Un compromis patriarcal

feminada

image Publicité japonaise, 1969

— Joan Holloway : Tu parles de prostitution.
— Pete Campbell : Je parle de business de très haut niveau. Est-ce que tu considères Cléopâtre comme une prostituée?
— Joan Holloway : Où es-tu allé chercher ça?
— Pete Campbell : C’était une reine. Qu’est-ce qu’il faudrait pour te faire reine?

Pour une femme sur le marché du travail vers la fin des années 60, Joan Holloway jouit d’une position enviable. Ses rapports avec ses supérieurs masculins ont toujours été harmonieux, bien plus qu’avec ses subordonnées féminines qui la trouvent parfois impitoyable. Joan a su se rendre indispensable grâce à sa capacité de résoudre les petits et les grands problèmes de la firme de publicité Sterling Cooper Draper Pryce. Pour faire passer ses décisions et tirer son épingle du jeu dans une monde d’hommes, Joan utilise des tactiques de la féminité conventionnelle. Son déhanchement, sa façon…

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AINT I A HUMAN?: FERGUSON AND THE NEGLECT OF BLACK WOMEN, FEMMES, AND GIRLS; By Danielle Stevens

TRUE THAT!

This Bridge Called Our Health

black girlsWritten By Danielle Stevens

For those of us living while Black in the United States, particularly those of us who are also queer, trans, women, working class, immigrant, and/or houseless, the regularity with which we are met with dehumanization is obscene. When humanity becomes a luxury exclusively accessible to those whose skin tones are closer to white, who benefit from and are valued through the direct brutalization of my black, femme, gender non-conforming body, it becomes clear how deeply internalized anti-blackness (not racism, but anti blackness) truly is. How do I survive in a country that was built through the labor, exploitation, and extermination of my ancestors, that has always devalued my entire existence and is working overtime to actualize my death? Where is the manual on how to survive consistent direct violence toward my personhood? How do I survive when my body is under constant siege? What is the value of my…

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Qui a peur de nommer son privilège?

Miroir, mon beau miroir

F.O.M.

Ce dimanche 14 décembre a eu lieu le premier forum international contre l’islamophobie de Bruxelles. L’année passée, un forum pionnier à Paris a réuni plusieurs centaines de personnes, et ce weekend, des forums ont eu lieu à Paris, Londres, Amsterdam et Bruxelles. Parmi les organisateurs, on trouve les Bruxelles Panthères, une organisation indigène belge proche du PIR (Parti des indigènes de la république). Le forum était un succès, une centaine de personnes s’étant rassemblées pour discuter de l’islamophobie et pour établir des recommandations pour la contrer. C’était une première très intéressante et nécessaire et donc destinée à se reconduire. Je ne vais pas parler de l’islamophobie ici. D’autres le font mieux que moi. Ce qui m’a frappée, c’est le temps consacré, comme toujours dans les espaces de paroles consacrés aux dominations sociales, à la discussion du privilège et des alliances avec les dominant.e.s. Comme je n’ai pas voulu trop prendre…

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Moi femme Antillaise Poto Mitan, je démissionne de mes fonctions

Tout est dit

La Tchipie

Marvin Joseph / The Washington Post

Je, soussignée, moi, Femme Antillaise, née en Martinique, Guadeloupe ou Guyane, vous annonce, par cette présente lettre,  ma démission de mes fonctions de « POTO MITAN » du foyer (femme pilier qui fait tout pour tout le monde), fonction que j’occupe depuis la nuit des temps au sein de la communauté antillaise.

Ce « CDI Poto mitan » comporte actuellement beaucoup trop de clauses abusives que ma propre vie ne supporte plus et que je n’ai pas envie de transmettre comme modèle à mes fils et à mes filles. Car oui, ce CDI se transmet de femmes en filles. Et nos fils continuent de penser que c’est normal qu’il n’y a qu’une femme pour être poto mitan du foyer et qu’assumer son rôle d’homme et de père est optionnel.

– Assistante maternelle :
– Gestion seule de la scolarité des enfants: Combien de Réunions parents- professeur où je…

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Privilège blanc ?

Peuvent-ils souffrir ?

Ben oui, « privilège blanc ». Tout comme on est dans une situation de privilégié-e si on est hétéro, cis, valide, homme, mince et probablement d’autres choses, on est privilégié-e si on est blanc-he dans le système socio-culturel actuel. Pas coupable en soi, mais privilégié-e, du bon côté de la barrière.

