que des vocations vont voir le jour ? Définitivement oui.

Est-ce qu’il est possible de résumer les enjeux liés à la possibilité d’être des artistes racisé.e.s indépendantes et radicales en France, à la cérémonie des Césars ? Je ne pense pas.

9 janvier : hommages et resistance !

Unité des opprimé.e.s!

Juives et Juifs révolutionnaires

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Le 9 janvier 2015, 4 Juifs, Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada, sont assassinés au cours de la prise d’otages de l’HyperCasher de la porte de Vincennes par Amedy Coulibaly, militant takfiri se réclamant de Daesh. 4 autres personnes seront blessées pendant cette prise d’otage.
Nous rendons hommage aux victimes de ce massacre antisémite et à leur famille.

Nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas !

Nous tenons aussi à saluer une fois encore l’héroïsme de Lassana Bathily, qui sauvait la vie à quatre personnes en risquant la sienne.

Ce massacre a succédé à celui de l’école Ozar Hatorah de Toulouse et à celui du musée juif de Bruxelles. Malheureusement, ni l’un ni l’autre ni le troisième n’ont suscité de grand mouvement populaire de protestation, contrairement aux attentats de Charlie Hebdo. Cette situation met en lumière la banalisation de la violence antisémite en France. Elle met aussi…

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An open letter to No One is Illegal (NOII) and their supporters

Decolonization

To NOII-Vancouver/NOII-Toronto and their supporters:

On November 30th, a letter was issued by members of the Rwandan genocide survivor community in Vancouver that asked No One Is Illegal-Vancouver to be accountable for inviting Jean Hakizamana to their « Refugees Welcome” event on October 11th, during which he physically assaulted a 75-year-old Rwandan woman and genocide survivor.

We are a group of Black women and allies who continue to be concerned because despite No One is Illegal-Vancouver’s public apology and admission of systemic anti-blackness, a new round of harassment and intimidation has been unleashed on Black women who have spoken out in support of the Nov 30th letter.

Indeed, individual Black women who have publicly supported the Rwandan survivor community in Vancouver and Toronto have been targeted for public harassment and intimidation by supporters of No One is Illegal- Toronto and Vancouver. Moreover, even though No One is Illegal-Vancouver admits to persistent anti-blackness…

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Le pays que je connais

BEAUTY

Natasha Kanapé Fontaine

Le pays dont je rêve n’existe pas dans la tête
des chefs de chacun des partis politiques de ce pays.
Le pays dont je rêve n’existera tant et aussi
longtemps que cette société restera assise
confortablement sur la tête de mon peuple.
Je ne m’appellerai Uapukun (Fleur), Shikuan (Printemps),
Shatshitun (Amour), Maikan (Louve) tant et aussi
longtemps que cette société ne saura apprendre
l’enseignement de ce territoire fragile.
Le pays dont je rêve n’existe pas encore que déjà
on le salit en frottant ses chaussures sales sur sa tête.
Le (faux) pays que j’observe ne reconnaît pas son peuple
d’origine, sa matière d’origine, sa propre terre d’origine.
Le sang indigène coulé dans le béton des villes
ne cesse de crier et de grincer des dents
– c’est ce qu’ils voulaient dire par les enfers –
au fond de sa détresse sa mémoire organique
Le (faux) pays que j’observe ne sait…

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Funkin’ After Fifty; A Conversation With The Creator of Sofistafunk Skirt Co.

WHEN I GROW UP I WANNA BE JUST LIKE ‘EM

The Matriarch

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It is appropriate that I write this in the crisp of the autumn breeze, surrounded by natures beauty. You see, dear reader, the person I am about to tell you about is as creative as the autumn colors, as easy breezy as the light wind across my face and as whimsical as the leaves dancing to the ground.

Arlinda is the mother of one of my husbands friends. The gentlemen, her son and my husband were meeting to discuss a project they were working on and I tagged along with my husband. « You’ll love my mother » this co-worker said. Great I thought. I’ll just hang out with your dear old mom and listen to her give me unsolicited marital advice. We’ll watch a game show until she falls asleep on the couch and that will be my hint to gather my husband and head home. That is NOT the dear…

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I lost my true self

Holt Adoption Product:

I’m Quebecoise. She’s Korean.
I’m a Scorpio. She’s an Aries.
I was conceived when she was made a paper orphan.
I was bought, she was sold.
I was being born while she was dying.
I grew stronger while she became weaker.
I began to talk when she began to lose her talk.
I was given a name, she lost her name.
I was born when she was buried.

