NÉNÉ LE BOURRU

Ce texte est une version un peu plus longue et accompagnée de photos du texte que j'ai lu lors des funérailles de mon père, ce lundi 28 septembre 2015. Ses instructions à ma mère étaient claires et à son image: "Quand je serai mort, tu me fais brûler et tu jettes mes cendres dans le jardin". On a beau ne pas être conventionnel.le.s dans ma famille ; ça  nous semblait indélicat de ne prévenir personne et de ne pas offrir aux gens qui l'ont connu une occasion de lui dire au revoir. Nous avons donc fait une cérémonie minimaliste, et qui je pense aurait été à son gout -d'autant plus qu'on a choisi de faire rentrer son cercueil au son de Johnny B. Goode de Chuck Berry! J'ai contourné son refus de "grand discours larmoyant ou de résumé de sa vie", en parlant de notre relation. J'ai un peu pleuré mais presque pas, conformément aux instructions.

Un jour dans un documentaire, un des intervenants disait : « Comprendre, c’est pardonner ».

J’en ai longtemps voulu à mon père car je n’arrivais pas à accepter que notre relation ne serait jamais ce que j’aimerai qu’elle soit et qu’il ne deviendrait jamais ce que je considérais comme étant le père idéal. Ce dont je suis le plus fière aujourd’hui c’est d’avoir grandit à temps pour l’accepter et l’aimer tel qu’il était et pour que nous nous séparions en bons termes. Je vais donc vous parler de comment j’ai appris à comprendre mon père et cette histoire se déroule en trois parties.

PART 1 : MON PÈRE, CE HÉROS

Bien avant Brangelina, Madonna et toutes les stars hollywoodiennes qui ont cédé à la mode des familles « arc-en-ciel » ; Néné le Bourru, de son petit nom au boulot ; Capitaine Haddock pour mes copains du lycée, a adopté deux enfants noirs. À la campagne lyonnaise, dans la fin des années 70, début des années 80, c’était comment vous dire… pas commun ! Surtout pour quelqu’un qui aimait entretenir son image d’homme bougon, un peu rustre. Si vous avez connu mon père, vous savez qu’il était le roi de la mauvaise prononciation des mots. Plus jeune, je pensais qu’il ne retenait rien et ça m’énervait. En vieillissant, j’ai compris qu’il le faisait exprès et que c’était sa façon de montrer qu’il se foutait des conventions. D’ailleurs, qui que vous soyez, le traitement que le René vous réserverait serait le même. Et si ce n’était pas un bon jour, je peux vous assurer que vous alliez être bien reçus !

Mais pour en revenir à la phase idyllique de notre relation, je dirai que comme Maman vous l’a raconté, dans ma petite enfance, quasiment jusqu’au collège, mon père était mon meilleur pote.

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Déjà parce que bien avant que les « nouveaux papa » soient à la mode. Comprenez, les pères qui s’occupent de leurs enfants. René s’occupait de nous.

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Il ne travaillait pas l’après-midi donc il venait me chercher chez la nourrice ou à la garderie pour que je fasse ma sieste à la maison. Et comme ma maman était très occupée par son travail d’institutrice, mon frère et moi passions beaucoup de temps avec mon père.

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Il participa à tous mes anniversaires où selon la règle imposée par maman : « Tu invites tout le monde ou tu n’invites personne ». Toute ma classe envahissait la maison et des nuées d’enfants se précipitaient tous les ans sur lui pour jouer. Vous pouvez voir qu’il se pliait avec joie à l’exercice.

Même si ma mère a assuré la majorité des trajets aux entrainements de basket, papa s’occupait souvent des trajets du soir et à eux deux, ils n’ont quasiment jamais manqué un de mes matchs, en douze ans de pratique. Idem pour le solfège, la trompette et tout ce qui pouvait me faire plaisir. Ils étaient là, pour les entrainements, les répétitions, les concerts, les matchs, papa en tête de mon fan club. Et aussi grand responsable de mon amour pour le rock’n’roll et le disco, car dans son Express pourrit qui sentait la Gauloise brune froide, on écoutait radio Nostalgie à fond. Bien entendu, à l’époque, je n’aurai jamais admis que ça me plaisait, mais aujourd’hui je peux reconnaitre que ces trajets en voiture font partie des rares bons souvenirs de mon adolescence.

Papa était tellement en avance sur son temps que je croyais, une fois arrivée à l’université, que tous les hommes participaient aux tâches ménagères… Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que j’avais grandit dans une famille à part, où garçon et fille, mari et femme faisaient tout. (Ou presque, papa a été bannit du repassage car il était vraiment trop mauvais.)

Bref, mon père aimait tellement jouer les rustres que même moi à un moment de ma vie, j’avais oublié à quel point il était plus complexe et subtil que son image de mec bougon.

PART 2 :  LA GUERRE EST DÉCLARÉE

Cette première phase pleine de joie et d’amour a été suivie d’une phase à l’extrême opposé du spectre émotionnel qui a été d’autant plus problématique que si l’on se souvient peu de la période entre ses 0 et ses 5/6 ans ; on se souvient très bien de son adolescence. Je m’appesantirai le moins possible sur cette période car elle était moche. Elle a coïncidé avec la maladie de ma grand-mère et un changement brutal de la personnalité de mon père. Il était devenu si taciturne et parfois carrément méchant que j’en étais même venue à douter de son amour pour nous, ses enfants. Car c’est une autre des singularités de mon père : s’il pouvait être insupportable, y compris avec maman, c’était quand même avec elle qu’il ne dépassait jamais les limites. Papa a toujours été, sans aucune équivoque possible, absolument amoureux de maman.

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Il a d’ailleurs eu tellement peur de manquer l’anniversaire de leurs 30 ans de mariage qu’il lui a offert un bijou, l’année des 29 ans ! Et même si lui et moi avons été en guerre ouverte pendant une bonne dizaine d’année, c’est à lui que je dois mon coté fleur bleue. J’ai toujours considéré que ça ne valait la peine d’être en couple un jour, que si je rencontrai quelqu’un qui pouvait me témoigner autant d’affection, pendant autant d’années que mon père a aimé ma mère. Un autre de leurs sketchs de vieux couple que j’affectionnais était le « cette année, pour Noël ou les anniversaires, on ne se fait pas de cadeau ». C’est toujours papa qui faisait cette proposition, et quasiment à chaque fois, maman tombait dans le panneau. Deux semaines avant l’anniversaire de maman ou Noël, papa venait me voir, me donnait de l’argent ou me demandait ce qu’il pourrait acheter à maman pour lui faire une surprise. 39 ans de mariage et toujours l’envie de surprendre l’autre et si ça n’avait pas été pour ce maudit cancer, 40 ans en janvier. Ça laisse rêveuse.

Mais pour en revenir à papa et moi, à partir de mes 14 ans, je ne souhaitais qu’une chose, me tirer le plus loin possible et dès que j’ai pu, je suis partie en Australie. J’avais 21 ans. Et c’est ce choix qui ouvrira une nouvelle ère dans les rapports que mon père et moi entretenions.

PART 3 : LE GRAND PARDON

Quelques indices avant l’Australie m’avaient amenée à commencer à réaliser que mon père m’aimait, mais ne savait juste pas comment me le dire et me le montrer. Une première fois, chez nos voisins, les Goux, car j’allais souvent me plaindre chez eux quand la coupe était pleine et ce jour-là, j’avais dû dire que papa ne m’aimait pas car Michel m’a dit quelque chose comme : « Ah ça non, le René, sa fille, c’est quelque chose ». Et de me raconter qu’un jour, quand papa et maman construisaient la maison et qu’ils avaient appris que j’allais arriver, papa avait été voir Michel dans son garage pour lui annoncer la bonne nouvelle, en pleurant ! L’information importante ici est « en pleurant ». Car je n’ai jamais vu mon père pleurer, pas même pour la mort de mamie Simone quand bien même je savais que ça l’avait dévasté. Et il avait pleuré pour mon arrivée ?!!! J’étais tellement fière et heureuse.

