LA RÉAPPROPRIATION DE LA NARRATION, DERNIER RECOURS DES AFRODESCENDANT.E.S LGBTQIA+

Le samedi 28 juin 1969, Silvia Riveira, Miss Major Griffin-Gracy et plusieurs jeunes appartenant à la communauté LGBT de New-York (parmi lesquel.le.s une majorité d’autres personnes trans non-Blanches, dont nombreu.x.ses étaient aussi travailleu.r.ses du sexe) décident de résister au harcèlement policier dont ils/elles sont victimes dans un club new-yorkais nommé : le Stonewall Inn. Les échanges musclés avec la Police se poursuivent toute la nuit et le lendemain, Marsha P. Johnson, « street queen » -comme elle se définit à l’époque- :

 « monte sur un lampadaire et lâche un sac lesté sur le capot d’une voiture de police, brisant ainsi le parebrise »

Source: https://en.wikipedia.org/wiki/Stonewall_riots

Ce geste la fera rentrer dans l’histoire comme étant la première personne à avoir directement visé les policiers lors des émeutes de Stonewall. Elle fondera par la suite le collectif Street Transvestite Action Revolutionaries (STAR) en compagnie d’autres initiatrices drag queen/travesties/trans* des émeutes de Stonewall, en particulier Silvia Riveira. Ces activistes étaient des personnes trans non-Blanches, principalement des femmes Trans* Noires et/ou Latinas et/ou Amérindiennes, la population qui est aujourd’hui encore la plus grande cible d’assassinats.

Ce dimanche 9 août 2015, la militante et artiste interprète Kama La Mackerel l’a encore rappelé, en citant toutes celles qui ont été assassinées ou se sont suicidées depuis le début de l’année 2015 en Amérique du Nord lors de la Marche Trans* de Montréal.

C’est d’ailleurs suite à son intervention que les personnes trans racisé.e.s et leurs allié.e.s ont été invitées à prendre la tête du cortège :

Cette deuxième édition d’une marche visant à donner de la visibilité aux revendication politiques des personnes trans* au Canada a eu lieu en marge des manifestations de la Fierté à Montréal.  Cet évènement avait pour but de rappeler comme le disait les slogans que « La Fierté est politique » et qu’il s’agissait d’une « Manif, pas d’une parade ». En effet, l’accession des gays, des bi et des lesbiennes dans la plupart des pays occidentaux au mariage a eu pour conséquence d’invisibiliser un peu plus les Trans* qui avaient déjà bien du mal à trouver leur place dans un acronyme toujours plus décrié par les minorités. Les reproches qui sont désormais adressés aux mouvements LGBT grands publics relèvent de plusieurs domaines : cissexisme ; racisme ; classisme, etc. Car si les mouvements historiques d’émancipation liés au genre et à l’orientation sexuelle ont vu le jour dans une critique du système capitaliste et du patriarcat. Pour la France on peut citer les Gouines Rouges ou encore le FHAR -Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Leur forme actuelle la plus visible est blanche, cis (personne dont le genre social est en adéquation avec son genre de naissance), masculine et souvent bourgeoise :

Traduction : N’utilisez pas LGBT si vous ne le pensez pas. Dites « les hommes blanc gays » pour que nous autres sachions à quoi nous en tenir.

Prenons pour exemple l’incident qui a le plus récemment révélé les problèmes de racisme au sein des organisations LGBT françaises, à savoir l’affiche proposée par l’inter-LGBT pour illustrer la Marche des Fiertés parisienne, en Avril 2015 dernier :

Le souci principal posé par l’intitulé « Lesbiennes, Gaies, Bies et Trans. Nos luttes vous émancipent » apposé à une image représentant un non-Blanc coiffé d’un bonnet phrygien fut bien résumé par la militante Gwen Fauchois :

« La liste des problèmes suscités par cette affiche est longue. Mais à mon sens, il suffit de dire qu’elle est tout simplement raciste et colonialiste. »

Et donna lieu à de nombreux commentaires ironiques, comme ceux de Myrto, contributrice du magazine l’Echo des Sorcières et qui se définit comme « meuf trans non-binaire racisée »:

« Ma proposition est donc la suivante : ne changez rien à cette affiche, mais changez de nom, histoire d’aller au bout de la dynamique excluante qui fait rire certaines personnes lorsqu’on ose dire « LGBTQI+ » et non pas « LGBT ». Je vous propose le suivant : l’Inter BCBG, l’Inter Blanc Cis, Blanc Gay. »

(LEXIQUE : LGBTQI + Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersex et plus)

Sur les modes de revendication aussi, les ruptures sont nombreuses dans toute la francophonie :