I’m not me. I’m her.
I live in her body with her memories and her ghost.
I lost my true self when I lost her.

I’m Quebecoise.
You snatched away everything but my memories.
You penetrated me forcefully with your mother tongue, your thought and your culture
while emptying me of my mother tongue, my thought and my culture.
I speak like you.
I do things like you.
I think like you.
I have a French Canadian name.
But you reject me…

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NÉNÉ LE BOURRU

Ce texte est une version un peu plus longue et accompagnée de photos du texte que j'ai lu lors des funérailles de mon père, ce lundi 28 septembre 2015. Ses instructions à ma mère étaient claires et à son image: "Quand je serai mort, tu me fais brûler et tu jettes mes cendres dans le jardin". On a beau ne pas être conventionnel.le.s dans ma famille ; ça  nous semblait indélicat de ne prévenir personne et de ne pas offrir aux gens qui l'ont connu une occasion de lui dire au revoir. Nous avons donc fait une cérémonie minimaliste, et qui je pense aurait été à son gout -d'autant plus qu'on a choisi de faire rentrer son cercueil au son de Johnny B. Goode de Chuck Berry! J'ai contourné son refus de "grand discours larmoyant ou de résumé de sa vie", en parlant de notre relation. J'ai un peu pleuré mais presque pas, conformément aux instructions.

Un jour dans un documentaire, un des intervenants disait : « Comprendre, c’est pardonner ».

J’en ai longtemps voulu à mon père car je n’arrivais pas à accepter que notre relation ne serait jamais ce que j’aimerai qu’elle soit et qu’il ne deviendrait jamais ce que je considérais comme étant le père idéal. Ce dont je suis le plus fière aujourd’hui c’est d’avoir grandit à temps pour l’accepter et l’aimer tel qu’il était et pour que nous nous séparions en bons termes. Je vais donc vous parler de comment j’ai appris à comprendre mon père et cette histoire se déroule en trois parties.

PART 1 : MON PÈRE, CE HÉROS

Bien avant Brangelina, Madonna et toutes les stars hollywoodiennes qui ont cédé à la mode des familles « arc-en-ciel » ; Néné le Bourru, de son petit nom au boulot ; Capitaine Haddock pour mes copains du lycée, a adopté deux enfants noirs. À la campagne lyonnaise, dans la fin des années 70, début des années 80, c’était comment vous dire… pas commun ! Surtout pour quelqu’un qui aimait entretenir son image d’homme bougon, un peu rustre. Si vous avez connu mon père, vous savez qu’il était le roi de la mauvaise prononciation des mots. Plus jeune, je pensais qu’il ne retenait rien et ça m’énervait. En vieillissant, j’ai compris qu’il le faisait exprès et que c’était sa façon de montrer qu’il se foutait des conventions. D’ailleurs, qui que vous soyez, le traitement que le René vous réserverait serait le même. Et si ce n’était pas un bon jour, je peux vous assurer que vous alliez être bien reçus !

Mais pour en revenir à la phase idyllique de notre relation, je dirai que comme Maman vous l’a raconté, dans ma petite enfance, quasiment jusqu’au collège, mon père était mon meilleur pote.

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Déjà parce que bien avant que les « nouveaux papa » soient à la mode. Comprenez, les pères qui s’occupent de leurs enfants. René s’occupait de nous.

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Il ne travaillait pas l’après-midi donc il venait me chercher chez la nourrice ou à la garderie pour que je fasse ma sieste à la maison. Et comme ma maman était très occupée par son travail d’institutrice, mon frère et moi passions beaucoup de temps avec mon père.

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Il participa à tous mes anniversaires où selon la règle imposée par maman : « Tu invites tout le monde ou tu n’invites personne ». Toute ma classe envahissait la maison et des nuées d’enfants se précipitaient tous les ans sur lui pour jouer. Vous pouvez voir qu’il se pliait avec joie à l’exercice.