Le deuxième indice est une dame qui m’a prise en stop entre Neuville et Montanay et comme je n’avais pas été à l’école ni ne fréquentait beaucoup le village, elle m’avait demandé si je venais de m’installer là-bas. Comme je savais que mon père était connu de tous car entre son activité de cantonnier et celle de président du club de la « Boule Joyeuse », un club de boules, pas la pétanque, la lyonnaise. Et dieu sait que ce nom m’a fait rire et mes copains du lycée avec ! Bref, quand je dis à cette dame : « Non, non, j’ai toujours vécu ici, je suis la fille de René, le cantonnier ». Elle me répond : « Oh mais c’est vous qui êtes basketteuse de haut niveau et qui faites Polytechnique ?!!! ». Je réponds que je suis à Sciences-Po, mais connaissant papa, y’avait Po dans Polytechnique et c’était aussi une grande école donc c’était pareil. Et elle continue : « Votre papa parle de vous tout le temps, qu’est-ce qu’il est fier de sa fille ». J’étais restée bouche bée, car à cette époque, nous nous parlions à peine et j’étais encore relativement persuadée qu’il ne me supportait pas, quand apparemment, il claironnait dans tous le village que j’étais la 8ème merveille du monde.

Et puis mon séjour d’échange universitaire en Australie est accepté, papa jure ses grands dieux qu’ils ne viendront pas me rendre visite car c’est trop loin et trop cher. Moi je pense secrètement, tant mieux. Puis quand papa et maman m’accompagnent au train (car des amies m’avaient judicieusement conseillé d’éviter la présence des parents à l’aéroport car c’est le moment où ils craquent et se mettent à pleurer). Je vois maman, toujours enthousiaste qui me fait des grands coucous souriants –à l’escale de Dubaï, j’avais déjà reçu un mail paniqué car elle avait fini par réaliser qu’un an à l’autre bout du monde ça allait être long-. MAIS je vois papa qui a les larmes aux yeux et je suis désormais convaincue : je peux le faire pleurer, donc il m’aime. Trois mois plus tard, c’est le même René qui changera d’avis et me dira : « Bon, on prend les billets d’avions, mais tu t’occupes de nous organiser le voyage une fois sur place ». (En bougonnant, mais n’empêche, c’est lui qui voulait venir!)

Je vais la faire courte, car il a encore fallu quelques années pour qu’on se parle au téléphone, même quand maman n’était pas là. Quelques psys pour que j’accepte que je ne le sauverai pas. Et surtout pour que je prenne conscience qu’il avait fait de son mieux. Il n’était pas l’enfant chéri de ses parents. Sa vie n’a vraiment pas été un long fleuve tranquille. C’est donc très dur de donner ce que l’on n’a pas reçu. J’ai enfin compris que celui qui souffrait le plus de ne pas savoir nous aimer, c’était lui.

Le Grand Pardon

Et c’est ça la leçon de mon histoire avec papa, c’est d’avoir compris que les parents aussi doivent faire le deuil de l’enfant idéal. Et papa, même lorsqu’il n’approuvait pas mes choix de vie, ne m’a jamais fermé la porte de sa maison, m’a toujours soutenue et ne m’a jamais jugée. Je sais même aujourd’hui que les raisons pour lesquelles je l’énervais étaient aussi celles pour lesquelles il était le plus fier de moi. Mon goût pour les mots « compliqués » ; mes lubies d’artiste ; ma grande gueule ; mon coté anti-conformiste ou mon amour de la fête et de la flambe. J’étais un rappel de sa jeunesse (car le René et ses copains jetaient des mobylettes dans le canal de Sète, il adorait le rock, n’était vraisemblablement pas le dernier à lever le coude et racontait parfois sa version de mai 68 « on était montés à Lyon pour caillasser des gendarmes »). J’étais aussi un rappel de ses lacunes car il n’avait que le certificat d’études en poche et sa fierté pour mon parcours académique, n’avait d’égal que dans son mépris des « intellos qui restent le cul vissé sur leur chaise ».

Au final, l’accalmie de nos rapports se résume très bien dans mon choix de monter à Paris pour devenir comédienne. Maman a dit : « le cours Florent font des auditions à Lyon, je t’ai découpé l’article dans le journal ». Papa n’a rien dit. Quelques semaines plus tard, alors que je m’apprêtais à partir pour Paris pour le dernier tour des auditions, je disais à Papa : « T’as rien dis pour Paris et le théâtre ». Il m’a répondu : « Si je te dis que je suis contre et de ne pas y aller, tu vas rester ? ». J’ai dis : « Non ». Il m’a dit : « Ben voilà, tu sais ce que je pense ». Quelques mois plus tard, il viendra me voir en concert, enregistrera mes rares passages à la télévision, me donnera de l’argent pour l’achat de ma batterie, etc. etc. J’ai travaillé comme modèle vivant, j’ai été effeuilleuse burlesque, j’ai vécu à Londres, Melbourne, Paris, je me suis endettée, je suis militante Afro-féministe, pansexuelle, et surtout je n’ai jamais pris la peine de cacher quoi que ce soit à mes parents. Mon frère et Kévin aussi ont tout fait, TOUT, tout ce qui peut rendre des parents dingues et ils ont toujours été à nos cotés.

Tout bourru et supposément obtus qu’il soit, mon père a été bien plus tolérant qu’une bonne partie des personnes que je connais et qui se pensent instruites et cultivées ou qui se disent croyantes quand tout ce dont elles sont capables est le rejet de l’Autre. Notre maison a toujours été ouverte, aux enfants perdus, comme Daniel, Kévin, Aurélie et moi ; aux inconnus en détresse, aux étranges et aux étrangers. Un jour à Paris, papa et maman m’avaient rendu visite pendant la Gay Pride et nous nous étions retrouvé sur le parcours de la marche. Papa avait dit : « C’est quand même beau tous ces gens qui viennent rendre hommage à notre famille ». On a rigolé, j’ai considéré que c’était sa façon de me dire qu’il n’avait pas problème avec qui j’étais. Et je m’étais dit à ce moment-là qu’on était pas nombreux/ nombreuses parmi mes ami.e.s à avoir des parents comme les miens.

Mes parents m’ont montré chacun à leur façon ce que c’est qu’être parent : maman dans son expression constante et consciente d’un amour inconditionnel, papa dans ses démonstrations involontaires de sa capacité à accepter ses enfants et leurs parcours, tout en faisant en sorte qu’ils comprennent que même si on se fout sur la gueule, on s’aime.

J’aurai voulu arriver avant sa mort pour qu’il voie que j’étais moi aussi capable de grands gestes d’amour pour lui. Mon avion a atterri à Roissy à 9h35 et il est mort à 10h05. J’ai pleuré pendant tout le trajet en me disant que je n’arriverai vraisemblablement pas à temps et comme j’avais pris le vol du soir de Montréal, j’ai vu le soleil se lever. Une des expressions favorites de papa était : « Demain, il fera jour » ; une espèce de slogan fataliste pour résumer l’absurdité de la vie.