Je partage avec vous ce strip explicatif de Jamie Kapp, publié sur le site Everyday Feminism (et traduit par moi-même) :

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Cette BD est centrée sur la situation aux États-Unis, mais la situation est globalement la même dans les autres pays.

Je pense qu’il y a pas mal de personnes blanches qui ne sont pas conscientes de tout ça, tout simplement parce que c’est le principe du privilège : il est invisible pour celles et ceux qui en bénéficient, mais cette hiérarchie est douloureusement présente au quotidien pour les autres.
C’est le même principe pour les autres…

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Mère ado, pas bien.

F.O.M.

On m’a offert un livre récemment qui traite des mères adolescentes. En tant que féministe et en tant que (jadis) jeune mère seule, je m’y intéresse. Je lis beaucoup sur ces femmes, sauf que ce qu’on peut lire ne parle pas de femmes, mais d’un « phénomène social » qui serait l’agrégation d’un groupe homogène, même si on peut y reconnaître quelques sous-catégories. Souvent seules, donc coûteuses pour l’Etat, jeunes, donc immatures, tantôt dépeintes comme de mauvaises mamans, productrices à la chaîne de sociopathes sans attaches ; tantôt comme des victimes, des incubatrices fertilisées sans agencéïté aucune, gardiennes endormies au goal. En cause ? Non pas le patriarcat ni ses injonctions à la disponibilité sexuelle, mais une éducation à la contraception défaillante. Ce livre ne fait pas vraiment exception, mais une autre manière de voir les choses y est évoquée en passant : la grossesse adolescente portée à terme serait pour certaines une forme de…

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Le nerf de la guerre ou la guerre des nerfs: la politique de financement du CNC (Centre National de la Cinématographie)

Cette histoire commence il y a environ deux ans quand je travaillais sur un scénario de programme court avec mon Angelica et 3 autres comédiennes. Il s’agissait d’une série humoristique, plus précisément une satire des magazines féminins mettant en scène 5 femmes qui se confrontaient aux injonctions des dits magazines. Il y était question de pilule, de harcèlement de rue, de carrière, de sexe etc. L’idée était de faire un programme qui passe le « Bechdel Test », à savoir un film/série où le personnage principal est une femme qui a une conversation seule avec une autre femme et cette conversation n’a pas trait aux hommes. Dykes_to_Watch_Out_For_(Bechdel_test_origin)

Copyright: Alison Bechdel (Dykes To Watch Out For)

Ce fut le début de ma confrontation avec l’institution audiovisuelle BLANCHE et souvent MASCULINE française. Je vous passe un rendez-vous mythique où un producteur m’explique que le personnage de la lesbienne noire et sommelière n’est vraiment pas réaliste. Alors qu’évidemment, n’ayant qu’une imagination très limitée, nous étions parti-e-s de nous-mêmes pour créer les personnages. Étant pansexuelle et ayant managé un bar à vin en Australie, je me sentais pour le moins réelle, avant de découvrir par le biais de ce producteur que je n’étais qu’une projection de l’univers anglo-saxon des séries. Moment de solitude n°447 899.

Mais le plus bel instant, « what the fuck »?!! fut certainement cette lettre de refus d’aide au financement du CNC (Centre National de la Cinématographie) qui nous expliquait que Médias Tartes, notre programme, était potentiellement… sexiste!!! Et oui, 5 femmes qui parlent de thématiques propres aux femmes, c’est vrai que c’est un peu du communautarisme féminin, du racisme anti-hommes, bref du sexisme, quoi!

COUV medias tartes

Je me promettais donc de ne plus jamais demander de l’argent au CNC puisque ma production la plus consensuelle et grand public leur semblait déjà problématique.

En avril de cette année, je passais une première « annonce » sur Twitter afin de rencontrer des femmes noires souhaitant participer à un documentaire politique sur nos identités et la nécessité de faire entendre nos voix. Ce dimanche, j’aurai terminé le tournage. Il m’aura donc fallu 9 mois pour boucler ce projet. Mon compagnon Enrico est photographe et vidéaste, ma pote Coralie est camérawoman pour France Télévisions. A nous trois, nous formons une équipe de chic et de choc 😉 Nous utilisons le matériel d’Enrico et je fais bosser mes deux cadreur-se-s/monteur-se-s gratuitement en dehors de leurs emplois du temps déjà bien chargés. De mon côté, je travaille 4 soirs par semaine dans un restaurant car je savais qu’il n’y a rien à attendre de l’institution.