Même si ma mère a assuré la majorité des trajets aux entrainements de basket, papa s’occupait souvent des trajets du soir et à eux deux, ils n’ont quasiment jamais manqué un de mes matchs, en douze ans de pratique. Idem pour le solfège, la trompette et tout ce qui pouvait me faire plaisir. Ils étaient là, pour les entrainements, les répétitions, les concerts, les matchs, papa en tête de mon fan club. Et aussi grand responsable de mon amour pour le rock’n’roll et le disco, car dans son Express pourrit qui sentait la Gauloise brune froide, on écoutait radio Nostalgie à fond. Bien entendu, à l’époque, je n’aurai jamais admis que ça me plaisait, mais aujourd’hui je peux reconnaitre que ces trajets en voiture font partie des rares bons souvenirs de mon adolescence.

Papa était tellement en avance sur son temps que je croyais, une fois arrivée à l’université, que tous les hommes participaient aux tâches ménagères… Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que j’avais grandit dans une famille à part, où garçon et fille, mari et femme faisaient tout. (Ou presque, papa a été bannit du repassage car il était vraiment trop mauvais.)

Bref, mon père aimait tellement jouer les rustres que même moi à un moment de ma vie, j’avais oublié à quel point il était plus complexe et subtil que son image de mec bougon.

PART 2 :  LA GUERRE EST DÉCLARÉE

Cette première phase pleine de joie et d’amour a été suivie d’une phase à l’extrême opposé du spectre émotionnel qui a été d’autant plus problématique que si l’on se souvient peu de la période entre ses 0 et ses 5/6 ans ; on se souvient très bien de son adolescence. Je m’appesantirai le moins possible sur cette période car elle était moche. Elle a coïncidé avec la maladie de ma grand-mère et un changement brutal de la personnalité de mon père. Il était devenu si taciturne et parfois carrément méchant que j’en étais même venue à douter de son amour pour nous, ses enfants. Car c’est une autre des singularités de mon père : s’il pouvait être insupportable, y compris avec maman, c’était quand même avec elle qu’il ne dépassait jamais les limites. Papa a toujours été, sans aucune équivoque possible, absolument amoureux de maman.

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Il a d’ailleurs eu tellement peur de manquer l’anniversaire de leurs 30 ans de mariage qu’il lui a offert un bijou, l’année des 29 ans ! Et même si lui et moi avons été en guerre ouverte pendant une bonne dizaine d’année, c’est à lui que je dois mon coté fleur bleue. J’ai toujours considéré que ça ne valait la peine d’être en couple un jour, que si je rencontrai quelqu’un qui pouvait me témoigner autant d’affection, pendant autant d’années que mon père a aimé ma mère. Un autre de leurs sketchs de vieux couple que j’affectionnais était le « cette année, pour Noël ou les anniversaires, on ne se fait pas de cadeau ». C’est toujours papa qui faisait cette proposition, et quasiment à chaque fois, maman tombait dans le panneau. Deux semaines avant l’anniversaire de maman ou Noël, papa venait me voir, me donnait de l’argent ou me demandait ce qu’il pourrait acheter à maman pour lui faire une surprise. 39 ans de mariage et toujours l’envie de surprendre l’autre et si ça n’avait pas été pour ce maudit cancer, 40 ans en janvier. Ça laisse rêveuse.

Mais pour en revenir à papa et moi, à partir de mes 14 ans, je ne souhaitais qu’une chose, me tirer le plus loin possible et dès que j’ai pu, je suis partie en Australie. J’avais 21 ans. Et c’est ce choix qui ouvrira une nouvelle ère dans les rapports que mon père et moi entretenions.

PART 3 : LE GRAND PARDON

Quelques indices avant l’Australie m’avaient amenée à commencer à réaliser que mon père m’aimait, mais ne savait juste pas comment me le dire et me le montrer. Une première fois, chez nos voisins, les Goux, car j’allais souvent me plaindre chez eux quand la coupe était pleine et ce jour-là, j’avais dû dire que papa ne m’aimait pas car Michel m’a dit quelque chose comme : « Ah ça non, le René, sa fille, c’est quelque chose ». Et de me raconter qu’un jour, quand papa et maman construisaient la maison et qu’ils avaient appris que j’allais arriver, papa avait été voir Michel dans son garage pour lui annoncer la bonne nouvelle, en pleurant ! L’information importante ici est « en pleurant ». Car je n’ai jamais vu mon père pleurer, pas même pour la mort de mamie Simone quand bien même je savais que ça l’avait dévasté. Et il avait pleuré pour mon arrivée ?!!! J’étais tellement fière et heureuse.