En fait il l’utilisait aussi souvent pour ne pas répondre à une demande, c’était une forme de « cause toujours » avec un peu d’espoir dedans : genre « j’aurai peut-être changé d’avis demain ». Dans l’avion, je regardais les nuages et je pensais à la série télé « Les Routes du Paradis » qu’on regardait tous les deux les après-midi quand j’étais petite. Le personnage principal était un mec barbu et bourru aidé d’un ange, qu’on voyait assis au-dessus des nuages pendant le générique. Et je me disais que c’était finalement très ironique de me retrouver au-dessus des nuages pour essayer de donner une dernière joie à mon papa bourru et barbu –bien que je n’aie jamais été un ange. Je me disais aussi que je venais de comprendre le sens profond de cette expression :

Quoiqu’on fasse, peu importe nos joies et nos peines, la seule chose dont on soit sure, c’est que demain, il fera jour.

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Forged in Struggle: How Migration, Resistance and Decolonization Shape Black Identities and Liberation Movements in North America

Decolonization

by Benjamin Ndugga-Kabuye & Tia Oso (Black Alliance for Just Immigration)

There is a graveyard at the center of American democracy. At this late moment we are still coming to terms with how Black migration inspires anxiety for anyone concerned with the maintenance of empire, nationhood, and even the process of decolonization. “A really broad notion of who is Black America” opens a transnational dialogue that can excavate the global scale and varied manifestations of antiblackness. In the U.S. the displacement and surveilling of Black bodies has been and still is central to democracy, especially since Black-led movements in the U.S. have made progress and grown with independence movements on the African continent and throughout the African Diaspora. In examining the nature of migration throughout the colonies, we find exploitative economic forces combined with punitive racialized policies, alongside resistance struggles to gain concessions such as conditional citizenship, but have…

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LA RÉAPPROPRIATION DE LA NARRATION, DERNIER RECOURS DES AFRODESCENDANT.E.S LGBTQIA+

Le samedi 28 juin 1969, Silvia Riveira, Miss Major Griffin-Gracy et plusieurs jeunes appartenant à la communauté LGBT de New-York (parmi lesquel.le.s une majorité d’autres personnes trans non-Blanches, dont nombreu.x.ses étaient aussi travailleu.r.ses du sexe) décident de résister au harcèlement policier dont ils/elles sont victimes dans un club new-yorkais nommé : le Stonewall Inn. Les échanges musclés avec la Police se poursuivent toute la nuit et le lendemain, Marsha P. Johnson, « street queen » -comme elle se définit à l’époque- :

 « monte sur un lampadaire et lâche un sac lesté sur le capot d’une voiture de police, brisant ainsi le parebrise »

Source: https://en.wikipedia.org/wiki/Stonewall_riots

Ce geste la fera rentrer dans l’histoire comme étant la première personne à avoir directement visé les policiers lors des émeutes de Stonewall. Elle fondera par la suite le collectif Street Transvestite Action Revolutionaries (STAR) en compagnie d’autres initiatrices drag queen/travesties/trans* des émeutes de Stonewall, en particulier Silvia Riveira. Ces activistes étaient des personnes trans non-Blanches, principalement des femmes Trans* Noires et/ou Latinas et/ou Amérindiennes, la population qui est aujourd’hui encore la plus grande cible d’assassinats.

Ce dimanche 9 août 2015, la militante et artiste interprète Kama La Mackerel l’a encore rappelé, en citant toutes celles qui ont été assassinées ou se sont suicidées depuis le début de l’année 2015 en Amérique du Nord lors de la Marche Trans* de Montréal.

C’est d’ailleurs suite à son intervention que les personnes trans racisé.e.s et leurs allié.e.s ont été invitées à prendre la tête du cortège :

Cette deuxième édition d’une marche visant à donner de la visibilité aux revendication politiques des personnes trans* au Canada a eu lieu en marge des manifestations de la Fierté à Montréal.  Cet évènement avait pour but de rappeler comme le disait les slogans que « La Fierté est politique » et qu’il s’agissait d’une « Manif, pas d’une parade ». En effet, l’accession des gays, des bi et des lesbiennes dans la plupart des pays occidentaux au mariage a eu pour conséquence d’invisibiliser un peu plus les Trans* qui avaient déjà bien du mal à trouver leur place dans un acronyme toujours plus décrié par les minorités. Les reproches qui sont désormais adressés aux mouvements LGBT grands publics relèvent de plusieurs domaines : cissexisme ; racisme ; classisme, etc. Car si les mouvements historiques d’émancipation liés au genre et à l’orientation sexuelle ont vu le jour dans une critique du système capitaliste et du patriarcat. Pour la France on peut citer les Gouines Rouges ou encore le FHAR -Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Leur forme actuelle la plus visible est blanche, cis (personne dont le genre social est en adéquation avec son genre de naissance), masculine et souvent bourgeoise :

Traduction : N’utilisez pas LGBT si vous ne le pensez pas. Dites « les hommes blanc gays » pour que nous autres sachions à quoi nous en tenir.

Prenons pour exemple l’incident qui a le plus récemment révélé les problèmes de racisme au sein des organisations LGBT françaises, à savoir l’affiche proposée par l’inter-LGBT pour illustrer la Marche des Fiertés parisienne, en Avril 2015 dernier :

Le souci principal posé par l’intitulé « Lesbiennes, Gaies, Bies et Trans. Nos luttes vous émancipent » apposé à une image représentant un non-Blanc coiffé d’un bonnet phrygien fut bien résumé par la militante Gwen Fauchois :

« La liste des problèmes suscités par cette affiche est longue. Mais à mon sens, il suffit de dire qu’elle est tout simplement raciste et colonialiste. »

Et donna lieu à de nombreux commentaires ironiques, comme ceux de Myrto, contributrice du magazine l’Echo des Sorcières et qui se définit comme « meuf trans non-binaire racisée »:

« Ma proposition est donc la suivante : ne changez rien à cette affiche, mais changez de nom, histoire d’aller au bout de la dynamique excluante qui fait rire certaines personnes lorsqu’on ose dire « LGBTQI+ » et non pas « LGBT ». Je vous propose le suivant : l’Inter BCBG, l’Inter Blanc Cis, Blanc Gay. »

(LEXIQUE : LGBTQI + Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersex et plus)

Sur les modes de revendication aussi, les ruptures sont nombreuses dans toute la francophonie :

 « Depuis 2007, Pervers/Cité a organisé un mélange de partys de danse, d’interventions politiques et de pratiques artistiques alternatives pour tisser des liens entre les mouvements pour la justice sociale et les communautés queers. Dans un climat où prévalent l’agenda corporatif gai et l’aseptisation homogénéisée des queers, Pervers/Cité tâche de fournir des activités destinées à réanimer les fondements radicaux du mouvement de la Fierté LGBT. »

Et tout comme l’alternative proposée par Pervers/Cité lors des festivités de la Fierté Montréal depuis 8 ans, la Pride de Nuit de Paris a vu le jour cette année avec cette même idée de renouer avec la dimension politique des luttes LGBTQI+ :

« Cette année une Assemblée Générale, composée d’individuEs et organisations (associations, collectifs), a décidé de prendre la rue, le soir, à Paris ce 26 juin 2015, la veille de la « Marche des Fiertés » institutionnelle pilotée par l’inter LGBT et d’affirmer qu’à Paris aussi, il est possible de renouer avec la dimension revendicative de la Pride.

La seule visibilité ne vous suffit pas/plus où vous ne vous y reconnaissez pas?