 « Depuis 2007, Pervers/Cité a organisé un mélange de partys de danse, d’interventions politiques et de pratiques artistiques alternatives pour tisser des liens entre les mouvements pour la justice sociale et les communautés queers. Dans un climat où prévalent l’agenda corporatif gai et l’aseptisation homogénéisée des queers, Pervers/Cité tâche de fournir des activités destinées à réanimer les fondements radicaux du mouvement de la Fierté LGBT. »

Et tout comme l’alternative proposée par Pervers/Cité lors des festivités de la Fierté Montréal depuis 8 ans, la Pride de Nuit de Paris a vu le jour cette année avec cette même idée de renouer avec la dimension politique des luttes LGBTQI+ :

« Cette année une Assemblée Générale, composée d’individuEs et organisations (associations, collectifs), a décidé de prendre la rue, le soir, à Paris ce 26 juin 2015, la veille de la « Marche des Fiertés » institutionnelle pilotée par l’inter LGBT et d’affirmer qu’à Paris aussi, il est possible de renouer avec la dimension revendicative de la Pride.

La seule visibilité ne vous suffit pas/plus où vous ne vous y reconnaissez pas?

Vous avez envie d’une autre dimension politique? Eh bien venez l’organiser. »

La bande-annonce de la version hollywoodienne des émeutes de Stonewall a donc été divulguée le 4 août 2015 dans ce contexte de concurrence entre des formes de militance bien distinctes : celles, institutionnelles, qui visent à se rapprocher de la norme blanche et patriarcale. Contre celles, issues du terrain et des minorités, dont les revendications vont du droit au changement d’état civil, à la décriminalisation du travail du sexe, en passant par l’accès à la PMA, le respect de l’intégrité physique des personnes intersexes ou encore l’obtention de titres de séjour. C’est pourquoi le choix de remplacer Marsha P Johnson, une femmes noire trans, par un personnage d’homme blanc cis et gay a pris une dimension hautement politique et symbolique puisque les non-Blanc.he.s de la communauté LGBT se sont vu.e.s, une fois de plus, effacées de l’histoire qui n’aurait pas été écrite sans elles/eux.

Le whitewashing est une pratique courante à Hollywood comme l’avait aussi expliqué Thomas Messias dans Slate :

« Revenons à la définition du whitewashing: il s’agit effectivement d’employer des acteurs blancs là où on aurait dû faire appel à d’autres. Sauf que le réel problème ne réside pas dans le fait de changer la couleur d’un personnage mais dans le fait que cela se produit dans le même sens dans 99% des cas. Cela concourt à renforcer l’invisibilisation des acteurs non blancs, souvent cantonnés à des seconds rôles parfois ingrats. Autrement dit: non seulement on confie peu de rôles d’envergure à des acteurs noirs ou asiatiques, mais on leur vole sciemment les rôles qui auraient dû naturellement leur revenir. »

Dans le cas des émeutes de Stonewall, il s’agit non-seulement de l’invisibilisation des non-Blanc.he.s, mais aussi de celle des personnes trans quand des actrices telles que Laverne Cox semblait toute indiquée pour jouer le rôle principal. La violence de l’effacement des protagonistes historiques de cet évènement est d’autant plus violente que certaines d’entre elles sont encore en vie. C’est d’ailleurs ce qui a incité la bloggeuse Latina trans et lesbienne, Mey, à partir à la rencontre de l’une d’entre elles :

 « La version d’Emmerich de Stonewall, avec son personnage principal masculin, aseptisé, blanc, aseptisé est une insulte à la fois aux légendes qui sont toujours là et à celles et ceux qui sont morts dans la lutte pour non seulement les droits des trans, mais pour les droits de l’ensemble de la communauté LGBTQ. J’ai tendu la main à l’une de ces légendes, Miss Major, pour lui parler de ce à quoi ressemblait vraiment Stonewall et pourquoi ce nouveau film la déshonore ainsi que toutes les femmes de couleur, trans et cis, qui ont travaillé si dur pour nous tirer de là où nous sommes aujourd’hui. Parce que si vous faites un film sur un vrai moment et des personnes réelles portant sur l’histoire, vous pourriez parler à quelqu’un qui était vraiment là. »

Et Miss Major Griffin-Gracy, qui rappelons-le est elle aussi une femme noire trans, du haut de ses 73 ans, n’a rien perdu de sa verve :

« Le fait qu’ils fassent encore cela. C’est tellement douloureux. Qu’en est-il de la vie de tous ces hommes, femmes et trans (…) Qui ne sont pas ici pour censurer cela ? Tu sais? Pour moi, puisque je suis toujours là, je râle et je me plains à ce sujet à chaque occasion que je reçois. Je vais rappeler d’un battement de cils à ces ************ qu’en ce qui me concerne, le T aurait dû venir en premier. »