Néanmoins, il y a quelques semaines, une amie productrice m’encourageait à demander l’aide à l’écriture du CNC, en me disant que les temps avaient peut-être changé, qu’après Bandes de Filles, un documentaire sur les femmes noires avait ses chances, etc, etc. Je finissais par céder et pondre une demande d’aide à l’écriture. Aujourd’hui j’ai donc reçu le refus du CNC pour la dite aide. Comme je viens de vous le dire, le tournage est terminé et je savais dès le départ que je n’aurai pas ce financement; je l’ai avant tout demandé pour pouvoir me servir de ce refus comme illustration de ce qui ne fonctionne pas dans ce pays.

La position du CNC s’inscrit à merveille dans le contexte actuel de confiscation de la parole noire. La réalisatrice de Bande de Filles est blanche, la réalisatrice de la trilogie documentaire « Nous, Noires et Françaises », Lorène Debaisieux est blanche, Brett Bailey est blanc. Toutes ces personnes reçoivent des subventions de l’Etat pour mettre en scène des Noir.e.s, dans des créations misérabilistes et/ou exotisantes. Sans parler du ridicule d’un titre comme celui de Lorène Debaisieux, vous m’imaginez en train de réaliser un documentaire qui s’appellerait: « Nous, Blanches et Périgourdines »? Ce serait drôle, n’est-ce pas?

Car contrairement aux artistes Blanc.he.s à qui l’on accorde de fait la capacité d’élévation vers l’universel, nous les Noir.e.s qui voulons travailler sur l’identité noire, sommes soupçonné.e.s de faire du « communautarisme », du « racisme inversé », pendant que les Blanc.he.s sont encensé.e.s d’office, même s’illes ne font que ressasser des clichés éculés sur les Noir.e.s tout en étant jamais questionné.e.s sur leur place dans leurs créations. Illes sont des artistes, des être humains, des enfants du monde… Ils sont la norme et la grandeur de la norme c’est qu’elle ne se questionne pas et surtout qu’elle n’est pas remise en question.

Le simple emploi du terme Blanc.he.s pose problème car si nous sommes des Noir.e.s, c’est avant tout dans le regard du Blanc, qui lui ne se voit pas Blanc mais normal. Et la norme blanche est par conséquent la seule à être créditée d’une rationalité, d’un recul et d’un détachement sur les questions raciales tandis que Nous, auteur.e.s, réalisatrices-teurs, metteur.e.s en scène Noir.e.s sommes réduits à notre altérité, notre proximité avec le sujet, notre émotion, bref notre incapacité intrinsèque -supposée- à interroger notre propre condition.

Je vais désormais chercher des financements européens et canadiens, puis je me tournerai en dernier recours vers le crowdfunding. Mais je tenais à exprimer ma lassitude. J’ai 30 ans et totalise désormais 12 ans de double-emplois, d’abord les temps plein pour vivre pendant mes études puis les temps partiels pour survivre en tant qu’artiste qui refuse d’édulcorer son propos pour être accepté.e par l’institution.

L’argent étant le nerf de la guerre, un des piliers du système raciste français est de ne pas favoriser la création non-Blanc.he. J’ai appris ma leçon et je fais un film avec mon argent (et surtout celui que j’ai emprunté à mon compagnon, mes parents et mon meilleur ami, si je suis tout à fait honnête – ce qui nous ramène à la question du compromis patriarcal).

J’aimerai savoir que je suis jugée sur la qualité de mon travail et considérée comme une artiste à part entière, mais non, dès que l’oublie, l’institution a tôt fait de me rappeler que je ne suis qu’une Noir.e. Je vous l’écris ici pour garder une trace: CE FILM SORTIRA EN SALLES, sans le CNC mais grâce à mon talent et ma persévérance.

Et je vous laisse avec mon « mantra » anti-désespoir:

« Did you want to see me broken?Bowed head and lowered eyes?

Shoulders falling down like teardrops, Weakened by my soulful cries? (…)

You may shoot me with your words, You may cut me with your eyes, You may kill me with your hatefulness,

But still, like air, I’ll rise. (…)

Out of the huts of history’s shame I rise

Up from a past that’s rooted in pain I rise

I’m a black ocean, leaping and wide, Welling and swelling I bear in the tide. (…)

Leaving behind nights of terror and fear I rise

Into a daybreak that’s wondrously clear I rise

Bringing the gifts that my ancestors gave, I am the dream and the hope of the slave.

I rise I rise I rise »

Maya ANGELOU