Vous avez envie d’une autre dimension politique? Eh bien venez l’organiser. »

La bande-annonce de la version hollywoodienne des émeutes de Stonewall a donc été divulguée le 4 août 2015 dans ce contexte de concurrence entre des formes de militance bien distinctes : celles, institutionnelles, qui visent à se rapprocher de la norme blanche et patriarcale. Contre celles, issues du terrain et des minorités, dont les revendications vont du droit au changement d’état civil, à la décriminalisation du travail du sexe, en passant par l’accès à la PMA, le respect de l’intégrité physique des personnes intersexes ou encore l’obtention de titres de séjour. C’est pourquoi le choix de remplacer Marsha P Johnson, une femmes noire trans, par un personnage d’homme blanc cis et gay a pris une dimension hautement politique et symbolique puisque les non-Blanc.he.s de la communauté LGBT se sont vu.e.s, une fois de plus, effacées de l’histoire qui n’aurait pas été écrite sans elles/eux.

Le whitewashing est une pratique courante à Hollywood comme l’avait aussi expliqué Thomas Messias dans Slate :

« Revenons à la définition du whitewashing: il s’agit effectivement d’employer des acteurs blancs là où on aurait dû faire appel à d’autres. Sauf que le réel problème ne réside pas dans le fait de changer la couleur d’un personnage mais dans le fait que cela se produit dans le même sens dans 99% des cas. Cela concourt à renforcer l’invisibilisation des acteurs non blancs, souvent cantonnés à des seconds rôles parfois ingrats. Autrement dit: non seulement on confie peu de rôles d’envergure à des acteurs noirs ou asiatiques, mais on leur vole sciemment les rôles qui auraient dû naturellement leur revenir. »

Dans le cas des émeutes de Stonewall, il s’agit non-seulement de l’invisibilisation des non-Blanc.he.s, mais aussi de celle des personnes trans quand des actrices telles que Laverne Cox semblait toute indiquée pour jouer le rôle principal. La violence de l’effacement des protagonistes historiques de cet évènement est d’autant plus violente que certaines d’entre elles sont encore en vie. C’est d’ailleurs ce qui a incité la bloggeuse Latina trans et lesbienne, Mey, à partir à la rencontre de l’une d’entre elles :

 « La version d’Emmerich de Stonewall, avec son personnage principal masculin, aseptisé, blanc, aseptisé est une insulte à la fois aux légendes qui sont toujours là et à celles et ceux qui sont morts dans la lutte pour non seulement les droits des trans, mais pour les droits de l’ensemble de la communauté LGBTQ. J’ai tendu la main à l’une de ces légendes, Miss Major, pour lui parler de ce à quoi ressemblait vraiment Stonewall et pourquoi ce nouveau film la déshonore ainsi que toutes les femmes de couleur, trans et cis, qui ont travaillé si dur pour nous tirer de là où nous sommes aujourd’hui. Parce que si vous faites un film sur un vrai moment et des personnes réelles portant sur l’histoire, vous pourriez parler à quelqu’un qui était vraiment là. »

Et Miss Major Griffin-Gracy, qui rappelons-le est elle aussi une femme noire trans, du haut de ses 73 ans, n’a rien perdu de sa verve :

« Le fait qu’ils fassent encore cela. C’est tellement douloureux. Qu’en est-il de la vie de tous ces hommes, femmes et trans (…) Qui ne sont pas ici pour censurer cela ? Tu sais? Pour moi, puisque je suis toujours là, je râle et je me plains à ce sujet à chaque occasion que je reçois. Je vais rappeler d’un battement de cils à ces ************ qu’en ce qui me concerne, le T aurait dû venir en premier. »

Il s’agit donc bien plus que d’une question de représentation : c’est la récurrence du recours au principe du « sauveur blanc » qui pose problème. Cette relecture des émeutes de Stonewall entérine cette idée selon laquelle les non-Blanc.he.s en général et les Afro-descendant.e.s en particulier ne seraient jamais les agent.e.s de leur émancipation. Prenons un autre cas où le rôle joué par les Afro-descendant.e.s dans leur libération est systématiquement minoré, voir ignoré : si tout le monde ou presque en France a entendu parler de Victor Schoelcher, qui connaît l’histoire de Toussaint Louverture, de la mûlatresse Solitude et de tou.te.s les résistant.e.s à l’esclavage qui ont conduit à son abolition ? C’est donc bien la question des enjeux politiques de la narration historique que soulève le film de Roland Emmerich, car il s’agit pour les personnes racisées, en particulier trans, de rappeler qu’elles sont les sujets agissant de l’histoire des mouvements LGBT. Qu’elles sont même à l’origine de bon nombre de batailles victorieuses, si ce n’est pour elles, mais au moins pour le reste la communauté et qu’à l’heure d’internet et des caméras HD, elles ne se laisseront pas déposséder de leur histoire.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les contre-attaque face à cette réécriture de l’histoire ont été bien au-delà des offensives sur Twitter (#BoycottStonewallMovie ou #NotMyStonewall) et sont focalisées sur la promotion de narrations alternatives, centrées autour du point de vue de personnes trans non-Blanches. Dans ce cas précis, la promotion de la campagne de financement participatif pour la réalisation d’un film intitulé: Happy Birthday, Marsha!

 « D’autres adoptent une approche plus positive et soutiennent Happy Birthday, Marsha!, un nouveau film en grande partie écrit, produit et joué par des femmes queer et trans de couleur. Leur but est de raconter une version plus précise de ce qui s’est réellement passé au Stonewall Inn. »

Nous assistons donc à un moment inédit dans l’Histoire où les tentatives de « whitewashing » sont immédiatement questionnées et ce, à l’échelle mondiale. Et c’est ici que cette polémique offre une véritable opportunité de repenser les questions de genre et d’orientations sexuelles dans la communauté LGBTQI+ Afro-descendante mondiale.

Internet et la démocratisation de l’accès aux outils audiovisuels nous permettent désormais d’être en charge de la narration. Aux États-Unis où le communautarisme est non seulement moins stigmatisé par l’État, mais aussi tout à fait assumé par les minorités, une industrie cinématographique afro-américaine a vu le jour dès les années 70 sous l’impulsion de Melvin Van Peebles. Il fut le premier avec son long métrage auto-produit, Sweet Sweetback Badass Song, à centrer la narration autour d’un héros noir qui s’en sort à la fin. Et il fut aussi un pionnier dans la mise en place des quotas, en les appliquant de fait sur ses plateaux de tournage (dans ses équipes, les non-Blanc.he.s devaient représenter au moins 50% du groupe). Spike Lee reprit à son tour ce mode de production et de narration. Et ce n’est donc pas surprenant qu’aujourd’hui, Dee Rees, réalisatrice lesbienne et noire de 34 ans, ancienne élève de Spike Lee à NYU, signe son deuxième long métrage dont les protagonistes sont des femmes noires et queer ! Pariah qui est sorti en 2011, relate la sortie de l’adolescence d’une jeune femme noire de Brooklyn et les difficultés qu’elles rencontre avec sa famille qui découvre son homosexualité. Ce premier film a remporté une pléthore de prix dont celui de la cinématographie au festival Sundance:

Bessie, le biopic sur la vie des chanteuses de blues bisexuelles Bessie Smith et Ma Rainey fut quant à lui diffusé sur HBO le 16 mai 2015 :

L’exemple de Dee Rees montre qu’en dehors d’Hollywood, les narrations alternatives peuvent désormais exister sans être confinées à la confidentialité. Gageons donc que cette nouvelle mise en exergue de la nécessité de prendre nous-mêmes en charge les modes de nos représentations, aura pour conséquence d’attirer toujours plus nombreu.x.ses les queers Afro-descendant.e.s vers les métiers d’auteur.e.s, de journalistes, de scénaristes, de production, de mise en scène et de réalisation. Et grâce aux nouvelles technologies, nous sommes dans une époque où nous pouvons même nous distancier de la focalisation permanente sur les Etats-Unis, afin d’aborder les questions propres à la communauté Afro-descendante, en Afrique et dans toute la Diaspora.