Il s’agit donc bien plus que d’une question de représentation : c’est la récurrence du recours au principe du « sauveur blanc » qui pose problème. Cette relecture des émeutes de Stonewall entérine cette idée selon laquelle les non-Blanc.he.s en général et les Afro-descendant.e.s en particulier ne seraient jamais les agent.e.s de leur émancipation. Prenons un autre cas où le rôle joué par les Afro-descendant.e.s dans leur libération est systématiquement minoré, voir ignoré : si tout le monde ou presque en France a entendu parler de Victor Schoelcher, qui connaît l’histoire de Toussaint Louverture, de la mûlatresse Solitude et de tou.te.s les résistant.e.s à l’esclavage qui ont conduit à son abolition ? C’est donc bien la question des enjeux politiques de la narration historique que soulève le film de Roland Emmerich, car il s’agit pour les personnes racisées, en particulier trans, de rappeler qu’elles sont les sujets agissant de l’histoire des mouvements LGBT. Qu’elles sont même à l’origine de bon nombre de batailles victorieuses, si ce n’est pour elles, mais au moins pour le reste la communauté et qu’à l’heure d’internet et des caméras HD, elles ne se laisseront pas déposséder de leur histoire.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les contre-attaque face à cette réécriture de l’histoire ont été bien au-delà des offensives sur Twitter (#BoycottStonewallMovie ou #NotMyStonewall) et sont focalisées sur la promotion de narrations alternatives, centrées autour du point de vue de personnes trans non-Blanches. Dans ce cas précis, la promotion de la campagne de financement participatif pour la réalisation d’un film intitulé: Happy Birthday, Marsha!

 « D’autres adoptent une approche plus positive et soutiennent Happy Birthday, Marsha!, un nouveau film en grande partie écrit, produit et joué par des femmes queer et trans de couleur. Leur but est de raconter une version plus précise de ce qui s’est réellement passé au Stonewall Inn. »

Nous assistons donc à un moment inédit dans l’Histoire où les tentatives de « whitewashing » sont immédiatement questionnées et ce, à l’échelle mondiale. Et c’est ici que cette polémique offre une véritable opportunité de repenser les questions de genre et d’orientations sexuelles dans la communauté LGBTQI+ Afro-descendante mondiale.

Internet et la démocratisation de l’accès aux outils audiovisuels nous permettent désormais d’être en charge de la narration. Aux États-Unis où le communautarisme est non seulement moins stigmatisé par l’État, mais aussi tout à fait assumé par les minorités, une industrie cinématographique afro-américaine a vu le jour dès les années 70 sous l’impulsion de Melvin Van Peebles. Il fut le premier avec son long métrage auto-produit, Sweet Sweetback Badass Song, à centrer la narration autour d’un héros noir qui s’en sort à la fin. Et il fut aussi un pionnier dans la mise en place des quotas, en les appliquant de fait sur ses plateaux de tournage (dans ses équipes, les non-Blanc.he.s devaient représenter au moins 50% du groupe). Spike Lee reprit à son tour ce mode de production et de narration. Et ce n’est donc pas surprenant qu’aujourd’hui, Dee Rees, réalisatrice lesbienne et noire de 34 ans, ancienne élève de Spike Lee à NYU, signe son deuxième long métrage dont les protagonistes sont des femmes noires et queer ! Pariah qui est sorti en 2011, relate la sortie de l’adolescence d’une jeune femme noire de Brooklyn et les difficultés qu’elles rencontre avec sa famille qui découvre son homosexualité. Ce premier film a remporté une pléthore de prix dont celui de la cinématographie au festival Sundance:

Bessie, le biopic sur la vie des chanteuses de blues bisexuelles Bessie Smith et Ma Rainey fut quant à lui diffusé sur HBO le 16 mai 2015 :

L’exemple de Dee Rees montre qu’en dehors d’Hollywood, les narrations alternatives peuvent désormais exister sans être confinées à la confidentialité. Gageons donc que cette nouvelle mise en exergue de la nécessité de prendre nous-mêmes en charge les modes de nos représentations, aura pour conséquence d’attirer toujours plus nombreu.x.ses les queers Afro-descendant.e.s vers les métiers d’auteur.e.s, de journalistes, de scénaristes, de production, de mise en scène et de réalisation. Et grâce aux nouvelles technologies, nous sommes dans une époque où nous pouvons même nous distancier de la focalisation permanente sur les Etats-Unis, afin d’aborder les questions propres à la communauté Afro-descendante, en Afrique et dans toute la Diaspora.