Le deuxième indice est une dame qui m’a prise en stop entre Neuville et Montanay et comme je n’avais pas été à l’école ni ne fréquentait beaucoup le village, elle m’avait demandé si je venais de m’installer là-bas. Comme je savais que mon père était connu de tous car entre son activité de cantonnier et celle de président du club de la « Boule Joyeuse », un club de boules, pas la pétanque, la lyonnaise. Et dieu sait que ce nom m’a fait rire et mes copains du lycée avec ! Bref, quand je dis à cette dame : « Non, non, j’ai toujours vécu ici, je suis la fille de René, le cantonnier ». Elle me répond : « Oh mais c’est vous qui êtes basketteuse de haut niveau et qui faites Polytechnique ?!!! ». Je réponds que je suis à Sciences-Po, mais connaissant papa, y’avait Po dans Polytechnique et c’était aussi une grande école donc c’était pareil. Et elle continue : « Votre papa parle de vous tout le temps, qu’est-ce qu’il est fier de sa fille ». J’étais restée bouche bée, car à cette époque, nous nous parlions à peine et j’étais encore relativement persuadée qu’il ne me supportait pas, quand apparemment, il claironnait dans tous le village que j’étais la 8ème merveille du monde.

Et puis mon séjour d’échange universitaire en Australie est accepté, papa jure ses grands dieux qu’ils ne viendront pas me rendre visite car c’est trop loin et trop cher. Moi je pense secrètement, tant mieux. Puis quand papa et maman m’accompagnent au train (car des amies m’avaient judicieusement conseillé d’éviter la présence des parents à l’aéroport car c’est le moment où ils craquent et se mettent à pleurer). Je vois maman, toujours enthousiaste qui me fait des grands coucous souriants –à l’escale de Dubaï, j’avais déjà reçu un mail paniqué car elle avait fini par réaliser qu’un an à l’autre bout du monde ça allait être long-. MAIS je vois papa qui a les larmes aux yeux et je suis désormais convaincue : je peux le faire pleurer, donc il m’aime. Trois mois plus tard, c’est le même René qui changera d’avis et me dira : « Bon, on prend les billets d’avions, mais tu t’occupes de nous organiser le voyage une fois sur place ». (En bougonnant, mais n’empêche, c’est lui qui voulait venir!)

Je vais la faire courte, car il a encore fallu quelques années pour qu’on se parle au téléphone, même quand maman n’était pas là. Quelques psys pour que j’accepte que je ne le sauverai pas. Et surtout pour que je prenne conscience qu’il avait fait de son mieux. Il n’était pas l’enfant chéri de ses parents. Sa vie n’a vraiment pas été un long fleuve tranquille. C’est donc très dur de donner ce que l’on n’a pas reçu. J’ai enfin compris que celui qui souffrait le plus de ne pas savoir nous aimer, c’était lui.

Le Grand Pardon

Et c’est ça la leçon de mon histoire avec papa, c’est d’avoir compris que les parents aussi doivent faire le deuil de l’enfant idéal. Et papa, même lorsqu’il n’approuvait pas mes choix de vie, ne m’a jamais fermé la porte de sa maison, m’a toujours soutenue et ne m’a jamais jugée. Je sais même aujourd’hui que les raisons pour lesquelles je l’énervais étaient aussi celles pour lesquelles il était le plus fier de moi. Mon goût pour les mots « compliqués » ; mes lubies d’artiste ; ma grande gueule ; mon coté anti-conformiste ou mon amour de la fête et de la flambe. J’étais un rappel de sa jeunesse (car le René et ses copains jetaient des mobylettes dans le canal de Sète, il adorait le rock, n’était vraisemblablement pas le dernier à lever le coude et racontait parfois sa version de mai 68 « on était montés à Lyon pour caillasser des gendarmes »). J’étais aussi un rappel de ses lacunes car il n’avait que le certificat d’études en poche et sa fierté pour mon parcours académique, n’avait d’égal que dans son mépris des « intellos qui restent le cul vissé sur leur chaise ».