Commençons justement avec deux projets audiovisuels qui sont l’œuvre de groupements d’associations (ce qui explique que leurs titres mentionnent l’Afrique, en général et pas des pays en particuliers) :

1) Idées reçues sur l’homosexualité en Afrique

2) Webseries LGBT in Africa : « Growing up LGBT in Africa » (La Websérie LGBT en Afrique: « Grandir en étant LGBT en Afrique »)

La multiplication des vidéos, articles et même des médias spécifiquement dédies à la communauté LGBTQI+ Afro montrent que la nécessite de maitriser le récit afin d’établir nous-mêmes les conditions de notre émancipation, est en train de se diffuser dans toute la diaspora. Je citerai par exemple le magazine bilingue français/anglais, QZine basé au Burkina Faso :

« Q-zine, est un magazine électronique, par, pour et sur les minorités sexuelles africaines. Nous visons à promouvoir l’inspiration et la création au sein des groupes de minorités sexuelles afin de célébrer, de débattre et d’explorer la créativité et la richesse culturelle de la vie queer en Afrique. »

En France ce sont deux jeunes femmes Thara et Sandra qui ont lancé le magazine électronique Dollystud afin donner de la visibilité et offrir une plateforme aux lesbiennes Afro-descendantes :

« Être une femme, être noire, être lesbienne, Dolly (féminine) ou Stud (masculine), ce n’est pas toujours facile de trouver sa place dans une société qui ne nous représente pas : pas de plateformes dédiées. Tout comme vous nous avons longtemps cherché un magazine, un site, un blog, une page où l’on pourrait retrouver des informations relatives à notre communauté : afro-caribéenne, mais également latine et maghrébine. (…) C’est face à ce constat que nous, deux femmes noires lesbiennes, afro-caribéennes, avons décidé de créer le magazine en ligne dont nous avions toujours rêvé. »

Elles se lancent désormais elles aussi dans le monde audiovisuel avec un projet visant à donner de la visibilité aux lesbiennes Afro-descendantes:

Toujours en France, on peut citer des bloggers qui représentent des médias à seuls, Chronik de Nègre(s) Inverti(s) en fait partie et si les thématiques abordées sont multiples :

« Black Power/ Konsyens Karayib/ Panafricanisme/ Afroféminisme/ Sexualités et genres dissidents »,

il est important de noter que c’est un des sites les plus exhaustif et pédagogique sur les questions trans d’un point de vue d’Afro-descendant francophone :

« Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce qu’est le changement de sexe, une première chose à savoir : abandonnez la question du « pourquoi les gens changent de sexe ». Partez du principe que cela existe, cela ne change rien à votre vie personnelle (personne ne vous force à faire du même), et voici une petite ébauche d’informations pour en savoir plus.

  1. Définition

Tout d’abord, on retiendra qu’ici, je considère que « changer de sexe » se joue sur trois niveaux :

le social : c’est le fait de se présenter à son entourage comme « devenant » homme ou femme (le terme devenir est souvent impropre car beaucoup de trans considèrent qu’ils/elles ont toujours été la femme ou l’homme que la société ne voyait pas).

le physique : c’est le fait de faire des opérations et/ou de prendre des hormones pour transformer son corps

le juridique : le fait que la loi reconnaisse ce changement en modifiant l’Etat civil.

On verra que ces trois niveaux de définitions ne sont pas automatiquement liés, et que les embûches sont nombreuses pour passer de l’un à l’autre. »

On voit donc qu’en l’espace de quelques années, les ressources francophones concernant la communauté LGBTQI+ Afro-descendante se sont multipliées, permettant ainsi d’aborder ces sujets dans nos contextes. Et l’espace médiatique n’est pas le seul à avoir été modifié, il suffit pour s’en convaincre de noter la multiplication des festivals de films dédiés aux LGBTQI+ Afro :

Au Canada depuis 2009 et en Belgique depuis 2013 et c’est le festival international des films LGBT Afro-Caribéens, Massimadi, qui permet de faire vivre à l’écran la diversité des narrations et des représentations documentaires et fictionnelles de la communauté LGBTQI+ Afro.

En Autriche, c’est le collectif Black_Women*_Space qui lance :

« Fin septembre 2015 (…) à Vienne The Black Her*Stories Project – le premier festival de cinéma féministe noir-queer.

Le festival de cinéma sera réalisé à travers le projet The Black Her*Stories Project (financé par la WIENWOCHE 2015, un festival culturel à Vienne). Il s’agit d’un projet dans lequel les réalités révolutionnaires noires-queers seront rendues visibles pour raconter et transmettre Black Her*Stories.
(…) À plus long terme, nous voulons créer une archive durable, qui sera complétée en outre sur notre site de web http://blackwomenspace.com/. Ainsi nous voulons créer l´accès à toutes sortes des films féministes noirs-queers. »

Considérons donc la polémique mondiale suscitée par la version de Roland Emmerich des émeutes de Stonewall pour ce qu’elle est : un rappel de la nécessité politique pour les LGBTQI+ Afro-descendant.e.s de se réapproprier la narration. D’abord dans le but de pouvoir transmettre nos expériences, ensuite pour affirmer nos existences et enfin, pour ne plus jamais être effacé.e.s de l’Histoire.

Petite histoire des Noirs du Québec

LE KIOSQUE MÉDIAS

Par Claude Marcil

C’est quand même fascinant: une minorité visible qui, pendant des siècles, reste invisible aux historiens, aux politiciens, aux penseurs et à la population. On vient à peine de découvrir, il y a quelques décennies, qu’ils sont là, qu’ils ont toujours été là, et que, à part la couleur de la peau, la communauté noire du Québec est plus hétérogène que n’importe quel groupe de Blancs.

En traversant l’Atlantique, Colomb avait brisé la barrière immunologique des Autochtones d’Amérique et avait ainsi permis aux maladies européennes de faucher, dans les plantations des Antilles, les Indiens vulnérables. Ceux-ci, isolés sur leur continent, n’avaient développé aucune défense immunitaire contre les microbes des Blancs. Ils tombaient comme des mouches.

Pour les remplacer, les Européens songent aux Noirs d’Afrique. Ainsi, à mesure que les Européens descendent le long de la côte africaine, ils créent des comptoirs et achètent des esclaves acheminés de…

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« She Would Never Commit Suicide »: Editor’s Note About the Ableist Discussions around Sandra Bland

This Bridge Called Our Health

sandra bland

By Danielle Stevens, This Bridge Called Our Health Co-Founder & Editor-In-Chief

I think some of the discourse emerging from these ‪#‎IfIDieInPoliceCustody‬ &‪#‎WhatHappenedToSandraBland‬ conversations are dangerously limited. Folks are saying « Sandra Bland was mentally sound » and « Black women like her would never commit suicide », etc. Not only are we upholding precarious and dehumanizing ‘strong black woman’ archetypes that neglect to hold Black women in the fullness and breadth that we embody, but our failure to operate within a mental health & disability justice framework by making the assertion that Sandra Bland was ‘mentallly sound’ in order to prove that she did not commit suicide is a dangerous narrative that both devalues black people who navigate mental health difficulties and trauma and also erases their/our narratives from the conversation.

