Boycott Exhibit B -Episode France

De la nécessité d’être maîtres-ses du discours nous concernant:
Brett Bailey, metteur en scène sud-africain BLANC décide que sa création portera sur les zoos humains en Europe. A savoir des lieux où, dès la moitié du XIXè siècle et ce jusqu’à la 2nde Guerre Mondiale, on exposait des populations non-Blanches -très souvent Noires- et à qui l’on demandait de rejouer des scènes souvent fictives de leur quotidien de sauvages présumé-e-s. Au lieu, de se placer du point de vue du dominant Blanc qu’il est, ce metteur en scène choisit de dénoncer cet épisode peu glorieux de l’histoire européenne en proposant de mettre en scène des NoirEs dans un musée, dans le même type de scénographie qu’à l’époque des zoos humains. Il s’agit donc de recréer des zoos humains pour dénoncer les zoos humains, étrange, non?! Notons au passage, sur un plan purement professionnel, qu’il s’agit aussi là de strates de dominations multiples, comme l’a très bien fait remarquer Sandra:
« Ce qui est amusant c’est que le metteur en scène prétend avoir fait ce projet pour dénoncer la permanence des relations violentes entre noirs et blancs (…) Par ailleurs il ne fait aucune politique de respect en terme de rémunération des artistes. Il touche son cachet et continue sa chasse à la notoriété. Au 104, les artistes étaient payés 110€ brut pour 3h de représentation et au TGP ce sera 120€. Là je crois qu’on ne peux pas trouver plus bel exemple d’appropriation culturelle et d’exploitation décomplexée. »
Après une longue campagne appelant au boycott de la dite pièce à Londres, le Barbican Museum a fini par annuler les représentations:
http://boycotthumanzoouk.com/about-boycottthehumanzoo/
Ici la pétition:
http://www.change.org/p/withdraw-the-racist-exhibition-exhibition-b-the-human-zoo
Ici un résumé des discussions sur Twitter et en français à propos de la venue de ce spectacle en France:
https://storify.com/mrsxroots/boycotthumanzoo-en-france-pourquoi-est-ce-problem
Je terminerai en présentant une affaire similaire qui m’a dérangée lorsque j’ai appris le fond de l’histoire et qui est révélatrice de la dimension politique de « qui parle de qui et d’où se positionne-t-il? ». Quand Abdellatif Kechiche a embauché sa femme de ménage pour jouer « La Vénus Noire », il a prétendu qu’il avait trouvé son personnage suite à un casting sauvage mais c’était bien sa femme de ménage. Je note ici la récurrence du processus de sélection de personnage NoirEs en ayant recours au casting sauvage (expression ô combien ironique d’ailleurs) car bien entendu, pour jouer une Noire, nul besoin d’être comédienne. Déjà, nous noterons que le rôle c’est Noire, pas avocate, institutrice ou fleuriste, mais bien Noire, catégorie raciale et sociale. ( Bande de Filles est l’exemple le plus récent de cette tendance à la déprofessionalisation du métier de comédienne quand on emploie des Noires, mais c’est une autre sujet). Bref, ce film et sa conception sont abjects car ils représentent exactement la même chose qu’Exhibit B: des hommes blancs (au sens social, car Kechiche fait maintenant partie de l’institution, il soutient Estrosi, harcèle les comédiennes, j’en passe et des meilleures) qui font une démonstration de pouvoir et de domination en instrumentalisant un drame historique auquel leurs ancêtres ont contribué et en perpétuant la confiscation de la parole des NoirEs. Encore une fois, quand vous voulez nous rendre service: FERMEZ-LA! Laissez-nous libres de la narration de NOS histoires! Sortez de NOS vies, de NOS imaginaires et de NOTRE Histoire! C’est quand même pas compliqué. Et si vous voulez travailler sur ces questions en tant que BlancHE, faites commes François Bourçier et interrogez-vous sur votre place de dominant. Le sous-titre de son spectacle, Race(s) est: « Pourquoi l’homme blanc se prend-il toujours pour le maître du monde? » http://www.francoisbourcier.com/news.php?m=v&id=137
Exactement François, POURQUOI?!!!

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Settler-Colonialism in Disguise: An Indigenist Critique of Québécois Nationalism

Je suis toujours mal à l’aise quand des dominant-e-s s’octroient le droit de s’approprier notre histoire en revendiquant notre identité, au nom de discriminations qu’ils/elles ont pu/peuvent subir mais qui ne seront jamais équivalentes à ce que nous, non-BlancHEs, coloniséEs, exploitéEs et massacréEs, avons enduré depuis des siècles. Un des livres sur l’époque et la situation ayant mené à la Révolution Tranquille -épisode de l’histoire canadienne où les québecois se sont rebellés face à l’ordre anglo- s’appelle: « Nègres blancs d’Amérique ». Cette idée selon laquelle les Québecois seraient les nègres blancs d’Amérique m’a beaucoup interpellée, un peu comme dans le cas de l’hymne féministe français des années 70 « Debout les femmes » dont le premier couplet est le suivant:
« Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir. »
J’ai toujours eu du mal avec cette rhétorique car NOUS LES NOIRES sommes le continent noir, les nègres et les négresses et nous seulEs pouvons nous définir ainsi. Les féministes blanches comme les Québecois-es blanches oublient qu’elles/ils ont participé à la colonisation et/ou bénéficié de l’exploitation des NoirEs et dans le cas du Canada, à l’extermination des Amérindien-ne-s. Le texte qui suit est un très bon développement de la gêne que j’ai ressentie en découvrant cette dimension du nationalisme québécois.