Au final, l’accalmie de nos rapports se résume très bien dans mon choix de monter à Paris pour devenir comédienne. Maman a dit : « le cours Florent font des auditions à Lyon, je t’ai découpé l’article dans le journal ». Papa n’a rien dit. Quelques semaines plus tard, alors que je m’apprêtais à partir pour Paris pour le dernier tour des auditions, je disais à Papa : « T’as rien dis pour Paris et le théâtre ». Il m’a répondu : « Si je te dis que je suis contre et de ne pas y aller, tu vas rester ? ». J’ai dis : « Non ». Il m’a dit : « Ben voilà, tu sais ce que je pense ». Quelques mois plus tard, il viendra me voir en concert, enregistrera mes rares passages à la télévision, me donnera de l’argent pour l’achat de ma batterie, etc. etc. J’ai travaillé comme modèle vivant, j’ai été effeuilleuse burlesque, j’ai vécu à Londres, Melbourne, Paris, je me suis endettée, je suis militante Afro-féministe, pansexuelle, et surtout je n’ai jamais pris la peine de cacher quoi que ce soit à mes parents. Mon frère et Kévin aussi ont tout fait, TOUT, tout ce qui peut rendre des parents dingues et ils ont toujours été à nos cotés.

Tout bourru et supposément obtus qu’il soit, mon père a été bien plus tolérant qu’une bonne partie des personnes que je connais et qui se pensent instruites et cultivées ou qui se disent croyantes quand tout ce dont elles sont capables est le rejet de l’Autre. Notre maison a toujours été ouverte, aux enfants perdus, comme Daniel, Kévin, Aurélie et moi ; aux inconnus en détresse, aux étranges et aux étrangers. Un jour à Paris, papa et maman m’avaient rendu visite pendant la Gay Pride et nous nous étions retrouvé sur le parcours de la marche. Papa avait dit : « C’est quand même beau tous ces gens qui viennent rendre hommage à notre famille ». On a rigolé, j’ai considéré que c’était sa façon de me dire qu’il n’avait pas problème avec qui j’étais. Et je m’étais dit à ce moment-là qu’on était pas nombreux/ nombreuses parmi mes ami.e.s à avoir des parents comme les miens.

Mes parents m’ont montré chacun à leur façon ce que c’est qu’être parent : maman dans son expression constante et consciente d’un amour inconditionnel, papa dans ses démonstrations involontaires de sa capacité à accepter ses enfants et leurs parcours, tout en faisant en sorte qu’ils comprennent que même si on se fout sur la gueule, on s’aime.

J’aurai voulu arriver avant sa mort pour qu’il voie que j’étais moi aussi capable de grands gestes d’amour pour lui. Mon avion a atterri à Roissy à 9h35 et il est mort à 10h05. J’ai pleuré pendant tout le trajet en me disant que je n’arriverai vraisemblablement pas à temps et comme j’avais pris le vol du soir de Montréal, j’ai vu le soleil se lever. Une des expressions favorites de papa était : « Demain, il fera jour » ; une espèce de slogan fataliste pour résumer l’absurdité de la vie.

En fait il l’utilisait aussi souvent pour ne pas répondre à une demande, c’était une forme de « cause toujours » avec un peu d’espoir dedans : genre « j’aurai peut-être changé d’avis demain ». Dans l’avion, je regardais les nuages et je pensais à la série télé « Les Routes du Paradis » qu’on regardait tous les deux les après-midi quand j’étais petite. Le personnage principal était un mec barbu et bourru aidé d’un ange, qu’on voyait assis au-dessus des nuages pendant le générique. Et je me disais que c’était finalement très ironique de me retrouver au-dessus des nuages pour essayer de donner une dernière joie à mon papa bourru et barbu –bien que je n’aie jamais été un ange. Je me disais aussi que je venais de comprendre le sens profond de cette expression :

Quoiqu’on fasse, peu importe nos joies et nos peines, la seule chose dont on soit sure, c’est que demain, il fera jour.