To suggest that Sandra Bland was not the type of person to commit suicide results not only in the absolving…

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GROSSE FATIGUE

TW : Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas dans la vraie vie, ne vous inquiétez pas, tant que j’écris, ça va.

Retour sur 48h (et 30 ans) de vie dans ma peau de Noire.

Je suis donc en train de m’installer à Montréal et je m’étais  imposée une trêve d’écriture et d’activités militantes car j’approche du burn-out. Malheureusement, la vie me rattrape toujours. Bienvenue donc dans un énième épisode de « Vis ma vie de Noire ».

Pour célébrer l’anniversaire d’Ismaël -mon beau-fils- (et aussi pour valider mon visa d’étudiante), nous décidons avec mon compagnon d’aller passer deux jours aux États-Unis pour que le petit puisse manger des burgers à la source et que je puisse faire tamponner mon passeport au retour. Jusqu’ici tout va bien, nous sommes des privilégiés qui ont les moyens de vivre entre deux pays et même de faire du tourisme!

Tout va tellement bien que même si c’est le centre de mes activités artistiques, de mes préoccupations politiques et de ma santé mentale vacillante, j’en ai presque oublié que je suis Noire. Je décide comme ça, à la légère de passer deux jours aux États-Unis, pays ô combien « Black Friendly ». C’est le problème de la vie à proximité des enfants, vous vous retrouvez à vous enthousiasmer pour tout. Et tellement perdue que j’étais dans la planification (trouver un motel, un labyrinthe de maïs, un bon resto de burger, etc.) que j’en ai négligé mon usuelle préparation psychologique au voyage. En effet, comme le faisait remarquer une amie dans ce très bon article, le tourisme quand tu es Noire, c’est pas toujours synonyme de fête.

Je me rappelle d’ailleurs en écrivant ceci qu’en début d’année lors de ma première année à Sciences-Po, on nous avait fait remplir un questionnaire dans lequel une des questions était quelque chose comme: « Quelle carrière envisagez-vous? » et j’avais répondu: « Globe-Trotter ». J’étais retombée sur ce bout de papier lors de mon déménagement et ça m’avait bien fait rire, l’inconscience de la jeunesse… La réalité me rattrapa 4 ans plus tard, quand à 21 ans, après mon année d’échange en Australie, je m’enquerrai auprès d’un ami baroudeur sur son expérience du Transsibérien car je rêvais (et rêve toujours) de revenir de Melbourne en passant par la Chine pour arriver à Moscou. Ce garçon qui n’était pas le dernier à se lancer dans des aventures épiques (il avait traversé à pieds, quelques années plus tôt, plusieurs pays du croissant fertile après sa conversion à l’Islam, mais ça c’est une autre histoire). Bref, il m’expliqua très calmement que déjà, une meuf seule dans le Transsibérien, c’était chaud, mais une NOIRE?!!! Là je risquais carrément ma vie! Et tout étonné qu’il était que j’aie même pu y penser, il me laissait à ma déception de réaliser que même ça, le fantasme de post-adolescente de partir sur les traces des grandes exploratrices et à la découverte du pays qui vit naitre et la Révolution russe et Marina Tsvetaeva, je n’y avais pas droit. J’optais donc pour le combo Nouvelle-Zélande/Thaïlande et bien que ce ne fut pas toujours de tout repos, cette première expérience de femme noire seule avec son sac à dos me permit de mettre aux points quelques techniques de survie pour celle qui n’est pas censée aller découvrir de lointaines peuplades et cultures.

  • Règle n.1: Fuir les Français.e.s comme la peste
  • Règle n.2: Agresser à l’instant où il s’assied en face de toi (par exemple en hurlant très fort) tout gros relou qui part du principe que tu es une travailleuse du sexe (surtout en Thaïlande)
  • Règle n.3: Taper l’incruste (aller dans les mêmes motels par exemple) sur de courtes périodes avec des inconnus -cibler les meufs cools et/ou les freaks- pour pas voyager (complètement) seule
  • Règle n.4: Se préparer psychologiquement avant tout passage à un poste frontière pour: ne pas s’énerver quand tu es choisie « au hasard » pour qu’on fouille ton sac. Te remémorer tous les endroits où tu as mis les pieds les jours/semaines précédentes (tip: faites des carnets de voyage/collage comme ça vous gardez tout -tickets de train, note d’auberge, etc- mais de façon artistique, à la fin tu le fais même pour le plaisir). Sourire. Parler avec ta voix la plus douce.
  • Règle n.5: Apprendre à tenir ton poing fermé dans ta poche et ta langue mordue entre tes dents assez longtemps avant de crier/taper dans une poubelle/entamer un monologue sur le racisme systémique sans risquer d’être retenue à la dite frontière.

Je précise qu’à mon époque, il n’existait pas encore Travel Noire et qu’en vertu de l’épisode qui suit, je vais désormais choisir avec beaucoup de soin où je mets les pieds, surtout en vacances.

Retour au présent donc et à l’escapade dans le Vermont:

1er incident: La frontière

Bien entendu, en dépit de nos passeports européens ET de notre ESTA fait sur internet pour la modique somme de 42 dollars, nous sommes forcés de descendre du véhicule. Bien entendu toutes les personnes dans la salle d’attente sont non-Blanches, en majorité des Noir.e.s et les seul.e.s Blanc.he.s qui sont stoppé.e.s sont des groupes de jeunes (pas des familles). Les premières dix minutes, je tiens bon, je plaisante avec Enrico (ça te plait les vacances avec des Noir.e.s hein? Quand t’étais assistant photo chez Magnum, tu la passais tranquillou la frontière U.S, hein? etc. etc.) Au bout de 20 minutes, sans que personne ne nous explique quoi que ce soit et que les Blanc.he.s arrêté.e.s après nous se voient rendre leur passeport avant nous, je commence à me tendre. Mais je continue à me contenir.

IL EST IMPORTANT À CE STADE DE SE SOUVENIR QUE NOUS SOMMES LÀ POUR L’ANNIVERSAIRE SURPRISE D’ISMAËL ET QUE J’ESSAIE DONC DE ME RETENIR DE FAIRE MON LAÏUS SUR LE RACISME SYSTÉMIQUE PUISQU’ON EST EN VACANCES ET QU’ON EST LÀ POUR PASSER DU BON TEMPS.

À 30 minutes, Enrico et moi emmerdons officiellement les bonnes résolutions et commençons à pester entre nous en Italien car on se dit qu’il y a peu de chance pour que les douaniers américains soient trilingues (comme c’est la frontière canadienne, y’en a qui parlent français). Car il faut bien le dire, les douaniers américains c’est vraiment un scandale! Un père et sa fille haïtiens devant nous devront d’ailleurs rebrousser chemin, non sans avoir dû remplir des kilomètres de paperasse comme si c’était déjà pas assez humiliant de devoir rentrer à Montréal… Quand un énième groupe de jeunes Blancs arrivés APRÈS nous sont appelés AVANT nous, je peste un peu plus fort et (je ne crois pas au hasard) le seul douanier non-Blanc (asiatique) nous appelle enfin. Sur ce, on nous prend nos empreintes, les Blanc.he.s non-accompagné.e.s de Noir.e.s n’y ont pas eu droit ET on doit payer 18$ (je rappelle qu’on avait déjà payer l’ESTA) sans raison donc, mais bien entendu à ce stade, on argumente pas, on veut juste récupérer nos passeports. Au total, prés d’une heure à la frontière, sans raison, pour le plaisir de l’humiliation, comme le faisait très bien remarquer une étudiante zimbabwéenne qui vit ça régulièrement lors de ses retours en Europe puisqu’elle étudie en Belgique.