Maehkōn Ahpēhtesewen

Franco-KrackersThe following was originally penned by myself, Eaemaehkiw Thupaq Kesīqnaeh, and appeared on a persynal blog i used to run known as The Speed of Dreams. It first appeared in May 2011 under the original title Some Thoughts on the Québec Sovereigntist Movement. It is appears below more or less in its original form with only some minor edits and updates.

The Québec Sovereigntist Movement (QSM) and québécois nationalism in general have always stuck in my mind as odd during my years of interactions with so-called revolutionary forces in kanada, though until relatively recently i was unable to put my thoughts together on the issue in a coherent fashion. For my readers outside of kanada, or at least very unfamiliar with internal settler politics in kanada, the Québéc Sovereigntist Movement is exactly what it sounds like: it is a movement that seeks to establish a separate Republic of Québec on all or most…

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JUSTE UNE MISE AU POINT

Ceci est un blog personnel au sens de « personal is political ».

En effet, je considère qu’en tant que privilégiée qui grandit avec Internet, il serait dommage de ne pas utiliser un tel outil d’auto-éducation et d’émulation entre personnes de bonne volonté. J’utilise le terme émulation car je crois à la responsabilité individuelle donc je ne suis pas là pour FAIRE VOTRE éducation, mais partager et échanger des points de vue afin d’enrichir mutuellement nos réflexions. Et c’est donc la question des modalités des dits échanges que j’entends préciser ici. A compter d’aujourd’hui, je me réserve le droit d’effacer les commentaires que je jugerai déplacés de par leur contenu politique et/ou le ton employé. Je me réserve aussi le droit de ne pas vous répondre en MP. Je n’ai pas le temps pour m’engager dans des conversations stériles car je ne cherche pas à convaincre, je cherche tout court. De plus, je ne tolère ni la condescendance, ni le « mansplaining » , ni la malhonnêteté intellectuelle dans le monde réel, il n’y a donc aucune raison que je les accepte dans le monde virtuel, même au nom de la liberté d’expression.

Maintenant je vais vous dire qui je suis et vous aider à me situer politiquement, ainsi vous serez libres de me suivre ou non, en connaissance de cause : Je suis une Femme Cis Noire Pansexuelle Afroféministe Matérialiste Décoloniale et Agnostique. Je lutte contre l’impérialisme, le sexisme, les LGBTphobies, le racisme et toutes leurs manifestations, y compris quand je ne suis pas directement concernée dans le cas de l’islamophobie ou de l’antisémitisme par exemple. Je passe beaucoup de temps à lire et réfléchir et me tromper et recommencer jusqu’à ce que mes positions s’alignent d’une façon qui me semble cohérente. Et quand je me trompe, je le dis car contrairement aux personnes qui ne sont pas en mesure de dissocier « critique d’un propos/d’une prise de position » et « attaque personnelle », je sais que j’apprends plus de mes erreurs et qu’elles ne font pas de moi une mauvaise personne. Un exemple : j’ai milité un temps au sein d’Osez Le Féminisme qui est une association féministe que l’on pourrait qualifier de traditionnelle car la grande majorité des membres sont Blanc-he-s et la ligne de l’association est, entre autres, abolitionniste -en rapport à la prostitution- et néocoloniale -contre le port du voile. Ce fut l’erreur la plus productive de ma vie car avec le recul, il me semble fou que je n’ai pas réalisé à l’époque ce que le fait de parler à la place des femmes musulmanes et des travailleuses du sexe comportait de maternaliste et de condescendant justement. J’ai beaucoup lu et réfléchi depuis et suis très heureuse d’avoir compris que je me fourvoyais.

Les luttes intersectionnelles se font dans le respect de chacun-e-s et dans un esprit de collaboration horizontal, pas dans cette bonne vieille tradition coloniale où les bourgeoises blanches viennent éduquer et sauver des femmes contre leur gré et en leur confisquant la parole. Et comme je passe BEAUCOUP de temps à réfléchir, justement, je refuse de m’engager dans des débats « bas du Front » car à l’heure de Wikipédia et du libre accès à la connaissance, vous n’avez pas d’excuses. Pas d’excuses pour ne pas être capable de faire la différence entre antisionisme et antisémitisme, car le simple fait d’essentialiser et assimiler l’ensemble de la communauté juive à la doctrine sioniste fait de vous les premiers antisémites. Pas d’excuses pour continuer à défendre les propos de mystificateurs de la trempe de Dieudonné et Soral qui emploient la stratégie de la concurrence des victimes à des fins commerciales, tout en se présentant comme les défenseurs des opprimés qui leur servent de vaches à lait. Pas d’excuses, pour gober ce que vous dit la presse et le JT sans chercher à questionner leur angle, à examiner les sujets promus et les sujets occultés. Pas d’excuses pour votre ignorance car les informations, pas les actualités, les IN-FOR-MA-TIONS, celles qui vous permettent de mieux comprendre le monde, les rouages du pouvoir, les répétitions de l’histoire, les stratégies d’effacement ou de promotion des mémoires, bref le monde dans lequel nous vivons, sont là, à un clic de souris.

Encore faut-il se donner la peine; si vous ne le faites pas c’est votre responsabilité. Et moi, je n’ai pas de temps à perdre avec votre ignorance et vos approximations: demain, je serai morte et j’entends bien passer le temps qu’il me reste en bonne compagnie. J’ai néanmoins pris le temps d’écrire ce texte pour que vous ne soyez pas surpris-e-s si un jour vous ne me trouvez plus dans vos contacts, ou si j’efface vos commentaires. Maintenant vous saurez pourquoi. Comme le disait un certain Jacques : « J’aime pas les cons parce qu’ils sont paresseux ».

A bon entendeur, salut.