Commençons justement avec deux projets audiovisuels qui sont l’œuvre de groupements d’associations (ce qui explique que leurs titres mentionnent l’Afrique, en général et pas des pays en particuliers) :

1) Idées reçues sur l’homosexualité en Afrique

2) Webseries LGBT in Africa : « Growing up LGBT in Africa » (La Websérie LGBT en Afrique: « Grandir en étant LGBT en Afrique »)

La multiplication des vidéos, articles et même des médias spécifiquement dédies à la communauté LGBTQI+ Afro montrent que la nécessite de maitriser le récit afin d’établir nous-mêmes les conditions de notre émancipation, est en train de se diffuser dans toute la diaspora. Je citerai par exemple le magazine bilingue français/anglais, QZine basé au Burkina Faso :

« Q-zine, est un magazine électronique, par, pour et sur les minorités sexuelles africaines. Nous visons à promouvoir l’inspiration et la création au sein des groupes de minorités sexuelles afin de célébrer, de débattre et d’explorer la créativité et la richesse culturelle de la vie queer en Afrique. »

En France ce sont deux jeunes femmes Thara et Sandra qui ont lancé le magazine électronique Dollystud afin donner de la visibilité et offrir une plateforme aux lesbiennes Afro-descendantes :

« Être une femme, être noire, être lesbienne, Dolly (féminine) ou Stud (masculine), ce n’est pas toujours facile de trouver sa place dans une société qui ne nous représente pas : pas de plateformes dédiées. Tout comme vous nous avons longtemps cherché un magazine, un site, un blog, une page où l’on pourrait retrouver des informations relatives à notre communauté : afro-caribéenne, mais également latine et maghrébine. (…) C’est face à ce constat que nous, deux femmes noires lesbiennes, afro-caribéennes, avons décidé de créer le magazine en ligne dont nous avions toujours rêvé. »

Elles se lancent désormais elles aussi dans le monde audiovisuel avec un projet visant à donner de la visibilité aux lesbiennes Afro-descendantes:

Toujours en France, on peut citer des bloggers qui représentent des médias à seuls, Chronik de Nègre(s) Inverti(s) en fait partie et si les thématiques abordées sont multiples :

« Black Power/ Konsyens Karayib/ Panafricanisme/ Afroféminisme/ Sexualités et genres dissidents »,

il est important de noter que c’est un des sites les plus exhaustif et pédagogique sur les questions trans d’un point de vue d’Afro-descendant francophone :

« Si vous souhaitez en apprendre plus sur ce qu’est le changement de sexe, une première chose à savoir : abandonnez la question du « pourquoi les gens changent de sexe ». Partez du principe que cela existe, cela ne change rien à votre vie personnelle (personne ne vous force à faire du même), et voici une petite ébauche d’informations pour en savoir plus.

  1. Définition

Tout d’abord, on retiendra qu’ici, je considère que « changer de sexe » se joue sur trois niveaux :

le social : c’est le fait de se présenter à son entourage comme « devenant » homme ou femme (le terme devenir est souvent impropre car beaucoup de trans considèrent qu’ils/elles ont toujours été la femme ou l’homme que la société ne voyait pas).

le physique : c’est le fait de faire des opérations et/ou de prendre des hormones pour transformer son corps

le juridique : le fait que la loi reconnaisse ce changement en modifiant l’Etat civil.

On verra que ces trois niveaux de définitions ne sont pas automatiquement liés, et que les embûches sont nombreuses pour passer de l’un à l’autre. »

On voit donc qu’en l’espace de quelques années, les ressources francophones concernant la communauté LGBTQI+ Afro-descendante se sont multipliées, permettant ainsi d’aborder ces sujets dans nos contextes. Et l’espace médiatique n’est pas le seul à avoir été modifié, il suffit pour s’en convaincre de noter la multiplication des festivals de films dédiés aux LGBTQI+ Afro :

Au Canada depuis 2009 et en Belgique depuis 2013 et c’est le festival international des films LGBT Afro-Caribéens, Massimadi, qui permet de faire vivre à l’écran la diversité des narrations et des représentations documentaires et fictionnelles de la communauté LGBTQI+ Afro.

En Autriche, c’est le collectif Black_Women*_Space qui lance :

« Fin septembre 2015 (…) à Vienne The Black Her*Stories Project – le premier festival de cinéma féministe noir-queer.

Le festival de cinéma sera réalisé à travers le projet The Black Her*Stories Project (financé par la WIENWOCHE 2015, un festival culturel à Vienne). Il s’agit d’un projet dans lequel les réalités révolutionnaires noires-queers seront rendues visibles pour raconter et transmettre Black Her*Stories.
(…) À plus long terme, nous voulons créer une archive durable, qui sera complétée en outre sur notre site de web http://blackwomenspace.com/. Ainsi nous voulons créer l´accès à toutes sortes des films féministes noirs-queers. »

Considérons donc la polémique mondiale suscitée par la version de Roland Emmerich des émeutes de Stonewall pour ce qu’elle est : un rappel de la nécessité politique pour les LGBTQI+ Afro-descendant.e.s de se réapproprier la narration. D’abord dans le but de pouvoir transmettre nos expériences, ensuite pour affirmer nos existences et enfin, pour ne plus jamais être effacé.e.s de l’Histoire.

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