2e incident: le lieu de villégiature

Burlington, charmante bourgade du Vermont, à 1h30 de Montréal est surtout une ville tellement propre et blanche et cliché américain qu’au bout de dix minutes cette surabondance de drapeaux, de grosses maisons, de mecs en bermudas avec leurs casquettes et leurs grosse voitures, tu te sens comme Nicole Kidman dans le remake de Stepford Wives. Et tu comprends aussi nettement mieux le cinéma de Georges Romero! Mais c’est à la tombée de la nuit et en rentrant vers ton motel qui est excentré par rapport au centre-ville touristique que tu réalises que Burlington n’est pas une ville blanche. Non, il y a même des daronnes africaines en boubous, des jeunes latinos qui jouent au foot, mais étonnamment tout ce beau monde est situé en périphérie de la ville et n’apparait que pour le coucher du soleil sur le lac Champlain qui est très beau, il faut le reconnaitre. Mais comme le seul mec noir que tu as croisé dans la journée était un jeune clochard au pantalon déchiré qui arpente la rue commerciale en se parlant tout seul, le contraste entre la ville-musée blanche proprette et ses habitant.e.s racisé.e.s poussés hors de la carte postale te laisse un goût bien amer dans la bouche.

Le 3e incident est celui qui te fait vriller bien entendu: « Laissez votre sac hors de la cabine s’il vous plait »

Nous sommes donc dans un magasin type Vieux Campeur et comme c’est les soldes je me dis que je vais essayer un maillot une pièce vu que je me remettrai bien a la natation « sportive ». Je prends le maillot, je vais aux cabines d’essayage et là, un des vendeurs me dit: « Par contre votre sac, vous pouvez le laisser à l’extérieur? ». Et rebelotte, dans ma tête c’est le 14 juillet. Si je l’embrouille, je suis la Angry Black Lady. Et surtout, je me dis que je veux pas afficher le petit, c’est son anniversaire, je vais pas faire une scène dans le magasin de sport. Mais j’entends bien les Blanc.he.s dans les autres cabines et leurs sacs à elleux ne sont pas à l’extérieur de leurs cabines. Je rentre avec 1 article! 1 article Muttafucka!!! Si je ressors sans rien t’as même pas besoin de fouiller mon sac. Tu penses quoi, que je vais voler des trucs grâce à mes dons de sorcière voodoo?!!! ? Du coup, j’essaye pas le maillot, je retourne vénère vers Enrico et Ismaël et je jure en Italien parce que comme y’a plein de québecois qui vont à Burlington, certains vendeurs parlent français. Mon stratagème fonctionne moyen vu qu’un vendeur vient me demander si tout va bien, je dis que oui en le fustigeant du regard (je suis toujours torturée entre « faire une scène »/ »pas faire une scène »). On prend un pull au gamin parce que même si je veux pas donner de l’argent au magasin, je me dis que c’est pas au petit de trinquer, ça fait déjà deux fois en moins de 24h que je sors de mes gonds. Et je m’étais promis de rester calme.

Mais voila, j’suis SUPER VÉNÈRE!!!

Mon stratagème de survie jusqu’à il y peu était de regarder vers l’avenir: « Quand j’aurai quitté ce village de bouseux » « Quand j’irai vivre dans une plus grande ville » « Quand je travaillerai dans ce qui me passionne » « Quand j’aurai plus d’argent », « Quand je serai heureuse en amour », etc. etc.

Car plus jeune, je pensais sincèrement qu’il existaient des moyens d’atténuer sa négrité, c’est d’ailleurs l’idée du mouvement afro-américain post-esclavage « New Negro » récemment recyclé en « New Black ». En résumé, la politique de respectabilité et surtout, pour ce qui concerne notre époque L’ARGENT, serait notre voie royale vers l’émancipation et l’obtention du respect qui (selon moi nous est dû) mais que l’on doit conquérir selon la team Morgan Freeman/Raven Symone/Pharell et tou.te.s les apologues du « Respectons-nous » . Et bien laissez-moi vous dire un truc les ami.e.s.

En tant que personne qui a menti éhontément à son banquier en assurant que je venais de signer un CDI quand j’étais en route pour un entretien d’embauche ; qui a pleuré dans le bureau de l’assistante sociale pour avoir le droit à l’aide exceptionnelle de la ville de Paris qui m’a payé trois loyers et évité de devoir dégager au printemps ; qui a emprunté de l’argent à des potes pour rembourser d’autres potes, tout en squattant aussi leurs apparts. Bref, pour avoir connu deux-trois galères, je précise que je suis d’accord, vivre avec de l’argent, C’EST MIEUX. Le confort, c’est sympa, les vacances, encore plus et pour mépriser l’argent, encore faut-il en avoir. MAIS ce qui me désole chez la #NewBlackTeam c’est l’entretien du mythe selon lequel notre bonne conduite et/ou notre accession au capital serait la voie du salut et de l’émancipation. Demandez à votre chère Oprah si elle a kiffé son séjour en Suisse? Combien de temps et de mort.e.s vous faudra-t-il pour comprendre que ce n’est pas en gagnant beaucoup d’argent que vous atteindrez enfin les sommets immaculés de la Blanchisserie.

Mais surtout la question qui subsiste c’est qu’est-ce qu’on peut bien vouloir aller foutre avec des personnes qui considèrent que la mort d’un phoque ou d’un lion sont des sujets de société nettement plus inquiétants et/ou émouvants que la mort de leur concitoyen.ne.s? Si je m’énerve là, maintenant, c’est évidemment parce que j’ai moi aussi cru que mes diplômes me protègeraient ; j’ai moi aussi passé près de 20 ans de ma vie à essayer de rentrer dans le moule, à prouver que j’étais une humaine et que je méritais moi aussi de la compassion et de l’empathie. Alors, oui quand je vois des plus jeunes ou des plus vieux qui restent convaincu.e.s que le problème vient de nous, je suis furieuse. Je suis furieuse parce que même lorsque nous nous suicidons nous-mêmes, c’est le système qui a eu raison de notre peau. Je suis furieuse parce qu’en voyant le début de la vidéo de l’arrestation de Sandra Bland mon cœur s’est serré en reconnaissant cet épuisement dans la voix, ce désespoir face à l’humiliation de trop, à l’agression quand tu te rends au travail. Ce moment où tu l’ouvres, même si tu sais quelles pourraient être les conséquences. Et comme tu es une femme noire, tu n’auras même pas droit à une chance. On parle pas de seconde chance, on parle d’UNE chance, UNE. Tu étais dans ton bon droit, mais dans nos cas, demander justice, c’est parfois le début d’un suicide. Tu savais ce que tu risquais et tu ne t’es pas tue, peut-être parce que c’était le jour de trop et j’ai lu quelque part « assassinat (par suicide) » et j’ai trouvé ça très juste. Je pense qu’on ne parle pas assez des conséquences psychologiques du racisme et du sexisme systémique. Je pense, comme cette auteure, qu’il est important de ne pas surestimer les capacités de résilience des Noir.e.s, en particulier des militant.e.s. On peut se battre, être conscient.e et simultanément souhaiter que tout s’arrête. Ce tweet en particulier m’a beaucoup touché sur le lien entre dépression et combat politique:

Il y a aussi une citation de James Cone qui dit:

TO BE BLACK IS TO BE BLUE

J’ai admiré le courage de Terrell J. Starr. Admettre aussi publiquement qu’on est au bout du rouleau, c’est très fort. Et je vois poindre de plus en plus de statuts, vidéos, tweets et billets comme celui de Mrs Roots sur la nécessité de prendre soin de soi. J’ai d’autres raisons au-delà de Sandra Bland et tou.te.s les autres disparu.e.s d’être irascible en ce moment, mais ces derniers mois ont vraiment été de trop et je me retrouve complètement dans tous les discours de lassitude et d’épuisement. Ce ne sont pas les gros trucs qui m’usent, ce qui me tue à petit feu ce sont les petites humiliations, la condescendance et les invasions quotidiennes de mon intégrité physique ( POURQUOI AVEZ-VOUS BESOIN DE TOUCHER NOS CHEVEUX? NOTRE PEAU? POURQUOI?!!!)

Quand je pense qu’il y a encore trois ans, je disais « Quand j’aurai accompli ceci », « quand je vivrai à tel endroit » comme des mantras me permettant de me projeter dans le futur, de me dire que ça allait s’arranger. J’ai moi aussi envie de vivre mais je me suis désormais faite à l’idée que ça ne s’arrangera pas avec un lieu ou un métier, ou un amour, cette merde était là avant moi, elle sera là après moi et ça ne s’arrêtera de me faire mal que quand je serai morte. Aujourd’hui, je sais qu’à la question « Où pouvons-nous être libres, où pouvons-nous être Noir.e.s?« , la seule réponse qui me vient c’est « dans nos têtes ». J’ai choisi Montréal comme étant un des endroits où ce sera le moins pire car j’appartiens à la diaspora. La Caraïbe et l’Afrique sont deux aires géographiques où je serai toujours, la « Négropolitaine », la « Française », voire la « Blanche », sobriquet d’autant plus difficile à avaler quand tu as passé ta vie à te faire pourrir par les Blanc.he.s, justement. Et au-delà de la sensation désagréable d’être rejetée par celleux qui sont censé.e.s être les tien.ne.s se pose bien entendu la question des rapports de domination économique et politique car si mes passages de frontières sont agaçants, mon passeport européen reste tout de même un sacré privilège, mon bagage scolaire aussi et je n’ai vraiment pas envie de me la jouer néo-colon. Quoiqu’en écrivant ça, je me dis que le drame de l’appartenance à la diaspora, c’est de se retrouver à perpétuer les merdes de l’homme blanc quel que soit l’endroit où tu choisis de poursuivre ton errance.. Montréal comme toute l’Amérique du Nord est une terre volée aux Amérindiens, mais c’est aussi une terre d’immigration et c’est pourquoi à ce jour, c’est le meilleur compromis que j’ai trouvé entre toutes mes identités. Tout ce que je peux faire, c’est me renseigner afin d’être la plus respectueuse possible de cette terre et des Mohawks, son peuple.

Et pour la première fois de ma vie, ce dont j’ai le plus hâte, c’est de profiter de l’hiver montréalais pour avoir une bonne raison de ne pas sortir de chez moi. Profiter du temps et du silence dans une ville enneigée pour écrire, me reposer, ne pas me mêler au monde. Parce que je suis fatiguée, fatiguée d’être en colère, fatiguée de ne pas pouvoir être en vacances en dehors des moments où je dors ou suis sous l’effet de produits stupéfiants. Le sommeil, comme les narcotiques et tout ce qui interfère avec notre métabolisme sont des formes d’auto-médication comme tant d’autres et à ce titre, c’est la question des dosages qui détermine leur toxicité. Si vous passez plus de temps à dormir qu’éveillé il y a de fortes chances pour que vous soyez déprimé, idem avec les drogues, elles peuvent soit vous aider à supporter la vie en société, soit contribuer à votre désocialisation. J’ai donc décidé d’essayer l’hiver, long et rude comme mode régulation sociale, il n’y a pas de risque d’accoutumance vu que c’est bien rude et qu’à la fin arrive toujours le printemps. Je me garde l’option cahutte sur la plage au Cap-Vert ou ferme perdue en Nouvelle-Zélande pour mes vieux jours, quand j’aurai vraiment cédé à la misanthropie.

En attendant vu qu’il est 4h30, j’vais me coucher (en même temps quitte à pas dormir, autant écrire)

Pas merci les États-Unis -si y’avait pas New-York, la Nouvelle-Orléans et Portland, je serai pas prête d’y refoutre les pieds-.

Je Suis Féministe. Tu Crois Que Ça Va Aller?

It's Going Dawn

Je vais rentrer sur le beat comme Xéna la Guerrière dans une bagarre. Nous sommes au 21e siècle, on vend toujours les livres au poteau, Google est gratuit, je ne ferai pas un autre mini-cours sur le pourquoi du comment du féminisme parce qu’en réalité, si j’ai pu récolter les informations nécessaires pour écrire des articles dessus, tout le monde peut le faire.

Je suis féministe et je suis reconnaissante.

Je ne considère pas qu’en tant que femme, avoir été à l’école soit une chance. Je ne considère pas que gagner de l’argent soit un quelconque privilège, ni que m’épanouir professionnellement sous-entende que je sois sexuellement frustrée. Si ces choses vont d’elles mêmes aujourd’hui, c’est parce que des femmes se sont investies dans un combat il y a des décennies de cela. Elles ont arraché à un système qu’on pensait immuable le droit de vote, le droit de s’instruire, le…

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Extending the Call and Response to Progressive Allies

Food for thought and PRACTICE

tequila sovereign

ohlone_map_scan From where I write.

1. Where do you live? Where do you work? Where do you labor on social justice issues?

2. On whose historical lands does your residency, work, and labor happen? Who is the Indigenous nation, peoples, of that territory? Who are the Indigenous nations, peoples, who claim that territory? (See UNDRIP.)

3. What have you done to educate yourself about that Indigenous nation’s histories–legal, economic, social?

4. In what ways are you currently supporting that Indigenous nation’s struggles? When was the last time you and/or the organizations with which you work attended, co-sponsored, or otherwise labored in support of that Indigenous peoples’ political and legal concerns, social and cultural events?

5. If you are affiliated with or working through a community organization, church, neighborhood group, union: how have you educated yourself on how the issues you/they care about relate to or concern the Indigenous nation…

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Care et femmes noires #1 : Les ombres de Malcolm X

MUST READ

LA QUESTION DE LA SANTÉ MENTALE DES AFRO-DESCENDANTES EST UN ENJEU CENTRAL ET ENCORE TROP PEU DÉBATTU EN FRANCE.

MERCI À MRS ROOTS POUR CE TRAVAIL!

Mrs. Roots

ellacollins Ella Little Collins (demi-soeur de Malcolm X)

Cela fait un moment que je réfléchis à cette série d’articles, et ses composantes. Beaucoup d’articles du côté US traitent du « self care » des femmes noires, permettant à chaque femme noire conscientisée de se ressourcer et d’élaborer des stratégies de résistances dans la société. Se préserver, prendre soin de soi face à l’intersection de plusieurs violences, développer un système de soutien entre ses semblables, le rendre accessible pour éviter l’isolement et le repli… Je n’ai pas trouvé beaucoup d’éléments de ce genre du côté francophone, voire français.

Le hasard a fait que, ayant vu passer çà et là des productions de femmes noires ou des traductions d’ouvrages, j’ai eu envie de faire une série sur le sujet. Parler des conséquences psychiques du racisme et du sexisme sur les femmes noires est encore tabou. Ce sont parfois des considérations que nous avons appris à…

Voir l’article original 1 535 mots de plus